L'EPR : entêtement tragique et fiasco intégral

Nucléaire

L’EPR (European Pressurized Reactor) est le réacteur plus puissant au monde, mais aussi le plus dangereux. Le gouvernement français, EDF et Areva sont les principaux promoteurs de l'EPR et voient en lui le réacteur de l'avenir. Une erreur tragique. Dans son obstination à maintenir artificiellement en vie sa filière nucléaire en cherchant des vitrines internationales, EDF met en péril le système électrique français et la sécurité des populations. Les ressources d’EDF devraient être mises à profit pour sortir du nucléaire en sécurité et assurer une transition énergétique vers les renouvelables. Au lieu de ça, l’État, actionnaire à 85%, l’autorise à dégrader la qualité du parc nucléaire existant, laissant se développer le risque d’un accident nucléaire tragique.

L’EPR a une puissance électrique de 1600 mégawatts (quand ses prédécesseurs avoisinaient les 1000 mégawatts) et il a été conçu pour utiliser jusqu’à 100 % de MOX (Mixed Oxydes), un mélange d’oxydes de plutonium et d’uranium. Actuellement quatre EPR sont en construction : un à Flamanville (Manche), un à Olkiluoto (Finlande) et deux à Taishan (Chine). Aucun d’entre eux n’est actuellement terminé. EDF a signé des prêts, des accords et des contrats pour en construire deux autres à Hinkley Point, en Angleterre, mais il reste encore de nombreux obstacles avant la construction effective.

Le mythe de l’autonomie et de l’efficacité

La France n’a pas besoin de nouvelles centrales nucléaires. Nos capacités de production d’électricité sont tout à fait suffisantes. Par contre, en développant toujours plus le nucléaire alors qu’il n’y a pas assez d’uranium en France, nous renforçons notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Nous devons acheter de l’uranium au Canada, au Niger ou à l’Australie. En aucun cas, le nucléaire ne favorise notre indépendance énergétique. Cette idée est un mythe.

Croire que le nucléaire est la solution face aux dérèglements climatiques est tout aussi illusoire. La seule solution, c’est le recours aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique.

L’EPR fait peser un danger permanent sur la France

Non seulement l’EPR est inutile, mais en plus il est dangereux. Un problème technique, une erreur humaine, un acte terroriste : le risque zéro n’existe pas. Aucune centrale nucléaire n’est à l’abri d’une catastrophe. En 2003, la révélation d’un document classé « secret défense » a permis de découvrir qu’un EPR ne résisterait pas au crash d’un avion de ligne (qu’il s’agisse d’un accident ou d’un acte terroriste). Quatre ans plus tard, Greenpeace a publié un rapport réalisé à ce sujet par John Large, un expert international en sécurité nucléaire, dont les conclusions étaient accablantes. En 2016, c’est le couvercle de la cuve qui est à son tour pointé du doigt par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour une anomalie de la composition de l’acier.

En cas d’accident nucléaire sur un des EPR, toute la Normandie devrait être évacuée et au bout de 48 heures, l’ensemble du territoire français serait sous un nuage toxique. Les morts se compteraient par centaines dans les premiers jours et par dizaines de milliers les années suivantes. En outre, les plans d’intervention en cas de catastrophe à Flamanville sont insuffisants : ils ne concernent pour le moment que les 10 km entourant la centrale. Une décision récente porte cette distance à 20 km, ce qui reste notoirement insuffisant.

L’EPR est le réacteur nucléaire le plus dangereux au monde en raison de sa puissance et du combustible utilisé. Ses promoteurs répètent qu’il produira un peu moins de déchets que ses prédécesseurs. Certes. Mais ils seront sept fois plus nocifs ! Le Mox (combustible utilisé dans certains réacteurs de Fukushima) pourrait alimenter l’EPR. Ce combustible est plus radiotoxique que celui à l’uranium habituellement employé. De plus, le stockage des déchets est toujours problématique.

Une aberration économique

Les défenseurs de l’EPR assurent également qu’il va créer des emplois. Pourtant, à y regarder de plus près ce n’est pas convaincant. En comparaison, la promotion des énergies renouvelables pourrait entraîner la création de dizaines de milliers d’emplois par an. Mais il faudrait y consacrer des moyens financiers. Par exemple, ceux prévus pour l’EPR.

Initialement, le nouveau réacteur de Flamanville devait coûter un peu plus de trois milliards d’euros. Pour le moment, avec tous les déboires accumulés depuis le début du chantier, la note s’élève en fait à plus de 10 milliards d’euros, soit le triple !  Ce à quoi il faudra ajouter, une fois le chantier fini, les frais de fonctionnement et de la gestion des déchets nucléaires et, dans un avenir plus lointain, le coût du démantèlement. Au final, c’est le contribuable qui paiera la note. De plus,  l’EPR est moins compétitif que l’éolien terrestre : 100 euros le MWh pour l’EPR contre 80 euros le MWh pour l’éolien terrestre (tarif de rachat).

L’EPR, une leçon de gestion catastrophique

Ces surcoûts sont dus à une gestion lamentable, aussi bien pour le chantier finlandais que français. À Flamanville, le chantier de l’EPR a débuté fin 2007 et a rapidement accumulé les déboires. À la mi-2008, il a été arrêté à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), ce qui est exceptionnel dans l’histoire du nucléaire français. Des malfaçons dans la qualité du béton avaient été constatées. Quelques mois plus tard, l’ASN pointait du doigt un nouveau danger dans la fabrication de pièces destinées au pressuriseur du réacteur. Depuis, l’ASN n’a toujours pas obtenu satisfaction.

