Vincent Bolloré, l’homme d’affaires qui se rêvait écolo On ne présente

Forêts

Menaces sur les forêts africaines : notre enquête

La nouvelle frontière de la déforestation se trouve désormais en Afrique. C’est une économie complexe, reposant sur un dédale de filiales difficile à déchiffrer. Mais parfois, la longue chaîne de capitaux qui menace la forêt remonte jusqu’en France. Exemple avec le groupe Bolloré et la Socfin. Notre enquête.

Vincent Bolloré, l’homme d’affaires qui se rêvait écolo

On ne présente plus Vincent Bolloré. Les activités de son groupe sont variées : du transport aux infrastructures portuaires en passant par la logistique, et la communication. L’implantation africaine du groupe, où il réalise un quart de son chiffre d’affaire , a par ailleurs récemment fait l’objet de nombreux articles . A la tête d’une des plus grandes fortunes françaises, Vincent Bolloré s’est bâti une réputation d’homme d’affaires « sans scrupules ». Mais depuis quelques années, il tente parallèlement de se construire une image plus positive notamment en affirmant sa volonté de « concilier performance économique et engagements sociaux, sociétaux et environnementaux » : production de véhicules électriques, réduction de l’empreinte environnementale du groupe, adoption de chartes et de codes environnementaux…

Vincent Bolloré, PDG du groupe d’investissement Bolloré, assistant à la Global Conference de l’UNESCO, en 2013.

Ces ambitions affichées contrastent fortement avec les investissements agricoles du groupe Bolloré en Afrique et en Asie du Sud-Est via la Socfin, qui représentent une menace très réelle pour les forêts et le climat. En effet, le groupe Bolloré est l’un des deux actionnaires principaux de la Socfin, une société qui cultive le palmier à huile et l’hévéa. Et en dépit de l’influence majeure que lui confère sa participation de 38,75% au sein de la Socfin et de sa volonté affichée « d’innover pour anticiper les nouvelles exigences environnementales », force est de constater que Vincent Bolloré n‘a pas fait évoluer l’entreprise vers des pratiques protectrices de l’environnement et socialement responsables, et ce malgré les nombreux scandales de ces dernières années.

L’empire Socfin

Vincent Bolloré et Hubert Fabri (président de la Socfin) se partagent l’essentiel de la société : le groupe Bolloré en détient 38,75 %, tandis qu’Hubert Fabri, via ses liens affichés ou cachés avec d’autres actionnaires, en possède 50,2 %.

Le groupe Bolloré se trouve fortement engagé dans la gestion de la Socfin : les deux plus hauts dirigeants du groupe, Vincent Bolloré lui-même et son n°2, Cédric de Bailliencourt, siègent ainsi au conseil d’administration de la Socfin et de plusieurs de ses filiales. De son côté, Hubert Fabri siège au conseil d’administration du groupe Bolloré et d’au moins cinq sociétés contrôlées par celui-ci. Euphémisme donc que de dire que les deux hommes se connaissent bien.

Un acteur historique dans les secteurs du caoutchouc et de l’huile de palme

La Socfin gère aujourd’hui plus de 185 000 hectares de plantations de palmiers à huile et d’hévéas (caoutchouc naturel) et est présente dans deux pays asiatiques (Cambodge et Indonésie) et dans huit pays africains : Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Libéria, Nigeria, République démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe et Sierra Leone. Avec un chiffre d’affaires de 508,4 millions d’euros, la Socfin a dégagé en 2014 un bénéfice net de 23,6 millions d’euros, pour une production de 185 443 tonnes d’huile de palme brute et de 116 933 tonnes de caoutchouc naturel sur le continent africain.. Une jolie perle dans l’empire Bolloré.

Sur l’île de Sao Tome et Principe, les forêts sont menacées par les projets d’expansion de la Socfin, une société détenue par Vincent Bolloré et Hubert Fabri.

Sur l’île de Sao Tome et Principe, les forêts sont menacées par les projets d’expansion de la Socfin, une société détenue par Vincent Bolloré et Hubert Fabri.

L’Afrique, Eldorado de la Socfin

La nouvelle frontière de l’huile de palme

On assiste actuellement à une véritable ruée sur les forêts africaines. Les investissements s’y multiplient, attirés par des conditions climatiques favorables et surtout par des règlementations peu contraignantes ou non appliquées (notamment en raison de la corruption) et un régime fiscal souvent très incitatif.

