fruits et légumes en vrac, permettant de contrôler la quanité acheter pour limiter le gaspillage alimentaire - Fruits et légumes en vrac dans un supermarché à Lyon © Peter Caton / Greenpeace

Le gaspillage alimentaire : quel impact sur l'environnement ?

Qu’est-ce que le gaspillage alimentaire ?

Tel que défini par la loi du 11 février 2020, le gaspillage alimentaire désigne « Toute nourriture destinée à la consommation humaine qui, à un endroit de la chaîne alimentaire est perdue, jetée ou dégradée ». 

En France, on estime que 20% de la nourriture est jetée et que le poids annuel du gaspillage alimentaire s’élève à 10 millions de tonnes par an. Cela représente un tas d’aliments équivalant à 1000 fois le poids de la Tour Eiffel. Rapporté à l’échelle individuelle, cela signifie qu’un·e Français·e gaspille en moyenne 155 kg de nourriture par an, soit deux fois notre poids moyen rien qu’avec des produits alimentaires.

 

Où a lieu le gaspillage alimentaire ?

Depuis le champ jusqu’à nos assiettes, le gaspillage alimentaire a lieu à tous les stades de la chaîne de production alimentaire. Selon une étude de l’Ademe, le gaspillage est ainsi réparti :

  • 32% lors de la production agricole ;
  • 21% lors de la transformation ;
  • 14% lors de la distribution ;
  • 33% lors de la consommation, dont 14% pour la restauration collective et commerciale et 19% pour la consommation à domicile. 

Contrairement à une idée reçue, le gaspillage alimentaire au moment de la consommation est minoritaire : l’essentiel du gaspillage se fait en amont, lors des étapes de production, transformation et distribution. 

Gaspillage alimentaire durant les différentes étapes de production et selon les familles de produits

Les pertes et gaspillages par grande famille de produits et par acteur © ADEME

 

1. Des pertes nombreuses au moment de la production

A l’étape de production, les aliments sont triés et sélectionnés en fonction de leur aspect, de leur calibre ou de leur couleur. Des aliments tout à fait comestibles sont jetés car ils ne répondent pas aux standards d’acceptabilité du consommateur, mais aussi des distributeurs qui, pour la plupart, ont un cahier des charges particulièrement strict sur ce point (calibre, aspect, couleur).

Certains secteurs sont plus touchés que d’autres : les fruits à chair très molle comme les pêches, les prunes, les abricots et les nectarines sont ceux qui s’abîment le plus facilement. 

2. L’étape de transformation, cimetière des pommes de terre

Lors de la transformation des aliments, les pertes s’expliquent par le tri réalisé par les industriels (qui écartent à nouveau certains produits, en raison de leur gabarit ou de leur aspect), les enjeux de stockage ou encore les recettes utilisées. 

Les pommes de terre sont ainsi l’aliment le plus gaspillé pendant l’étape de transformation. Elles sont la base de beaucoup de plats préparés, où une partie importante du produit est jetée, au moment de l’épluchage puis de la taille. Une raison de plus pour faire ses frites soi-même !

3. De nouvelles pertes durant le transport et la distribution

Il est rare que la phase de transport épargne la totalité des aliments présents dans une cargaison. Beaucoup sont abîmés dans les camions, les trains ou les bateaux, puis jetés à l’arrivée sur leur lieu de distribution. A cela, s’ajoutent les pertes liées à une mauvaise prévision des ventes par le distributeur, qui se retrouve avec un surplus de denrées non vendues et destinées à être perdues. 

Le blé tendre arrive en tête des aliments les plus gaspillés au moment de la distribution. Ce phénomène est principalement dû à la fabrication et à la vente du pain, qui entraîne de nombreux invendus.

4. A la maison, encore trop de nourriture jetée

A la fin d’un repas, il nous est tous arrivé de jeter du pain rassis que l’on a pas eu le temps de consommer. Cependant, si on additionne ces morceaux de pain jetés, on arrive à presque 5 kg de pain gaspillés par an et par personne, alors qu’il est tout à fait possible de le réutiliser !

