1. « Concernant l'huile de palme, il faut d'abord rappeler qu'elle dégrade six

Climat - Forêts - Océans

Pétrole, huile de palme : 5 intox du PDG de Total

Patrick Pouyanné, à la tête de l’entreprise Total, est interviewé dans le magazine Capital d’août 2018. À la question « Que répondez-vous à Greenpeace, qui vous attaque sur les forages au large du Brésil ou sur l'huile de palme ? », le PDG de notre groupe pétrolier préféré lance quelques piques mais se permet aussi et surtout des approximations problématiques... De petites corrections s’imposent.

1. « Concernant l’huile de palme, il faut d’abord rappeler qu’elle dégrade six à huit fois moins de surface que le soja »

La réalité : le PDG de Total reprend un argument largement utilisé par les promoteurs de l’huile de palme. S’il est vrai que le rendement surfacique de l’huile de palme est meilleur que celui d’autres huiles végétales comme celle de soja, son impact environnemental est en revanche beaucoup plus lourd. Bien plus que pour d’autres cultures, les plantations de palmiers à huile se font presque systématiquement au détriment de forêts tropicales.

Concession PT Megakarya Jaya Raya (PT MJR) pour la production d’huile de palme en Papouasie, Indonésie. © Ulet Ifansasti / Greenpeace

D’ailleurs, le débat autour des agrocarburants s’articule autour de l’effet CASI : le changement d’affectation indirecte des sols. Utiliser pour la production d’agrocarburants des terres agricoles auparavant destinées à la production alimentaire amène à déplacer les cultures alimentaires dans d’autres zones, souvent au détriment de forêts ou écosystèmes riches, et contribue à augmenter les émissions de gaz à effet de serre. C’est d’ailleurs le sens de la directive européenne à laquelle il est fait référence dans la stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI). Globalement, en matière d’agrocarburants, on ne peut donc pas parler d’huile de palme durable, pas plus que de soja durable.

Surtout, du fait de la déforestation qu’entraîne la culture du palmier à huile, le « biodiesel », dont Total veut abreuver le marché européen à travers sa « bio-raffinerie », serait responsable de trois fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que les carburants fossiles et aurait donc un impact catastrophique sur le climat.

2. « 85% des débouchés de l’huile de palme sont alimentaires »

La réalité : si on pouvait encore il y a quelques années parler d’une place marginale de l’huile de palme dans la production des carburants ces dernières années, ce n’est plus vrai aujourd’hui. 46% de l’huile de palme en Europe est utilisée pour du carburant. En France, c’est 75% de l’huile de palme consommée qui l’est sous forme de carburant !

conso huile de palme en europe transport & environment

3. « Greenpeace fait mine de découvrir des coraux connus depuis trente ans des scientifiques brésiliens »

Copie d'écran de l'étude scientifique internationale sur le Récif de l'Amazone (2016)

Copie d’écran de l’étude scientifique internationale sur le Récif de l’Amazone (2016)

La réalité : ce n’est qu’en 2016 que la présence du Récif de l’Amazone a été confirmée par une équipe internationale de chercheurs, dont plusieurs scientifiques brésiliens. Leur découverte a donné lieu à la publication le 21 avril 2016 d’une étude dans la revue Science, fruit de longues recherches. Parmi les pistes qui ont orienté leurs travaux : un article datant de 1977 signalant la présence surprenante à l’embouchure de l’Amazone de poissons et d’éponges typiques de milieux coralliens. N’en déplaise au PDG de Total, la découverte de cet impressionnant biome, dans une zone peu propice à ce type de formations naturelles, date bien de 2016 et a sidéré les scientifiques. C’est la première publication scientifique avec comité de lecture qui prouve la présence du récif. Le Récif de l’Amazone est d’ailleurs loin d’avoir livré tous ses secrets, comme le démontre une nouvelle étude parue en 2018.

