[caption id="attachment_269855" align="alignnone" width="1200"][img class="size-

Nucléaire

Fukushima : une catastrophe nucléaire et humaine

Le 11 mars, cela fera 10 ans qu’une catastrophe nucléaire majeure débutait avec la fusion de trois réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, exploitée par TEPCO. Aujourd’hui, les victimes de la catastrophe continuent de se battre pour faire valoir leurs droits et porter leur cause à une échelle internationale. Greenpeace leur donne la parole à travers une série de témoignages.

Mizue Kanno, victime de Fukushima-Daiichi © Christian Åslund

© Christian Åslund / Greenpeace

Mizue Kanno, évacuée de la ville de Namie, à 20km de la centrale de Fukushima-Daiichi. Elle souffre d’un cancer de la thyroïde depuis 2016 : « Tant que nous nous accrocherons à l’énergie nucléaire, ce qui m’est arrivé pourrait vous arriver n’importe quand. Le 11 mars, j’ai été contrainte d’abandonner mon ancienne vie. Vous, par contre, vous êtes toujours le 10 mars, et vous avez le choix. Votre 11 mars peut être différent du mien ». 

© Christian Åslund / Greenpeace

© Christian Åslund / Greenpeace

Mari Suzuki, porte-parole d’une association d’aide aux victimes dans la ville de Sukagawa, à une soixantaine de kilomètres de la centrale de Fukushima-Daiichi. Elle aide les victimes à se reconstruire par le théâtre : « J’ai l’impression que beaucoup de gens ne veulent pas être perçus comme étant en désaccord avec les autorités à cause d’une pression invisible qui les empêche de manifester leur mécontentement […]. Si l’expérience [des victimes] au sein de la troupe de théâtre leur a permis de mieux appréhender les choses et de réfléchir de manière critique, peut-être pourront-ils s’exprimer plus sincèrement au sujet de Fukushima. Je l’espère, en tout cas ».

Rianne Teul mesure le niveau de radiation près de Fukushima Daiichi. © Christian Åslund

© Christian Åslund / Greenpeace

Rianne Teul, experte en radioactivité pour Greenpeace : « Je pense qu’il y a un profond manque de compréhension de l’impact de l’accident sur la vie des gens. La propagation des radiations nucléaires est invisible et les impacts ne se manifestent que sur de longues périodes. Il n’y a pas de scènes dramatiques, de débris qui volent dans les airs. [A cause de cela,] le lobby nucléaire a souvent dit que « personne n’était mort à cause de l’accident de Fukushima-Daiichi », mais c’est beaucoup trop réducteur ».

 

Décontamination radioactive dans la préfecture de Fukushima au Japon. © Jeremy Sutton-Hibbert

© Jeremy Sutton-Hibbert / Greenpeace

Minoru Ikeda, ex-employé d’une société de décontamination des sols : « Il y a encore une importante main-d’œuvre qui travaille à Fukushima-Daiichi et sur les autres sites de décontamination. Ils doivent toujours faire face à de mauvaises conditions de travail dans un environnement hostile ».

Haruo_Ono_pêcheur de la préfecture de Fukushima © Christian Åslund

© Christian Åslund / Greenpeace

Haruo Ono, pêcheur de la préfecture de Fukushima, lutte contre le rejet des eaux contaminées dans l’océan Pacifique qui risquent de mettre un terme à l’activité de l’ensemble des pêcheries de la région : « Même si nous sommes de nouveau autorisés à vendre nos prises, je ne peux sortir en mer que dix fois par mois pendant les jours autorisés […]. Nous sommes encore loin de pouvoir pêcher comme nous le souhaitons ».

Akiko Morimatsu an activist and evacuee from Fukushima. © Christian Åslund

© Christian Åslund / Greenpeace

Akiko Morimatsu, évacuée « volontaire » de la ville d’Iitate à 60km de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Grâce à une aide de l’Etat pour aider les personnes à quitter des zones contaminées (en dehors des zones d’évacuation), Akiko a pris la décision de déménager à Osaka en 2011. En 2020, cette aide a été suspendue et certain·es évacué·es « volontaires » ont été contraint·es de revenir dans des zones qui restent contaminées : « Toute personne évacuée qui ne provient pas de la zone délimitée par le gouvernement est qualifiée de « volontaire ».  Je pense que cette catégorisation donne l’impression que l’évacuation était pour eux un luxe […]. L’ironie, c’est que ces catégories ont été inventées par les responsables de l’accident – le gouvernement japonais et TEPCO ».

Norio Kimura Fukushima Daiichi. Jeremy Sutton-Hibbert

© Jeremy Sutton-Hibbert / Greenpeace

Norio Kimura, évacué de la ville d’Okuma, où se trouve la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Il a perdu dans le tsunami son père et sa fille, Yuna, dont les restes n’ont été que partiellement retrouvés, probablement enfouis sous des déchets contaminés entreposés par les autorités sur le terrain de son ancienne maison : « Je sais que Yuna est toujours quelque part là-dessous. […] C’est presque comme si elle se cachait, pour s’assurer que ce qui s’est passé ici ne soit pas oublié ».