Souvent, ce gaspillage alimentaire s’explique par des quantités achetées trop importantes (“mais si, prends une deuxième baguette”), ainsi que par les (mauvaises) conditions de conservation des aliments (on a tous en tête cette carotte tellement rabougrie que l’on peut à peine la consommer). 

A cette étape, les pertes alimentaires les plus importantes ont lieu sur les produits laitiers. C’est d’autant plus préoccupant que la production laitière a un impact notable sur l’environnement (empreinte carbone, utilisation de terres arables…).

5. Au restaurant, un gaspillage alimentaire très important

Au restaurant, nous ne décidons pas de la quantité de nourriture dans nos assiettes. Or, ces portions non ajustées sont la cause principale de gaspillage alimentaire dans la consommation hors foyer. Celui-ci est même quatre fois supérieur au gaspillage alimentaire réalisé dans les foyers.

 

Quel est l’impact du gaspillage alimentaire ? 

Réduire le gaspillage alimentaire répond à des enjeux environnementaux, économiques et éthiques : 

  1. La production et la consommation alimentaires ont un poids conséquent sur l’environnement. Le secteur agricole représente 21% des émissions de gaz à effet de serre en France. Ce chiffre grimpe même à 36% si l’on prend en compte l’ensemble des activités agricoles et alimentaires (ex: la fabrication des emballages ou le transport de marchandises). A cet égard, le gaspillage alimentaire représente à lui seul 3% des émissions de gaz à effet de serre de l’activité nationale. Sans parler des volumes considérables d’eau qui ont été nécessaires pour produire ces aliments…
  2. En France, ce sont 10 millions de tonnes de nourriture qui sont gâchées chaque année, représentant 16 milliards d’euros de perte. Individuellement, le gaspillage alimentaire représente 155 kg de nourriture jetés par personne et par an.
  3. D’un point de vue éthique, le gaspillage est le symbole d’une société qui produit énormément de biens et de nourriture, mais n’arrive pas à les répartir équitablement entre ses membres, au point d’en jeter une partie Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), à ce jour 690 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim. 

Cuisinier dans un restaurant écologique aux Etats-Unis. Un meilleur contrôle des portions servies en restauration limiterai le gaspillage alimentaire à l'étape de la consommation.

33% du gaspillage alimentaire a lieu lors de la consommation, dont 14% pour la restauration collective et commerciale. © Peter Caton

Le gaspillage alimentaire n’est pas une fatalité

Des mesures politiques insuffisantes pour limiter le gaspillage alimentaire

Depuis 2015, deux lois ont été mises en place pour limiter le gaspillage alimentaire : 

  •  La loi Garot qui s'adresse aux industriels, oblige les grandes surfaces à donner les denrées alimentaires sur le point d’être jetées à des associations, et interdit de détruire les denrées consommables. Cette loi est cependant très critiquée par différents acteurs car, si elle peut paraître de bon sens au premier abord, elle contribue en réalité à la surproduction. En effet, les supermarchés auront tendance à écouler le plus de denrées possible auprès des associations, parfois même des denrées inutilisables, afin de bénéficier de réductions d'impôts. 
  • La loi Egalim, qui impose aux restaurateurs depuis le 1er juillet 2021, l'obligation de fournir des “doggy bags” aux clients souhaitant emporter leurs restes.

Ces lois sont ainsi largement insuffisantes pour combattre le phénomène massif de gaspillage, en particulier au niveau de la production. 

Par ailleurs, une étude menée par l’Institut National de Recherche pour l'Agriculture et l'Environnement met en avant l’importance pour les politiques publiques “antigaspi” de déconstruire les exigences sur l’aspect des fruits et légumes. L’objectif est de limiter le gaspillage alimentaire lors du tri des aliments, à l’étape de production, ainsi qu’au moment des courses où l’on va avoir tendance à préférer une pomme bien verte et reluisante à une autre peut-être moins colorée et moins grosse. 

