Théoriquement, en France, le survol des centrales nucléaires est soumis à une

Nucléaire

Survols de centrales nucléaires : la saga continue

Avions, drones : depuis plusieurs années, les installations nucléaires françaises sont régulièrement survolées. De nouveaux survols ont eu lieu pendant l’été 2017. Outre la multiplication des drones en circulation, le vrai problème posé par ces événements est bien celui de la vulnérabilité des installations nucléaires françaises face aux agressions extérieures.

Théoriquement, en France, le survol des centrales nucléaires est soumis à une réglementation très stricte. Pour certains sites, il est interdit dans un périmètre de cinq kilomètres et de 1000 mètres d’altitude autour des sites, et passible d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Cette réglementation n’a pourtant pas empêché des dizaines de survols depuis 2013. Et ce sans que jamais les responsables ne soient trouvés : l’Etat et EDF semblent incapables de faire face.

Plus de 40 survols des centrales françaises depuis 2014

Rien qu’entre septembre et novembre 2014, ce sont plus de 30 survols qui ont été recensés au-dessus de 14 centrales nucléaires exploitées par EDF. Certains événements sont plus inquiétants que d’autres : le 19 octobre 2014, quatre sites (Bugey, Gravelines, Chooz, Nogent-sur-Seine) ont été survolés simultanément, laissant penser qu’il s’agissait d’une opération coordonnée. En janvier 2015, deux drones survolaient à nouveau la centrale de Nogent-sur-Seine, située à moins de 100 kilomètres de Paris.

Cet été 2017, au mois de juin, un drone a survolé la centrale nucléaire de Chinon. Au mois de juillet, c’est cette fois un avion à réaction civil qui a survolé trois fois les zones interdites de survol de Flamanville et de l’usine de retraitement de la Hague (centre de traitement du combustible nucléaire usé). Ces survols à très basse altitude des installations nucléaires ont été constatés par de nombreux témoins, dont des membres de l’ACRO. Il semblerait qu’un autre survol de drone ait eu lieu au mois d’août, sur le site de Flamanville. Quid de la réaction des autorités face à ces survols non autorisés et potentiellement dangereux ?

Des autorités dépassées

Dans le cas du survol de novembre 2014 au-dessus de la zone interdite de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire, au-dessus d’un étang se situant à proximité de l’installation, deux hommes ont été reconnus coupables mais dispensés de peine. Ils ont néanmoins dû payer 500 euros chacun de frais de justice à EDF, gérant de la centrale. En août 2015, un avion de tourisme survolait la centrale de Penly : 900 pieds d’altitude au lieu des 3500 réglementaires. Un survol non intentionnel qui a conduit à l’arrestation du pilote.

Cependant, la plupart du temps, EDF et les autorités nationales de sûreté et de sécurité nucléaires se sont avérées incapables d’anticiper, de détecter et d’empêcher ces survols, ainsi que d’identifier les responsables.

Derrière cette inaction, on trouve de l’embarras… et quelques déclarations floues. Ainsi, dans le contexte des survols de 2014, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve parlait à la radio France Inter de neutraliser les drones. Mais jamais aucun de ces drones n’a été abattu. Si des contre-mesures ont été discutées (par exemple à l’occasion du salon Eurosatory, grand-messe réunissant fabricants d’armes et institutions politiques), aucune solution efficace n’existe pour lutter contre ces survols intempestifs.

Rappelons que les survols de centrales nucléaires ne concernent pas que la France. En décembre 2014, la centrale nucléaire belge de Doel, située dans le nord du pays, a été à son tour survolée par un drone.

Préoccupée de longue date par la vulnérabilité des centrales nucléaires, Greenpeace a déjà tenté d’alerter les autorités quant aux failles de sécurité. Par exemple, des militants ont pénétré dans l’espace aérien de la centrale du Bugey en paramoteur, en 2012. L’appareil a même réussi à déposer des fumigènes sur l’un des réacteurs et a atterri à l’intérieur du site.

Avions, drones, le vrai problème est bien celui de la sécurité des populations vivant à proximité des installations nucléaires. De simples dépôts de plainte au cas par cas de la part d’EDF vont-ils suffire à le régler ? Les récents survols de l’été 2017 ont de quoi relancer les craintes sur la vulnérabilité des installations nucléaires.

Des centrales françaises nombreuses et vulnérables

La centrale de Fessenheim, dinosaure nucléaire située sur les bords du Rhin.

La vulnérabilité des installations nucléaires françaises n’est plus à prouver : à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a identifié les failles et les vulnérabilités des centrales nucléaires en exploitation, et a rendu ces éléments publics.

Un drone touchant l’enceinte d’un réacteur nucléaire pourrait ne faire que peu de dégâts. Mais certaines parties des centrales sont bien plus vulnérables et ne sont pas protégées aujourd’hui. C’est notamment le cas des diesels de secours, de certaines installations de refroidissement et des piscines d’entreposage du combustible usé.

Dans le contexte de survols à répétition des années 2013 et 2014, Greenpeace a demandé à John Large, expert britannique en matière de sécurité nucléaire, de produire un rapport détaillé sur les risques que font peser les drones sur les centrales françaises.

Ces survols qui durent depuis des années font une démonstration éloquente : aujourd’hui, on peut tourner autour d’une centrale, repartir et recommencer le lendemain, sans que les autorités puissent identifier ou arrêter les responsables. La “drone de blague” n’en est plus une. Dans un climat tendu en matière de sécurité et à l’heure où les outils technologiques permettant le survol avancent plus vite que les contre-mesures, les installations nucléaires françaises et leur vulnérabilité posent plus que jamais question. Cette épée de Damoclès au-dessus des populations est un enjeu de sécurité national et international. Le problème est sérieux et doit être pris en charge de toute urgence.





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