Le chantier d’Olkiluoto est tout aussi mal géré, à tel point que le gouvernement finlandais pourrait exiger deux milliards d’euros de dédommagements à Areva.

Et dire que l’EPR devait être une des vitrines du savoir-faire français. Il n’est en réalité que le miroir d’une politique énergétique irresponsable.

Les scandales s’enchaînent. Une batterie de tests a démontré que l’acier de la cuve et du couvercle de l’EPR de Flamanville est plus fragile que ce que prévoient les normes de sûreté : ces éléments ne sont donc pas fiables en l’état. Or, la cuve et son couvercle forment deux pièces d’un seul tenant qu’il est impossible « rafistoler » telle quelle.

Le « savoir-faire » nucléaire français ne fait plus illusion

Par ailleurs, les EPR peinent à remporter des marchés à l’international. D’abord parce que le marché du nucléaire se réduit face à la poussée des renouvelables, ensuite parce que le produit n’est manifestement pas bon. Les Finlandais sont toujours en contentieux avec Areva à la suite de problèmes de livraison (retards, surcoûts) de l’EPR d’Olkiluoto (plus de neuf ans de retard et triplement du prix).

Quant aux Chinois, ils commencent à nourrir de sérieux doutes quant à la sûreté des EPR français qu’ils ont achetés. Ils ont ainsi décidé de différer la finition et la mise en service de leurs EPR de Taishan, en attendant les conclusions de l’ASN concernant les défauts de Flamanville.

Le marché conclu avec les Anglais pour construire des EPR à Hinkley Point accuse lui aussi de sérieux contrecoups. D’abord, le gouvernement britannique a annoncé qu’il retirait son soutien financier au projet si Flamanville ne voyait pas le jour avant 2020 . Or de multiples contretemps risquent bien de prolonger le chantier au-delà de cette date. De plus, si EDF devait au départ ne financer qu’un tiers d’Hinkley Point, elle doit aujourd’hui en assumer deux – pour un projet qui pèse près de 24 milliards d’euros. Problème : EDF n’a pas l’argent pour et fait donc pression sur l’État-actionnaire. Pour la première fois, des syndicats (notamment FO et CGT), ont officiellement enjoint à EDF d’abandonner le projet, beaucoup trop risqué financièrement. On mesure ainsi combien la stratégie de développement nucléaire poursuivie par EDF est erratique.

EDF ne peut plus faire face

EDF doit faire face à d’autres investissements : au “grand carénage”, d’abord, à savoir les opérations de maintenance destinées à prolonger la durée de vie d’un parc nucléaire obsolète, que l’entreprise chiffre à 51 milliards d’euros étalés jusqu’en 2025 ; et au développement des énergies renouvelables, ensuite, soit 22 milliards d’investissement d’ici à 2030 (33 milliards d’ici à 2030) pour doubler la puissance actuellement exploitée. En ajoutant ces dépenses à l’investissement d’Hinkley Point, EDF devra financer au total 88 milliards d’euros d’ici à 2025,  auxquels s’ajoutent les coûts liés à la maintenance ordinaire des installations en fonctionnement (environ 10 milliards d’euros en 2015).

Pour financer ces investissements, EDF a annoncé une cession d’actifs de 10 milliards d’euros d’ici à 2020. Une recapitalisation de quatre milliards d’euros votée en juillet 2016 complète ce dispositif, dont trois milliards souscrits par l’État français, c’est-à-dire nous, les contribuables.

Mais c’est une rustine sur une jambe de bois. Le développement du nucléaire à l’international n’a pas d’avenir : le marché mondial est quasiment au point mort, étouffé par le développement exponentiel des énergies renouvelables. En outre, la consommation d’électricité diminue et les prix avec elle. Par ailleurs, le groupe souffre d’un cash flow – l’argent qu’il reste en fin de mois, après avoir payé les factures et dépenses courantes – négatif depuis 2008 et se trouve prisonnier dans une spirale d’endettement qu’il ne pourra plus masquer longtemps : le groupe est aujourd’hui endetté à hauteur d’environ 75 milliards d’euros. D’un mot, la filière nucléaire n’est plus rentable et ne le sera jamais plus. Le groupe s’est à ce titre vu éjecté du CAC40 fin 2015, et les agences de notation financière menacent aujourd’hui de dégrader sa note devant tant d’incertitudes.

D’ailleurs, l’Autorité des marchés financiers commence à s’en inquiéter et a perquisitionné EDF en juillet 2016, notamment pour faire la lumière sur les projets financiers d’EDF concernant le nucléaire, qui baignent dans une opacité tout à fait inacceptable. En novembre 2016, Greenpeace décidait de porter plainte contre l’entreprise EDF et son PDG Jean-Bernard Lévy pour délits boursiers. Le mois suivant, le parquet national financier annonçait l’ouverture d’une enquête

Pour la première fois de l’histoire du groupe, le comité d’entreprise (aux côtés de plusieurs syndicats) s’oppose à la direction sur le dossier Hinkley Point. Un projet qui avait déjà déclenché, rappelons-le, le départ du directeur financier et numéro 2 du groupe, Thomas Piquemal, début 2016.

Dans son obstination à maintenir artificiellement en vie sa filière nucléaire en cherchant des vitrines internationales, EDF met en péril le système électrique français et la sécurité des populations. Les ressources d’EDF devraient être mises à profit pour sortir du nucléaire en toute sécurité et assurer une transition énergétique vers les renouvelables. Au lieu de ça, l’État, actionnaire à 85 %, l’autorise à dégrader la qualité du parc nucléaire existant, laissant se développer le risque d’un accident nucléaire tragique.







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