 

Ce que je peux faire à mon échelle contre le gaspillage alimentaire

Les astuces anti-gaspillage sont nombreuses et vous permettront de réduire votre empreinte écologique tout en réalisant des économies. Ci-après quelques idées :  

1. Pendant les courses 

  • Évitez de céder aux promotions sur les grosses quantités, vous n’en aurez pas forcément l’utilité et souvent les prix appliqués ne sont pas si avantageux…
  • Préférez l’achat en vrac pour contrôler les quantités… et limiter les emballages. Pensez à apporter vos propres contenants si vous pouvez, afin de limiter les déchets.
  • Souvenez-vous que les fruits et légumes un peu tordus sont tout aussi bons que les autres ! On a souvent tendance à bouder les aliments qui ne sont pas lisses et de couleur vive.
  • Dans la mesure du possible, achetez des fruits et légumes bio, pour éviter d’avoir à trop les éplucher et générer du gaspillage. 
  • Pensez à faire les fins de marchés, vous pourrez y faire vos courses gratuitement ou à des prix bradés, tout en sauvant des aliments comestibles de la poubelle.

2. A la maison 

  • Avant de faire les courses, regardez le contenu de votre réfrigérateur et de vos placards pour éviter d’acheter trop ou en double.
  • En cas de doute sur la péremption d’un produit, référez-vous à la Date Limite de Consommation (“à consommer jusqu’au”) sur les emballages. Et faites confiance à vos sens : sentez-le et goûtez-le, vous pourrez éviter de jeter un produit encore bon.
  • Ne jetez pas les restes ! Ils pourront être utilisés pour d’autres repas, type gratin, purée, soupe, ou quiche…
  • Les fruits trop mûrs seront parfaits à ajouter dans un gâteau, une compote ou une confiture. 
  • Gardez les fanes de poireaux, de carottes ou encore de radis pour les mijoter et les incorporer à d’autres plats, ou les queues de fraises pour faire des sirops délicieux. Les possibilités sont nombreuses, nous vous conseillons le velouté de courges et fanes de carottes et le velouté de fanes de radis.

3. Hors de la maison

  • Téléchargez des applications de collectes d’invendus du type Too Good To Go, Optimiam, Zero Gâchis…
  • Lorsque vous partez en vacances, n’hésitez pas à donner à vos voisins ce qui risque de se perdre dans vos placards. 
  • Au restaurant, si vous ne finissez pas, pensez à demander un contenant pour emporter vos restes (“doggy bag”), c’est prévu par la loi Egalim. 

4. Quelques astuces anti-gaspi pour conserver vos aliments 

La conservation des aliments est une des clefs pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Saviez-vous que la plupart des aliments se congèlent, que le miel ne périme pas et qu’un yaourt nature peut se conserver jusqu’à 3 semaines après sa date de péremption ? 

Voici quelques astuces simples pour améliorer la conservation de votre garde-manger : 

  • Le produit qui génère le plus de gaspillage alimentaire est le pain ! Pensez à le transformer en croûtons, pain perdu ou chapelure lorsqu’il durcit. On peut aussi redonner vie à un pain rassis en le passant sous l’eau puis en l’enfournant à basse température. 
  • Pensez à la congélation, la salaison, la conservation dans l’huile (pour les olives, tomates séchées, aubergines ou champignons…). Pour sauvegarder vos fruits encore quelques jours, frottez-les avec un peu de jus de citron par exemple.
  • Pour ne pas perdre un fromage un peu durci, vous pouvez le râper sur vos plats.

Pour les personnes les plus privilégiées, la facilité avec laquelle on se procure les objets du quotidien a tendance à nous déconnecter de leur valeur. Certains vêtements ou aliments peuvent parfois sembler si accessibles qu’il est plus simple de les jeter et de les remplacer. Changer ses habitudes d’alimentation est un défi, mais il est finalement assez facile d’intégrer des réflexes quotidiens pour limiter le gaspillage alimentaire. 

D’autres pratiques alimentaires sont très bénéfiques pour limiter votre empreinte écologique : végétaliser son alimentation, consommer des produits bio, manger local et en circuit court.

Et si vous souhaitez agir au quotidien sur d'autres sujets que le gaspillage alimentaire, vous pouvez vous inscrire à la newsletter des Mardis verts. Tous les mardis, on décortique l'empreinte écologique d'un objet du quotidien, et on vous donne des idées pour agir à votre échelle 💪.

(Crédits photographiques : © Peter Caton / Greenpeace)