Fukushima Victim Kenta Sato in Japan. © Daniel Müller

© Daniel Müller / Greenpeace

Kenta Sato, membre de plusieurs projets locaux visant à la revitalisation de la ville d’Iitate, à 60km de la centrale de Fukushima-Daiichi. Il est investi dans la vie politique de sa commune et a été inquiet de voir l’ordre d’évacuation de la ville levé en 2017 : « Je me demande vraiment si le processus de décontamination [des terres arables] a eu un quelconque effet. Les substances radioactives sont absorbées par les racines des plantes et des arbres, puis sont progressivement libérées dans l’environnement. Les trois quarts de la ville d’Iitate sont couverts de forêts dont la plus grande partie n’a pas été décontaminée ».

Mai Suzuki, radiation specialist with Greenpeace Japan, Fukushima Daiichi

© Jeremy Sutton-Hibbert / Greenpeace

Mai Suzuki travaille pour Greenpeace Japon. Elle revient chaque année à Fukushima pour effectuer des mesures de la radioactivité : « Le gouvernement prétend qu’un peu de travail de décontamination peut régler le problème, mais grâce aux données de mesure, nous sommes capables de montrer que le problème n’a pas du tout disparu ».

Naoto Kan militant anti nucléaire depuis Fukushima Daiichi. © Masaya Noda

© Masaya Noda / Greenpeace

Naoto Kan, ex-Premier ministre du Japon (2010-2011), était en poste lors de l’accident nucléaire de Fukushima. Il a démissionné quelques mois plus tard et est devenu un fervent militant de la cause antinucléaire auprès des institutions internationales : « Nous ne savons pas quand et où aura lieu le prochain accident; ce qui est sûr, c’est qu’il se produira. C’est pourquoi les centrales nucléaires ne devraient pas être construites aussi près des populations . Si nous appliquons ce principe au Japon, […] il n’y a aucun emplacement approprié pour une centrale nucléaire. Si ce principe devait être adopté au niveau mondial, l’énergie nucléaire appartiendrait bientôt au passé ».

Aileen_Mioko_Smith militante anti nucléaire. Jeremy Sutton-Hibbert

© Jeremy Sutton-Hibbert / Greenpeace

Aileen Mioko Smith, militante environnementale et présidente de l’ONG environnementale et anti-nucléaire Green Action :> « Une conversation que j’ai eue avec une vieille dame qui vivait près d’une centrale restera à jamais gravée dans ma mémoire. Elle me disait que « le plus grand mal que la centrale nous a fait a été de faire en sorte que la ville ne décide plus rien par elle-même ».  Il s’agit d’un problème systémique, et sans changements structurels […], les mêmes problèmes subsisteront même après la fermeture des centrales et leur démantèlement […]. Ce système qui crée une dépendance économique à l’égard de l’énergie nucléaire est d’une certaine manière plus problématique que l’énergie nucléaire elle-même ».

© Jeremy Sutton-Hibbert / Greenpeace

Ruiko Muto, militante anti-nucléaire, cheffe de file d’une class action contre l’ancienne direction de TEPCO, l’opérateur de la centrale de Fukushima-Daiichi : « Lorsqu’une ville qui a accueilli une centrale nucléaire est victime d’un accident, ce devrait être une occasion en or de mettre un terme à cette activité. […] Mais paradoxalement, nous replongeons dans notre dépendance à l’énergie nucléaire au nom du développement ».

Fukushima Victim Toru Anzai. © Daniel Müller

© Daniel Müller / Greenpeace

Toru Anzai, agriculteur évacué de la ville d’Iitate à 60km de la centrale de Fukushima-Daiichi. Il est photographe amateur et documente les conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima pour que sa mémoire et celle des autres victimes ne tombent pas dans l’oubli : « On dit qu’une seule photo peut émouvoir le monde. J’espère pouvoir laisser une trace de ce dont j’ai été témoin à Fukushima, afin que dans 50 ou 100 ans, les gens sachent ce qui s’est passé ici ».

© Jeremy Sutton-Hibbert / Greenpeace

Kaori Suzuki, directrice du Laboratoire d’étude des radiations des Mères de Fukushima, association qui effectue des analyses radiologiques (que l’Etat ne pratique plus assez) et contrôle les niveaux de contamination des aliments. Le laboratoire prend aussi en charge médicalement et psychologiquement des victimes : « Nous avons besoin que le monde comprenne à quel point la vie quotidienne a changé à Fukushima. Il est impératif que la même chose ne soit jamais plus infligée à une autre population. En tant que personne vivant chaque jour dans cette nouvelle réalité post-Fukushima, je pense que nous avons le devoir de nous exprimer et de partager nos expériences ».

ancien ingénieur nucléaire - Fukushima Daiichi. Jeremy Sutton-Hibbert

© Jeremy Sutton-Hibbert / Greenpeace

Masashi Goto, ancien ingénieur nucléaire et membre d’une commission citoyenne sur le nucléaire : « TEPCO prétend avoir un projet de démantèlement qui peut être réalisé dans les 30 à 40 prochaines années, mais c’est complètement irréaliste : 30 ans est le délai minimum absolu pour le démantèlement planifié d’une centrale qui n’a pas subi de dommages lors d’un accident. Étant donnés la gravité de ce qui s’est passé et l’état actuel des réacteurs de Fukushima Daiichi, nous envisageons un processus qui durera entre 100 et 200 ans ».

