Depuis 3 ans, les expertes et experts de la Plateforme intergouvernementale scie

Climat

Urgence pour la biodiversité et le climat

Paris est devenue depuis quelques jours le centre mondial de la biodiversité. Depuis lundi 29 avril, des représentant-es de 130 pays sont rassemblées à l’UNESCO pour la réunion de l’IPBES, un nouvel acronyme mystérieux qui désigne une structure encore peu connue du grand public.

Depuis 3 ans, les expertes et experts de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques travaillent sur un rapport scientifique de l’état de la biodiversité dans le monde. Les médias comparent ce travail colossal à celui du GIEC sur le climat, et présentent l’IPBES comme le “GIEC de la biodiversité”.

Des médias ont pu consulter la dernière version du rapport avant sa publication officielle, et le constat est sans appel. Selon l’IPBES, jusqu’à un million d’espèces animales et végétales pourraient être menacées d’extinction dans les prochaines décennies. On parle bien ici de la sixième extinction de masse des espèces. En cause : l’utilisation des terres (agriculture, déforestation, etc), la pression directe sur les ressources (chasse, surpêche…) et les impacts du changement climatique.

L’inaction politique en cause

Le rapport relève en effet que la plupart des objectifs d’Aichi, contractés par les Etats en 2011 sous l’égide de l’ONU, ne seront pas atteints à l’échéance fixée à 2020. Les Etats s’étaient par exemple engagés à mettre un terme à la déforestation d’ici 2020 et à restaurer les écosystèmes dégradés. Or, chaque année, l’équivalent d’un quart de la superficie française est déboisé au niveau mondial, avec le Brésil, la République Démocratique du Congo et l’Indonésie en tête.

Il y a donc urgence à progresser sur les mécanismes de mise en oeuvre avant la COP15 de la biodiversité, qui doit se dérouler en Chine l’année prochaine et accoucher d’un accord international plus engageant pour les prochaines années. Les forêts, les tourbières et les écosystèmes marins côtiers doivent être protégés ou restaurés. Combiner conservation de la biodiversité et réduction drastique des émissions de CO2 et stockage accru de carbone dans la nature peut contribuer de manière significative à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Ce sont les actions essentielles et immédiates qui peuvent nous aider à sortir du bord du gouffre. Pour rappel : les forêts abritent 80% de la biodiversité terrestre.

Le rapport confirme également la dégradation rapide et généralisée de la biodiversité marine :

  • D’après les scientifiques (IPBES) : plus de 40% de l’environnement marin montre des marques sévères de dégradation, la cause de cette dégradation est clairement anthropique.
  • Plus de 80% des stocks de poissons sont surexploités ou pleinement exploités (chiffre FAO).
  • Seulement 1% de l’océan global fait l’objet d’une réelle protection.

Afin d’endiguer cette dégradation rapide et généralisée des habitats et des espèces marines, la communauté scientifique s’accorde à dire qu’il faut protéger au moins 30% des océans d’ici à 2030 (ZEE + haute mer). Fort de ce constat, il faut maintenant que les États s’engagent à respecter cette recommandation scientifique en signant un traité ambitieux.

Or, aujourd’hui on ne dispose pas des instruments juridiques pour le faire. Ce sera donc le rôle du traité de fournir les instruments nécessaires afin de créer en haute mer un vaste réseau de réserves marines fortement et/ou intégralement protégées.

La biodiversité marine est menacée selon les experts de l'IPBES

© Paul Hilton / Greenpeace

En plus de ce rapport, qui devrait dépasser le millier de pages, l’IPBES publiera en fin de semaine un résumé « pour les décideurs » qui devra être adopté par les pays membres de l’IPBES. Au même moment se tiendra à Metz le G7 environnement, c’est-à-dire la réunion des ministres de l’environnement du G7 (France, Etats-Unis, Allemagne, Royaume-uni, Italie, Japon et Canada).

La France est le pays hôte du G7 cette année, et nous savons qu’elle profitera de l’événement pour assurer de la soit-disant importance de la biodiversité et du climat pour le gouvernement, et son engagement sur le sujet.

Les beaux discours et les actes

Pourtant, le discours d’Emmanuel Macron du jeudi 26 avril ne nous a pas rassurés, tant les annonces de style sont restées sans actes concrets. La création d’un comité de défense de la transition énergétique ? Un conseil des ministres resserré. Une « convention citoyenne » de 150 Français.e.s tirée au sort pour débattre des solutions à apporter au changement climatique ? Si impliquer les citoyen.ne.s est toujours une bonne idée, cette nouvelle structure semble surtout repousser encore à plus tard les indispensables décisions structurelles à prendre de toute urgence, et dédouaner l’État.

