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Marine Le Pen
Front National

Publié le 06 mars 2017 – mis à jour le 29 mars 2017

Le caractère irréconciliable des valeurs du FN avec celles qui nous animent ne nous dissuade pas de tenter d’éclairer les électeurs potentiels de Marine Le Pen sur ses propositions environnementales. Depuis quelques années, et notamment avec le lancement fin 2014 de son collectif Nouvelle Ecologie, sorte de think-tank interne chargé d’alimenter le parti en propositions, le FN essaie de verdir son image afin d’élargir la base de ses soutiens. Et si le revirement peut parfois paraître spectaculaire sur certains sujets, le parti d’extrême-droite maintient une ligne nationaliste et excluante, incompatible avec la notion même d’écologie.

 

Ecologie : quand les problèmes environnementaux s’arrêtent aux frontières

Le Front National a ravalé sa façade mais le coeur de son projet s’appuie sur des principes qui demeurent inchangés depuis la création du parti d’extrême droite par Jean-Marie Le Pen. Il s’agit tout d’abord de la notion de “priorité nationale”, une appellation toute neuve pour un concept qui ne l’est pas : celui de “préférence nationale”. Selon ce dogme, tous les citoyens ne sont pas égaux et certains ne doivent pas être protégés ni aidés par la collectivité. Un autre principe cher au FN est celui de la frontière comme ligne de barrière à la fois physique et psychologique entre une France qui devrait être uniforme et le reste du monde.

L’enjeu de préservation de l’environnement est intrinsèquement lié, dans le discours du FN, à la question de l’identité nationale. La question écologique sert à légitimer le repli sur soi : sur le site du collectif Nouvelle Ecologie, on parle ainsi d’ “écologie patriote” et le fameux slogan altermondialiste “penser global, agir local” est tristement détourné pour devenir un “penser et agir local”.

Affirmons-le avec force : cette vision est fondamentalement incompatible avec celle de Greenpeace. Quelles que soient les propositions du FN sur l’environnement, nos valeurs d’ouverture, de diversité, de solidarité, d’humanisme et de non-violence sont profondément mises à mal par le projet du Front National. Les problèmes économiques et sociaux ne se règlent pas en attisant la peur et la haine de l’autre et en stigmatisant les migrants. Les menaces globales qui pèsent sur l’environnement – réchauffement climatique, pollution de l’air, risque d’accident nucléaire… – ne peuvent pas être atténuées par des Etats repliés sur eux-mêmes et qui refusent d’assumer leur responsabilité globale. Imaginer que l’on puisse simplement fermer hermétiquement les frontières et échapper ainsi aux malheurs du monde est non seulement une vue étroite de la marche de la planète mais témoigne aussi d’une conception égoïste et misanthrope.

 

Sur l’énergie, des engagements incohérents et inconsistants

En 2012, Marine Le Pen en était encore à se demander si l’on pouvait vraiment faire quelque chose pour lutter contre le réchauffement climatique et si, vraiment, notre responsabilité était engagée… Soyons beau joueur, Marine Le Pen a, depuis peu, changé de discours et elle reconnaît désormais la responsabilité des activités humaines dans la hausse des émissions de CO2 (“Nous sommes entrés dans l’ère de l’anthropocène”).

Le FN insiste désormais sur la nécessité de “développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables”. Très bien. Mais nous divergeons fortement sur les orientations à prendre : pour Greenpeace, l’objectif ne doit pas être simplement de donner une place aux renouvelables dans notre mix énergétique mais bien de substituer les renouvelables et les économies d’énergie aux énergies fossiles et nucléaire.

C’est là que le bât blesse : Marine Le Pen s’affiche désormais en faveur du nucléaire et contre la transition énergétique. Dans ses 144 engagements présidentiels, la candidate affirme, en effet, vouloir “maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française”. C’est un changement de position pour la candidate du FN : quelques années plus tôt, elle n’était pas aussi claire sur le nucléaire. Par ailleurs, elle ne livre aucun détail sur la méthode qu’elle envisage pour sécuriser nos centrales vieillissantes ou faire face au problème inquiétant des multiples anomalies détectées. Rappelons que prolonger l’exploitation du parc nucléaire français représente un coût astronomique et crée de nouveaux risques pour les citoyens.

Marine Le Pen ne propose aucun objectif chiffré sur la part souhaitée du nucléaire par rapport à celle des renouvelables. En revanche, elle souhaite décréter un moratoire immédiat sur les éoliennes qu’elle juge “immondes”. Sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, candidate à la présidence de la région PACA en 2015 ne voulait pas d’éoliennes “qui défigurent le paysage”. Or, pour réussir la transition énergétique en France, il faut développer un mix des différentes énergies renouvelables disponibles, notamment l’éolien. En plus, cette énergie est particulièrement mature et compétitive, pourvoyeuse d’emplois et elle redonnerait des marges de manoeuvre économiques à l’Etat et aux territoires.

