Arme nucléaire : des dépenses colossales et pas de transparence

Alors que la Guerre froide est terminée et que les arsenaux nucléaires ont très largement diminué depuis le milieu des années 1980, les dépenses budgétaires liées aux armes nucléaires ne cessent d’augmenter. Cette dépense d’argent public est une réalité que l’on retrouve au sein de tous les États qui possèdent l’arme nucléaire. Selon des estimations (Global Zéro, 2011) cette somme sur la décennie 2010-2020 serait proche des 1000 milliards de dollars. Une réalité qui montre que ces États ont relancé une nouvelle course aux arsenaux nucléaires. D’ailleurs, en 2014, le Premier ministre français Manuel Valls ne cache pas, lors de l’inauguration du principal système de simulation des essais nucléaires, cette réalité en indiquant que la France « fait la course en tête pour les technologies de dissuasion ».

Des militants de Greenpeace protestent contre l’arrivée d’une cargaison de plutonium dans le port de Cherbourg, octobre 2004. © Greenpeace / Philip Reynaers

Le cas de la France est à ce titre « exemplaire ». En juillet 2017, l’Assemblée nationale a adopté une loi de programmation militaire (LPM), pour la période 2019-2025, qui prévoit de consacrer la somme de 37 milliards d’euros aux forces nucléaires. Cette LPM lance la conception d’une nouvelle génération de systèmes d’armes nucléaires qui seront utilisés jusqu’en 2080 ! Il faut relever que le budget de cette LPM est en augmentation de 60 % par rapport à la précédente loi (2014-2019) qui était alors de 23,3 milliards d’euros. Ce bond en avant budgétaire est dû à la modernisation (maintien opérationnel des équipements) et au renouvellement (production de nouveaux systèmes d’armes et vecteurs) des équipements. À terme, ce sont plus de six milliards d’euros (le budget de la justice étant supérieur d’un seul milliard) qui seront dépensés annuellement. Une somme qui va continuer de croître, car le processus de renouvellement s’étale sur une vingtaine d’années…

Nul ne peut nier que l’opacité est de mise sur le budget de la dissuasion – une opacité qui relève d’un fait volontaire. La récente LPM illustre en effet la volonté de cacher ce coût et d’éviter tout débat. Ainsi le chiffre exact de 37 milliards d’euros est absent dans le texte de loi. En réalité sous prétexte d’une discussion qui devra se tenir en 2023 sur la LPM, ce chiffre a été « découpé » en deux : 25 milliards d’euros sur la période 2019-2023 puis, 12 milliards d’euros jusqu’en 2025. Une manière ainsi de diminuer artificiellement un budget, la communication politique se focalisant sur la première période. Quant au temps de débat celui-ci a été limité à quelques dizaines d’heures, ce qui est bien peu pour un sujet aussi sensible. Sans doute s’il avait été plus long et équilibré, les parlementaires se seraient souvenu de ce qu’ils avaient écrit quelques mois plus tôt sur la crédibilité de la dissuasion : « La menace cyber peut faire peser des risques sur la dissuasion, d’ordres à la fois techniques et doctrinaux  […] Les systèmes de commandement, de contrôle et de liaison d’information utilisés dans le cadre de la dissuasion peuvent être vulnérables à des attaques cyber de grande ampleur qui auraient pour objet de rendre inopérant l’ordre nucléaire ».

La flottille de la paix manifeste contre la présence du navire nucléaire américain USS Midway à Yokosuka, au Japon. Avril 1991, © Greenpeace / Naoko Funahashi

L’opacité budgétaire est aussi une conséquence des graves dérives des coûts des programmes d’armements nucléaires. Ces dérapages financiers sont reconnus par la Cour des comptes (rapport public de 2010) pour qui « trop souvent, des programmes nucléaires, non encore officiellement lancés mais dont le financement était néanmoins inscrit par anticipation en loi de programmation, ont vu leur coût sensiblement sous-estimé ». Cette sous-estimation se retrouve dans le coût du programme (lancé en 1995) Simulation des essais nucléaire. En effet, ce programme était annoncé pour un budget officiel de moins de trois milliards d’euros, mais celui-ci n’a cessé d’augmenter. Ainsi en 2002 le chiffrage était de cinq milliards d’euros ,pour se situer désormais à hauteur de 7,2 milliards d’euros. Ce programme public, qui n’est pas encore totalement opérationnel, a donc vu son coût augmenter de 257 % en une vingtaine d’années !

L’absence de débat équilibré et complet, assurant une information totale, et un temps réel de réflexion aux parlementaires sont la cause de ces opacités budgétaires. À l’heure où les armes nucléaires ont vocation à devenir illégales, avec l’entrée en vigueur prochaine du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, il est souhaitable de voir l’arrivée d’un véritable contrôle parlementaire.

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Contenu rédigé en collaboration avec Ican France.







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