Déchets nucléaires et rejets radioactifs

Nucléaire

À chacune de ses étapes, la filière nucléaire produit des déchets, et toutes les installations nucléaires rejettent de la radioactivité dans l’environnement. C’est une industrie polluante et dangereuse de bout en bout qui lègue aux générations futures la promesse de dépenses financières et de risques d’accidents effroyables.

Les déchets nucléaires

Extraction de l’uranium, enrichissement de cet uranium, combustion, retraitement pour faire du plutonium : toutes ces opérations entraînent des déchets. Des centaines de milliers de tonnes depuis le lancement de l’industrie nucléaire !

Une partie de ces déchets est hautement radioactive pendant des dizaines, voire des centaines de milliers d’années, et personne ne sait quoi en faire. Des décennies de recherches et d’investissements colossaux n’ont pas fourni de solution. Le retraitement ne convient pas, car il est lui-même producteur de déchets. Une fois coupé et dissout, le combustible irradié se divise en trois catégories : environ 95 % d’uranium, 1 % de plutonium et 4 % de déchets ultimes. Une petite partie du plutonium est réutilisée comme un des composants d’un nouveau combustible, le Mox ; 26 centrales nucléaires françaises sont autorisées à carburer avec un combustible composé au maximum d’un tiers de Mox.

Les 4 % de déchets ultimes sont vitrifiés et stockés directement sur les sites. Ils n’ont à ce jour aucune solution d’avenir. Leur radioactivité restera extrêmement dangereuse pendant des milliers d’années.

Reste donc la majeure partie : l’uranium de retraitement, qui représente 95 % du résultat du retraitement. La transmutation (c’est-à-dire la transformation d’éléments radioactifs à vie longue en éléments radioactifs à vie courte) est pour le moment un rêve de nucléocrate qui n’a pas de réalité industrielle… et encore moins économique.

L’enfouissement est une véritable bombe à retardement. C’est pourtant l’option privilégiée par la France. L’enfouissement est actuellement à l’étude au laboratoire de Bure (Meuse) dans la perspective d’une mise en service en 2030. Il reposerait entièrement sur le concept de confiance en la stabilité de la géologie et comporte d’énormes incertitudes (risque de feu d’hydrogène, réversibilité non démontrée, etc.). C’est pourquoi ce projet doit absolument être abandonné.

Aujourd’hui, en l’absence de solution, on entrepose à La Hague, à Marcoule ou Cadarache, ainsi que sur les sites nucléaires. On stocke dans l’Aube (Soulaines, Morvilliers) En tout, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) recense plus de mille sites où sont conservés, de manière plus ou moins légale, avec ou sans conditionnement, des déchets radioactifs en France.

En clair, les déchets s’accumulent, faisant peser une menace de plus en plus grande sur l’environnement et les générations futures. Il est temps de sortir de cette impasse, et la meilleure façon de gérer en toute sécurité ces déchets, c’est de ne pas en produire !

Les rejets radioactifs

Ces pollutions contaminent quotidiennement et durablement les fleuves, les océans, les nappes phréatiques et l’air. Les rejets radioactifs des usines de retraitement d’Areva à La Hague (Manche) et de Sellafield (sa cousine anglaise) sont les rejets résultant d’une activité humaine les plus importants au monde. Un rapport réalisé en 2001 pour le compte du Parlement européen conclut que ces rejets sont équivalents à un accident nucléaire à grande échelle chaque année.

Ces activités de retraitement du site de La Hague sont en complète contradiction avec deux conventions internationales. La Convention de Londres, entrée en vigueur en 1975, interdit de déverser des déchets nucléaires en mer. La Convention OSPAR, qui vise à préserver l’Atlantique du Nord-Est, a officiellement condamné les activités de retraitement en 2000-2001. La France est signataire de ces deux conventions. Areva continue pourtant de polluer tous les jours les eaux de la Manche.

Le cas du projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo

Alors qu’Areva  s’embourbe avec l’EPR de Flamanville et qu’EDF essuie des revers boursiers sans précédent, le projet d’enfouissement de Cigéo, à Bure, ajoute une pièce à conviction dans le dossier à charge du nucléaire.

Les 13 milliards d’euros initialement prévus pour le Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) sont déjà revus à la hausse (35 milliards d’euros) et il n’est pas impossible qu’il faille le double. L’Agence de sûreté nucléaire (ASN) reconnaît elle-même que les prévisions de l’ANDRA sont “trop optimistes”.

Mais ce n’est pas tout. Le projet en lui-même est une aberration qui se décline en six failles.