Le Front National plaide également pour l’arrêt du projet de Notre-Dame-des-Landes tout en qualifiant en passant les Zadistes de “terroristes d’extrême-gauche”, un qualificatif complètement abusif. Il se prononce également, comme d’autres candidats, pour la non-exploitation du gaz de schiste “dans l’état actuel des technologies”. Pour nous, et pour les climatologues, les énergies fossiles doivent être laissées dans le sol – quelles que soient les techniques utilisées – si on veut réellement lutter contre le réchauffement climatique.

 

Une vision étriquée de l’agriculture en France

Dans ses engagements présidentiels, Marine Le Pen souhaite “appliquer le patriotisme économique aux produits agricoles français pour soutenir immédiatement nos paysans et nos pêcheurs au travers de la commande publique (Etat et collectivités)”. Elle propose “d’interdire l’importation de produits agricoles et alimentaires qui ne respectent pas les normes de production françaises en matière de sécurité sanitaire, du bien-être animal et d’environnement”. Elle considère également que “la véritable écologie consiste à produire au plus près et retraiter sur place”.

On pourrait se réjouir de certaines formules si elles ne masquaient pas un flou savamment entretenu. Aucune définition, par exemple, de ce que serait une agriculture respectueuse de l’environnement selon la candidate. Les mots “bio” ou “agriculture biologique” ne sont pas cités une seul fois dans ses engagements présidentiels. Il y a quelques années elle accusait le bio d’être “une dictature”. Pour Greenpeace, les produits bio, regroupés sous le label AB en France, sont issus d’un modèle agricole respectueux de l’environnement (sans produits chimiques ni OGM notamment). Et il existe également d’autres pratiques agricoles écologiques, bénéfiques pour l’environnement, notre santé et la vitalité économique du secteur.

La seule origine française de la production agricole ne garantit pas que l’environnement soit respecté ! Si la politique agricole commune européenne fait autant de dégâts, c’est aussi parce qu’elle entretient (y compris à coups de subventions massives) le modèle dominant en France et ses nombreux impacts négatifs : pollution de nos rivières, intoxication de notre air, destruction de la biodiversité et appauvrissement des sols. Marine Le Pen n’apporte donc que peu de précisions sur le modèle agricole qu’elle souhaite, hormis le fait qu’elle désire interdire les fermes-usines, du type “ferme des 1000 vaches”, ce qui serait évidemment une bonne chose.

Les élus FN sur le terrain vont plus loin dans la défense du modèle agricole dominant. Au Conseil régional d’Île-de-France, ils ont préféré réorienter les aides de soutien à l’agriculture bio en direction des chambres d’agriculture (qui sont, pour la quasi-totalité d’entre elles, aux mains de la FNSEA). On est loin d’une défense des petits producteurs locaux….

Le FN est pour l’interdiction des OGM au nom du principe de précaution et “pour imposer la traçabilité totale de l’origine géographique et du lieu de transformation sur l’étiquette”, des propositions qui vont dans le bon sens.

Par ailleurs, le FN semble tout simplement passer sous silence l’enjeu – pourtant crucial pour la lutte contre le réchauffement climatique – de réduction de la consommation de viande… une question peut-être trop sensible pour l’”identité nationale” ?!

 

La pollution de l’air ignorée

La question de la pollution de l’air est tout simplement absente des engagements présidentiels de Marine Le Pen… Lors de ses récentes prises de parole dans les médias, la candidate FN s’est positionnée fermement contre « la taxation du diesel », jugée socialement injuste. Cette opposition stérile entre transition écologique et justice sociale témoigne en réalité d’un manque de volonté politique sur le sujet : en effet, les recettes tirées de la suppression de l’avantage fiscal du diesel pourraient permettre de financer des solutions de mobilité partagée/active et de modes de transports alternatifs dont pourraient notamment bénéficier les ménages les plus modestes. En réalité, le FN ne semble pas vraiment intéressé par les alternatives au tout-voiture et Marine Le Pen va jusqu’à remettre en cause la responsabilité du trafic automobile sur la pollution de l’air… Rappelons pourtant que la voiture reste une option très coûteuse et qu’il existe des solutions de transports alternatifs, y compris en milieu rural et périurbain.

 

Une course insensée à l’armement du pays

Avec une augmentation proposée du budget de la Défense à 2% puis 3% en fin de quinquennat du PIB, le FN souhaite renforcer considérablement l’arsenal du pays et “pérenniser la force de dissuasion nucléaire française”. En dépit de l’engagement de la France de négocier l’élimination de ces armes de destruction massive dans le cadre du Traité sur la non-prolifération. Des mesures aussi inefficaces que coûteuses. Pour construire un monde sûr et pacifié, il faut bel et bien travailler avec les autres puissances nucléaires à la réduction et l’élimination des armes nucléaires et soutenir l’initiative en cours à l’ONU sur ce sujet. Relancer la course à l’arme nucléaire, c’est faire prendre là aussi des risques mortels aux Français et à l’humanité entière et gaspiller des fonds qui manquent cruellement pour la transition écologique (Greenpeace est opposée à l’augmentation de ces dépenses, en anglais). C’est enfin nous priver du droit de nous prononcer sur un enjeu qui nous concerne toutes et tous alors qu’une vaste majorité de la population, tous bords politiques confondus, soutient l’idée d’un désarmement nucléaire multilatéral.