4. « Nous forons à 30 kilomètres de là »

La réalité : lors de la seconde expédition scientifique organisée par Greenpeace au large du Brésil en avril 2018, les chercheurs ont prouvé la présence du Récif de l’Amazone dans au moins un des cinq blocs de la concession pétrolière de Total. A la suite de ces révélations, le géant pétrolier a publié un communiqué affirmant avoir l’intention de forer dans un autre bloc que celui où nous avons repéré le Récif, à 28 km du lieu de nos recherches. Pourtant, la demande d’autorisation d’exploration pétrolière aux autorités brésiliennes porte bien sur l’ensemble des blocs, y compris celui où les scientifiques ont identifié le Récif. Par ailleurs, cette région étant soumise à des courants marins parmi les plus forts au monde, les risques de propagation liés à des fuites ou, pire, une marée noire restent très élevés dans l’ensemble de la zone.

Carte animée du Récif de l'Amazone : ce que dit Total vs la réalité

5. « Nous avons proposé à Greenpeace de venir sur le site, mais ses équipes ne veulent pas »

La réalité : nous n’avons fort heureusement pas attendu de recevoir un carton d’invitation du PDG de Total pour nous rendre à l’embouchure de l’Amazone, au Brésil. Nous avons mené une première mission exploratoire en 2017 qui nous a permis de ramener les toutes premières images du Récif de l’Amazone. Les informations collectées, réunies dans une étude, ont contribué au rejet par l’autorité environnementale brésilienne (Ibama) du dossier de Total, contraint de revoir sa copie. Malgré plusieurs rejets, Total persiste. Nous aussi : faute d’obtenir un vrai dialogue, nous nous sommes invités à l’Assemblée générale de Total pour dénoncer son entêtement en dépit des preuves recueillies.

Le navire de Greenpeace, l’Esperanza, a effectué une première mission exploratoire sur le Récif de l’Amazone en 2017. Et ce n’était pas à l’invitation de Total… © Greenpeace / Marizilda Cruppe

Photo en haut de page © Greenpeace / Guénolé Le Gal

Face à ces approximations, Greenpeace et ses militant-e-s continueront de se mobiliser pour dénoncer la réalité qui se cache derrière les discours de multinationales peu scrupuleuses, afin de défendre les forêts contre les ravages de l’huile de palme et de protéger le Récif de l’Amazone des projets d’exploitation pétrolière.





Commentaires (8)

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Fabien Toulgoat

Si c'est dur de plonger jusqu'au récif corallien, peut-être que les plongeurs auront besoin d'huile de palme? Total plaisir d’essence? Sinon, non à cette huile, et non à ce pétrole...

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Pierre Bois d'Enghien

On n'utilise pas une huile végétale comme biocarburant. D'accord avec Greenpeace. Par contre, "85% des débouchés de l’huile de palme sont alimentaires" est vrai au niveau mondial et Greenpeace n'oppose que des chiffres européens et français. Tous les deux ont probablement raison. Ensuite, que le palmier à huile produise jusqu'à 10 fois plus par ha et par an que le soja, est indiscutable. Que ce soit devant une savane ou une forêt, pour produire de l'huile végétale, il faut toujours favoriser la plante la plus performante, donc, le palmier à huile. GP aurait pu aussi parler des belles plantations de palmiers à huile développées sur savane, dont elle a connaissance (et je sais que GP les connait). Finalement, en matière de déforestation, GP serait bien inspiré de lire le dernier rapport de l'UICN qui précise bien que la déforestation est surtout le fait de l'agriculture itinérante, et de l'élevage, etc. et qu'il faudrait arrêter de se focaliser sur l'huile de palme.

2 réponses

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Jean-Michel M.

Au-delà du risque certain de catastrophe écologique que représenteraient des fuites de pétrole sur le récif de L'Amazone ou une marée noire sur les côtes brésiliennes et guyanaises, il ne faut pas oublier non plus que pour avoir une chance infime de ne pas dépasser les 2°C de hausse des températures terrestres d'ici la fin du siècle, 80% des énergies fossiles actuellement en cours d'exploitation doivent rester sous Terre. À titre d'exemple : 2°C est la hausse des températures qu'a connu la Terre depuis la dernière glaciation... il y a 20.000 ans. Malgré cela Total et les autres continuent à sonder et à forer partout sur la planète où ils soupçonnent la présence de gisements d'hydrocarbures fossiles avec bien évidemment la bénédiction des gouvernements. 2°C de hausse en 20.000 ans vs 2°C de hausse en seulement 100 ans... je laisse aux lecteurs imaginer ce qui nous attend en raison de leur seule cupidité.

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