Haro sur les agrocarburants et l’impact de l’élevage Sur le site de la con

Forêts

Déforestation : les internautes demandent au gouvernement de protéger les forêts

Le 24 juillet, la consultation publique en cours sur la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI) a été clôturée. En trois semaines, près de 3000 contributions citoyennes ont été déposées sur la plateforme en ligne. La publication du texte définitif de la SNDI est prévue pour septembre. Une chose est sûre : en l’état, le texte manque cruellement d’ambition. Le gouvernement a le temps de revoir sa copie : il doit tenir compte de ces milliers de commentaires pour amender le texte actuel !

Haro sur les agrocarburants et l’impact de l’élevage

Sur le site de la consultation publique, beaucoup de commentaires insistent sur l’importance de sortir des agrocarburants de 1re génération et d’encourager la réduction de la consommation de viande et de produits laitiers.

« Soi-disant rouler bio »

Ces commentaires montrent que beaucoup refusent à raison l’idée que certains carburants seraient « bio ». Sur le plan environnemental, il s’agit effectivement d’une fausse bonne idée : les agrocarburants peuvent émettre jusqu’à 80 % de plus de gaz à effet de serre que les équivalents fossiles. Pourquoi ? Parce que ces agrocarburants supposent entre autres d’augmenter la superficie des terres agricoles, ce qui se traduit par la destruction de zones forestières indispensables à la régulation climatique.

© Ulet Ifansasti / Greenpeace

L’augmentation des cultures destinées à la production des agrocarburants fait grimper les prix des produits alimentaires et diminue les réserves alimentaires mondiales : en plus d’être toxiques pour l’environnement, les agrocarburants sont donc également une aberration pour la sécurité alimentaire.

« Oui au végétarisme, non aux agrocarburants  »

Beaucoup de contributrices et de contributeurs mentionnent l’impact dévastateur de l’élevage sur les forêts et soulignent le besoin d’en finir avec notre modèle d’élevage intensif  dépendant des importations de soja.

C’est vrai : notre modèle d’élevage n’est pas soutenable et trop dépendant du soja importé. C’est bien pour cette raison que la SNDI doit se fixer des objectifs chiffrés de réduction des importations de protéines végétales destinées à l’alimentation animale. Par ailleurs, il faut que la SNDI promeuve une réelle diversité des protéines végétales (légumineuses notamment) pour l’alimentation des animaux ainsi que des politiques publiques favorisant l’élevage extensif.

Incompréhension face aux incohérences du gouvernement

Les contributions des internautes laissent penser qu’ils et elles ne sont pas dupes des incohérences et des ambiguïtés du gouvernement en matière de protection des forêts. À raison.

Sur ce dossier, le gouvernement s’est effectivement illustré par son incohérence et son manque d’ambition. Nicolas Hulot a autorisé l’ouverture de la bio-raffinerie de La Mède, invoquant notamment le prétexte que l’huile de palme importée par Total serait durable. Un argument auquel il ne croit pas lui-même, comme le montre son intervention il y a quelques jours devant l’Assemblée nationale.

L’État français a voulu passer en force sur le projet scandaleux de raffinerie géante à La Mède, pour ménager les intérêts particuliers de Total, au détriment de l’Accord de Paris ou de l’engagement de la France à éliminer la déforestation importée, partie intégrante du Plan climat. Le 5 juillet 2018,  Greenpeace France, Les Amis de la Terre France, France Nature Environnement, FNE PACA, FNE Bouches-du-Rhône et la LPO PACA ont déposé un recours juridique contre l’autorisation préfectorale de cette raffinerie.

Au niveau européen, une décision de l’Union européenne datant de juin 2018 a ouvert la voie à une sortie anticipée des agrocarburants. Aujourd’hui, les États membres de l’UE ne sont plus obligés de consommer des agrocarburants nocifs pour l’environnement, tels que ceux que veux produire Total dans son usine de La Mède. Alors que le contexte européen le permet et après tant de déclarations en ce sens, il devient encore plus inacceptable de voir la France manquer d’ambition sur la sortie des agrocarburants de 1re génération !