Premières visées : les forêts du bassin du Congo. Elles couvrent 200 millions d’hectares et représentent une valeur écologique exceptionnelle, grâce à une biodiversité remarquable : plus de 500 espèces de mammifères, 400 espèces de reptiles, des milliers d’espèces végétales ainsi que des centaines d’espèces d’oiseaux ont été recensées dans les forêts d’Afrique centrale.

Les forêts sont bien plus qu’un stock de bois. Elles sont cruciales pour les communautés qui en dépendent pour se nourrir et s’abriter.

Un camion chargé de fruits issus des palmiers à huile dans une plantation de la Socapalm (Société Camerounaise de Palmeraies) à Apouh, au Cameroun.

Un camion chargé de fruits issus des palmiers à huile dans une plantation de la Socapalm (Société Camerounaise de Palmeraies) à Apouh, au Cameroun.

La menace climatique Socfin

Les zones plantées gérées par la Socfin sont significatives, mais elles ne représenteraient que 40% des concessions détenues par la société. En effet, selon les chiffres de 2014, les concessions de la Socfin en Afrique couvriraient plus de 325 000 hectares.

Les superficies plantées pourraient donc doubler dans les prochaines années. Or au sein de ces concessions se trouvent des forêts tropicales en sursis, stockant des quantités de carbone importantes (zones dites « High Carbon Stock » – HCS).

Le GIEC estime que 12 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la déforestation.

A Sao Tomé-et-Principe, depuis 2010, environ 1 800 hectares de forêts ont été détruits pour être convertis en plantations de palmiers à huile, soit, selon les estimations de Greenpeace, plus de 600 000 tonnes d’équivalent CO2.

En République démocratique du Congo (RDC), environ 20 000 hectares de forêts denses sont potentiellement menacées en l’absence d’une politique zéro déforestation. Les émissions de gaz à effet de serre associées au défrichement éventuel de ces zones s’élèveraient alors à près de 8,5 millions de tonnes équivalent CO2.

Un fermier sur ses terres agricoles, près du parc national Obo. Les fermiers qui ont perdu leurs terres à cause des plantations de palmiers à huile sont de fait incités à grignoter du terrain au-delà des frontières de la réserve naturelle du parc Obo.

Une présence marquée par de nombreux conflits sociaux

La Socfin n’est pas très connue du grand public a bénéficié ces dernières années d’une visibilité médiatique dont elle se serait sans doute bien passée, de par les nombreux conflits sociaux qui se sont fait jour à l’intérieur et autour de ses concessions. Certaines communautés locales jouxtant les plantations dans plusieurs pays se sont regroupées au sein de l’« Alliance Internationale des communautés riveraines des plantations Socfin Bolloré ». Les paysans et les riverains dénoncent notamment le non-respect de leurs droits fonciers coutumiers, la faiblesse des compensations accordées, la dureté des conditions de travail des ouvriers agricoles et la menace pour leur sécurité alimentaire.

Une absence criante d’engagement environnemental

La Socfin n’a pas de politique visant à prévenir la déforestation dans ses projets. La Socfin a fini par publier à l’été 2015 une Sustainability Policy, mais cette dernière demeure très insuffisante et notablement inférieure aux standards actuels du secteur. Si elle était appliquée, cette politique ne permettrait pas de protéger une grande partie des forêts tropicales couvertes par les concessions de la Socfin, et donc de briser le lien entre plantations industrielles, déforestation et émissions massives de gaz à effet de serre. En refusant de formuler une politique zéro déforestation visant à protéger l’ensemble des forêts et zones riches en carbone, la Socfin et le groupe Bolloré se positionnent à rebours de la dynamique de progrès enclenchée dans le secteur ces dernières années, et de la volonté des consommateurs de ne plus contribuer à la déforestation et aux changements climatiques.

Pour en savoir plus, sur les relations entre la SocFin, le groupe Bolloré et la déforestation en Afrique, téléchargez le rapport complet « Menaces sur les forêts africaines ».

La SocFin est un exemple de ce qu’il peut se passer sur notre continent. Pour préserver nos forêts, signez notre pétition pour demander une politique Zéro Déforestation dans le Bassin du Congo !

Droit de réponse suite à la parution de l’enquête de Greenpeace France

Suite à la publication de cette enquête, le Groupe Bolloré a demandé à Greenpeace France un droit de réponse sur notre site, que nous publions ci-après au nom de la liberté d’expression et au débat. A Greenpeace, nous maintenons fermement nos arguments et contestons ceux exposés par le groupe Bolloré.

Bolloré droit de réponse




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