Faille n° 1 : l’insécurité géologique

Le site de Cigéo est censé accueillir les déchets dits de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL) existants et à venir. Ces déchets représentent seulement entre 3 et 4 % du combustible usagé mais concentrent environ 99 % de la radioactivité initiale du combustible. Leur concentration radioactive est d’ailleurs telle que seules des machines peuvent manipuler ces conteneurs de déchets.

À Cigéo, les conteneurs hautement radioactifs seraient stockés en profondeur dans une couche géologique d’argile, sélectionnée pour sa relative stabilité. L’argile est notamment connue pour ses qualités en matière d’imperméabilité. Cependant, il est bien évident que les travaux de forage déstabiliseront cette couche argileuse. De plus, des épisodes sismiques ne sont pas totalement exclus. La stabilité historique de la zone n’est pas une preuve suffisante, du moins complètement satisfaisante. Enfin, nous savons que les conteneurs et les galeries ont tendance à se déformer sous l’effet de la haute radioactivité qu’ils abritent et des mouvements de la roche. Dans ces conditions, nul ne peut prévoir comment réagira la strate argileuse.

Faille n° 2 : l’insécurité logistique

Le site de Cigéo est censé fonctionner pendant un siècle. L’ANDRA souhaiterait l’ouvrir en 2030. Sauf que les déchets de haute activité produits à date ne pourront pas être stockés dans un lieu confiné avant 2075, tant leur radioactivité est élevée (elle nécessite un entreposage dans un endroit ventilé pendant plusieurs années). En outre, plusieurs questions se posent quant à l’infrastructure logistique nécessaire pour assurer le transport de ces déchets hyper sensibles de la Hague jusqu’à Cigéo, pour l’instant non résolues.

Faille n° 3 : l’insécurité chronologique

Le site industriel de la Hague, où sont pour l’instant traités et entreposés les déchets hautement radioactifs, sera obsolète en 2030 (un site industriel de ce type dure environ 40 ans). Quand bien même Cigéo serait ouvert à cette date, il ne pourra accueillir que des déchets à radioactivité moyenne, en guise de test (les autres ne pouvant de toute façon pas supporter un stockage confiné). Que fera-t-on alors des déchets hautement radioactifs stockés à la Hague ? Pour l’instant, aucune réponse. Et que faire une fois que Cigéo parviendra à saturation, alors qu’il y aura encore de nombreux conteneurs à descendre si l’activité nucléaire du pays se maintient. L’agrandir sans fin ?

Faille n° 4 : l’insécurité économique

Comment prévoir le niveau de l’inflation, le prix de l’argent, du coût de la main d’œuvre et des technologies sur des échelles de temps aussi longues ? Quand il s’agit de tels ordres de grandeur – plusieurs dizaines de milliards assumés par le contribuable – cela pose un certain nombre de questions politiques auxquelles nul n’est capable de donner de réponses satisfaisantes pour le moment.

Faille n° 5 : l’insécurité scientifique

À Cigéo, c’est la solution du stockage définitif qui a été choisie. Cela signifie qu’une fois les conteneurs enfouis les uns derrière les autres, les galeries creusées dans l’argile seront définitivement scellées par un mélange à base de béton, de sorte qu’elles ne soient plus jamais accessibles. Partout ailleurs, les conteneurs sont en général stockés dans des galeries accessibles à tout moment, ce qui permet d’opérer un travail de surveillance continue et d’intervenir en cas de besoin. Or à Cigéo, toute intervention a posteriori serait impossible.

Faille n° 6 : l’insécurité historique

L’enfouissement définitif des déchets nucléaires pose la question d’une éthique du temps. Le nucléaire actionne des échelles de temps longues, qui échappent par bien des égards au temps historique et politique. Les acteurs qui prennent les décisions aujourd’hui ne seront sans doute même plus vivants au moment de leur application – et ils ne seront plus comptables des effets de ces choix, qui engagent donc les générations futures.

Quant aux déchets hautement radioactifs, ils resteront dangereux pendant des centaines de milliers d’années encore. Ce que nous faisons aujourd’hui en matière nucléaire échappe en somme à notre contrôle et à notre implication historique. Un jour ou l’autre, les êtres humains assisteront à la fermeture de Cigéo. Pour autant, des déchets radioactifs inaccessibles et dangereux y resteront enfouis. Comment s’assurer que les générations futures, dans des dizaines ou des centaines d’années, ne tombent pas dessus par accident, ou selon des modalités dommageables voire tragiques ? Tout cela révèle la nature profonde du nucléaire : une suite de paris inconsidérés où l’humanité actuelle se dédouane ouvertement de sa responsabilité historique.

Ce projet provoque une vive opposition. En août 2016, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc a estimé que les travaux effectués dans le cadre du projet d’enfouissement nécessitent une autorisation de la préfecture. Un répit dans un affrontement qui risque de durer longtemps. D’autres décisions juridiques sont attendues…







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