Désespoir face à la démission de la puissance publique sur l’urgence climatique

On ne lutte pas contre la déforestation au doigt mouillé ou en plantant un arbre devant la Maison Blanche : dans sa version actuelle, la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée manque d’objectifs chiffrés et d’un calendrier précis de mise en œuvre.

De la même façon, le texte souffre d’un manque de mesures réglementaires, d’obligations et d’interdictions adressées aux acteurs privés (économiques comme financiers)…et ce, contrairement à ce qui est annoncé dans le texte du Plan Climat. Comment prétendre protéger les forêts et le climat sans outils juridiques contraignants ? L’impression qui se dégage de la SNDI provisoire est celle, très fâcheuse, d’une démission de la puissance publique.

On est ainsi peu étonnés de retrouver sur le site de la consultation ce genre de commentaires désespérés :

Le texte se donne comme horizon 2030. Douze années. Comme si l’urgence n’était pas de stopper la déforestation dès maintenant. Cette date est bien trop lointaine, et qui plus est contraire aux engagements français sur la scène internationale : l’Objectif de développement durable n°15 et la déclaration de New York sur les forêts parlent bien de mettre un terme à la déforestation en 2020 ! Cela fait déjà des années que les forêts disparaissent : c’est à court terme qu’il faut stopper ce massacre.

Autre signe incontestable du manque d’ambition du gouvernement sur le sujet : alors que le Plan climat cite une “modification de la commande publique”, le texte provisoire de la SNDI ne mentionne qu’un “guide pédagogique” pour la commande publique. Encore une fois, rien de contraignant ! Et rien, donc, qui ne permette de s’assurer que la commande publique prenne en compte les exigences de protection des forêts et de lutte contre la déforestation. Où est passée l’exemplarité de l’État ? Le découragement des citoyennes et des citoyens est compréhensible.

Plan Biodiversité : de nombreuses contributions sur la protection des forêts

Le 18 mai 2018, Nicolas Hulot a annoncé le lancement d’une autre consultation citoyenne afin de recueillir les attentes des citoyens sur la biodiversité. Du 18 mai au 11 juin 2018, ce sont encore une fois des milliers de Françaises et de Français qui sont allés contribuer sur la plateforme.

Là encore, on retrouve de nombreux commentaires sur la raffinerie de la Mède, les ravages de l’huile de palme, et l’impact de l’élevage sur les forêts…

Sur la biodiversité, les agrocarburants, l’élevage, les attentes citoyennes sont énormes. Les demandes publiques qui ont été formulées sont légitimes et réalisables. Le gouvernement a le temps de revoir sa copie pour livrer une stratégie ambitieuse et efficace pour lutter contre la déforestation importée. Il doit le faire. Il en va de la survie des forêts tropicales et de la biodiversité exceptionnelle qu’elles abritent. S’il ne redresse pas la barre, la protection des forêts rejoindra la liste des reculades et des renoncements de ce gouvernement en matière d’écologie. Et la situation de la planète continuera de s’aggraver.





(Crédits photographiques : © Ulet Ifansasti / Greenpeace)
Commentaires (1)

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bob

Si on n'utilise pas d'huile de palme pour les biocarburants, à consommation constante (sachant que bien sûr il faut la réduire par ailleurs), on va utiliser plus d'hydrocarbures fossiles? Ou alors des voitures roulant à l'électricité, mais produite avec quoi? Comment voyez-vous la chose? C'est bien beau et c'est facile de dire "non aux biocarburants" ou "non aux centrales électriques biomasse" mais si on ne complète pas l'argumentaire, on n'a strictement rien résolu. Pour l'Asie je ne sais pas mais clairement il faut développer les plantations de palmier à huile en Afrique, pour qu'ils arrêtent d'importer de l'huile de palme asiatique.

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