Les beaux discours face au rapport de l'IPBES

© Jean Nicholas Guillo / Les Amis de la Terre / ANV-COP 21 / Greenpeace

Sur la biodiversité comme sur le climat, le compte n’y est pas. Le Plan biodiversité présenté par Nicolas Hulot l’an dernier n’était pas accompagné de moyens suffisants, notamment financiers, et aucune traduction législative ambitieuse n’a pour l’instant vu le jour. La France recule sur le sujet des pesticides et rechigne à mettre en oeuvre des politiques qui encourage une réduction drastique de la consommation de viande et de produits laitiers. Une stratégie nationale sur la déforestation importée a bien été adoptée, mais elle ne comporte aucune mesure contraignante, notamment pour les multinationales, et ne prévoit rien pour réduire nos importations de produits associés à des changements néfastes d’utilisation des sols, comme le soja.

Pire, le gouvernement continue de donner la prime aux entreprises destructrices : c’est par exemple le cas avec Total, qui a importé 20 000 tonnes d’huile de palme à sa raffinerie de la Mède il y a quelques semaines. Une huile de palme en provenance d’Indonésie, où la forêt tropicale abrite une espèce d’orang outan menacée. A la clé, un fournisseur connu pour ne pas respecter ses engagements zéro déforestation : Apical.

Pour sauvegarder la biodiversité et la vie humaine associée, il faudra donc en finir avec la République des pollueurs, pour retrouver les voies de l’intérêt général.

 

Pour en savoir plus :

Interview de Jean-François Julliard sur l’assemblée citoyenne : https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/Assemblee-citoyenne-transition-ecologique-LEtat-dedouane-responsabilites-2019-04-28-1201018380

Comprendre l’IPBES : https://www.novethic.fr/actualite/environnement/biodiversite/isr-rse/tout-comprendre-a-l-ipbes-l-equivalent-du-giec-pour-la-biodiversite-147176.html





(Crédits photographiques : © Greenpeace)
Commentaires (3)

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Michel B.

Ce rapport tombe finalement à point nommé. C'est toujours bien de faire confirmer par des études scientifiques et des chiffres à la clé ce que tout le monde peut déjà constater au quotidien depuis de nombreuses années. Personnellement, je n'ai pas attendu ce rapport pour me rendre compte que : - l'air que nous respirons est de plus en plus pollué (habitant en région Lilloise, les alertes pollutions sont de plus en plus nombreuses chaque année) - la nourriture industrielle que nous consommons est de plus en plus viciée (utilisation de pesticides, additifs, huile de palme, sans compter l'impact nutritionnel) - les alertes sanitaires sont de plus en plus nombreuses (pollution de l'eau, rappels de produits alimentaires et j'en passe) - les espèces animales et végétales déclinent (pas besoin d'aller voir à Bornéo pour s'en rendre compte, même si la régression de la forêt primaire me révolte) - les humains sont de plus en plus à l'étroit dans leur habitat : forcément, avec le réchauffement climatique, de moins en moins d'espace est vivable pour l'homme, ce qui engendre des mouvements migratoires de masse (et ce n'est que le début). Des millions de personnes sont obligés de quitter leur régions natales pour fuir vers d'autres pays, desquels ils sont rejetés (s'ils y parviennent en vie). Face à ces constats, quelles mesures sont prises par les pouvoirs publics ? Pratiquement aucun : - les pesticides sont toujours autorisés - face à la dégradation de la qualité de l'air, les seules mesures prises sont des mesures de restriction de la circulation (on limite les dégâts, on ne soigne pas la source du problème) - on signe des traités de libre échange pour importer en toute légalité des cochonneries ogm - on maltraite les animaux (en élevages industriels, en abattoir...) en toute légalité - aucune proposition concrète pour renforcer l'offre de transport public - aucune proposition concrète pour sortir du nucléaire à moyen terme - aucune proposition pour verdir les villes... Désolé pour cette longue tirade, mais cette inaction généralisée des pouvoirs publics et des grands groupes industriels me révolte.

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Fabienne

Je suis dépitée qu'un si grand sujet qui nous concerne tous (n'en déplaise à certains) et pour lequel le signal d'alarme hurle en continu ... "Notre Terre et sa biodiversité animale et végétale" soit traité avec autant de désinvolture !!! Des discours, des écrits, des débats, des réunions, de grands sommets pour entendre que nous n'avons plus le temps de prendre notre temps ! Et pourtant ..... aucune mesure urgente n'est prise, aucun changement dans nos habitudes n'est imposée, rien ne change et les grands projets de changements ne sont annoncés, quand ils le sont, que dans plusieurs années !! Que croyons nous ? Que notre mère Nature va nous octroyer un délai ? C'est aujourd'hui qu'il faut des mesures; Il ne faut pas compter sur la bonne conscience des chefs d'entreprises, des grands capitalistes ... même pas sur celle de son voisin. Il faut une mobilisation mondiale et des projets de changement pour hier !!

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pelagui

Une belle découverte que cette organisation de l'IPBES une sorte de Giec de la biodiversité. Les espaces de vie de animaux sont partout réduits , meme en france, les grandes monocultures ont remplacé des cultures plus diverses et les buisssons et les quelques espaces humides qui servaient de niches pour les oiseaux ou autres amphibiens ont été rasés.. Avez vous vu un papillon cette année , une sauterelle, un scarabée, un moineau? Il y a seulement 20 ans , on voyait encore ces insectes dont les oiseaux se nourrisent..

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