 

L’accident nucléaire de Fukushima a eu lieu au Japon à la suite d’un séisme et d’un tsunami. Mais, comme le rappelait en 2016 l’ancien directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Franck Chevet :
« un accident majeur, comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima, ne peut être exclu nulle part dans le monde, y compris en Europe ». 

Les centrales nucléaires les plus vétustes qui ont dépassé les 40 ans, comme celle du Tricastin, doivent fermer.

A lire également : notre analyse sur les conséquences de la catastrophe nucléaire de Fukushima

Pour plus d’informations sur les questions de sûreté nucléaire et le vieillissement des centrales nucléaires françaises :

Si vous avez des informations relatives au sujet abordé dans cet article, vous pouvez nous contacter à l’adresse  investigation@greenpeace.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter sur le site Greenleaks.





(Crédits photographiques : © Christian Åslund / Greenpeace)
Commentaires (10)

Merci de rester courtois, toute insulte sera sanctionnée par le blocage du posteur et l'effacement des commentaires incriminés. Voir les conditions d'utilisation.

Afin de mieux vous connaître, vous pouvez si vous le désirez indiquer votre couleur préférée.
ENVOYER

Michel Séné

Ce qui est sûr : 1 ) toutes les morts ont été provoquées par le raz-de-marée, appelé au Japon "Tsunami", et que personne n'a été tué par la centrale nucléaire, ce que certains, pour des raisons obscures, essayent de faire croire à l'opinion publique. 2 ) A part Fukushima, quelle sont les centrales exposées aux ravages dévastateurs d'un raz-de-marée ? En France, aucune ! En Europe aucune ! Alors il faut arrêter de faire croire aux gens qu'il faut "se débarrasser du nucléaire", comme si c'était une source d'énergie polluante. Les habitants de Fessenheim ont vécu de leur centrale et ont passé leur vie à côté d'elle. Alors, allez faire plutôt un reportage de ce côté, mais vous risquez d'y être fraîchement accueilli !

2 réponses

Afin de mieux vous connaître, vous pouvez si vous le désirez indiquer votre couleur préférée.
ENVOYER

Studer

Greenpeace donne la parole à des antinucléaires, c'est son droit, et on obtient une série de témoignages qui ne peut que dénigrer cette technologie, alors qu'elle est seulement dépendante de la sagesse ou l'inconscience des hommes : à Fukushima, ceux-ci avaient tout simplement omis de construire une digue de hauteur suffisante pour stopper les tsunamis récurrents (une fois tous les 50 ans environ). Il faut cependant faire remarquer que la seule alternative au nucléaire, en l'état actuel des possibilités industrielles, c'est le gaz ou le charbon. Et que ces énergies, ne serait-ce que pour la production d'électricité ont tué infiniment plus, par la pollution qu'elles engendrent, que le nucléaire. Ensuite qu'à Fukushima, les victimes sont très largement dues à l'excès de précautions : évacuation massive et précipitée alors que les conditions radiologiques ne l'imposaient pas, puis contraintes excessives sur la pêche. Il faut qu'elles soient correctement indemnisées de leurs préjudices, mais le système judiciaire japonais le permettra-t-il ? Il faut rappeler que les responsables de TEPCO, la compagnie propriétaire des installations nucléaires et responsable de la quasi-absence de protection contre les tsunamis fréquents dans la région, n'ont pas été inquiétés par la justice pendant de nombreuses années. Ce n'est qu'en raison de protestations populaires qu'ils ont fini par être jugés avec des peines très légères compte tenu de leurs fautes. Pour nous français, quand on compare la façon dont ils ont été traités à celle dont Carlos Ghosn l'a été, on ne peut qu'halluciner. Au final, Fukushima, c'est la faillite non pas du nucléaire (le Japon a fini par le comprendre après une période de doute légitime) mais de la non transparence et de la cupidité.

1 réponse

Afin de mieux vous connaître, vous pouvez si vous le désirez indiquer votre couleur préférée.
ENVOYER

sabine Riou-Courtes

Oui l'hydrogène produit écologiquement est une piste : avez vous des articles qui font le point ?

Répondre

Afin de mieux vous connaître, vous pouvez si vous le désirez indiquer votre couleur préférée.
ENVOYER

ÉCRIRE UN COMMENTAIRE