Il y a de quoi avoir le tournis… Les résultats d’une étude inédite que nous publions en collaboration avec Oxfam France sur le lien entre le patrimoine financier des milliardaires français et les émissions de gaz à effet de serre sont édifiants. Au-delà de leur mode de vie, les quelques dizaines de milliardaires ont une empreinte carbone faramineuse en raison de leur participation dans des entreprises polluantes. Des chiffres vertigineux qui incitent à réagir : il est urgent de mettre en place une fiscalité écologique ambitieuse qui permette de lutter à la fois contre les inégalités et contre le changement climatique. On vous explique pourquoi et comment, en quatre données clés.

Climat

Milliardaires et climat : 4 chiffres qui donnent le vertige

Il y a de quoi avoir le tournis… Les résultats d’une étude inédite que nous publions en collaboration avec Oxfam France sur le lien entre le patrimoine financier des milliardaires français et les émissions de gaz à effet de serre sont édifiants. Au-delà de leur mode de vie, les quelques dizaines de milliardaires ont une empreinte carbone faramineuse en raison de leur participation dans des entreprises polluantes. Des chiffres vertigineux qui incitent à réagir : il est urgent de mettre en place une fiscalité écologique ambitieuse qui permette de lutter à la fois contre les inégalités et contre le changement climatique. On vous explique pourquoi et comment, en quatre données clés.

Le patrimoine financier de 63 milliardaires français émet autant de gaz à effet de serre que celui de la moitié de la population française

Quand on évoque le lien entre les milliardaires et l’environnement, on songe tout de suite aux clichés sur papier glacé : promenades en yacht, déplacements en voiture de luxe, en avion ou en hélicoptère, champagne à gogo et consommation sans limite… Au-delà de ces clichés, il y a des chiffres évocateurs : un milliardaire émet en moyenne, dans le monde, 8190 tonnes de CO2 par an soit 1000 fois plus qu’un·e Français·e moyen (8 tCO2 eq., pour la consommation moyenne hors patrimoine financier). Ça, on le savait déjà…

Mais Greenpeace France et Oxfam France ont tenté d’en savoir plus. Nous nous sommes posés cette question : quelle est l’empreinte carbone (c’est-à-dire les tonnes de gaz à effet de serre) du patrimoine financier des milliardaires français ? Nos experts ont analysé les actifs financiers que 63 milliardaires possèdent dans leur « principale entreprise ». A chaque milliardaire, nous avons attribué une partie de l’empreinte carbone de l’entreprise dans laquelle il détient le plus de parts, dite « entreprise principale », comme détaillé dans le rapport de cette étude intitulé Les milliardaires flambent la planète et l’Etat regarde ailleurs.

Les résultats sont tout bonnement effarants : l’empreinte carbone du patrimoine financier d’un milliardaire français, en moyenne, s’élève à 2,4 millions tCO2 eq. (sur les 63 milliardaires étudiés)… Celle du patrimoine financier d’un Français moyen s’élève à 10,7 tCO2 eq !

10,7 contre 2,4 millions de tonnes d’équivalent CO2 ! L’écart est tout simplement vertigineux. Au total, le patrimoine financier de 63 des plus grandes fortunes françaises est responsable d’autant d’émissions de gaz à effet de serre que celui de la moitié de la population française, soit plus de 14 millions de ménages. Pour l’ensemble des 63 milliardaires français que nous avons étudiés, cela représente un total de 152 millions tCO2 eq. Autant que les émissions de CO2 du Danemark, de la Finlande et de la Suède réunis !

Empreinte carbone du patrimoine financier de 63 milliardaires français

 

3 milliardaires français émettent autant de CO2 via leur patrimoine financier que celui de 20% des Français·es

Parmi les grandes fortunes françaises, trois se taillent la part belle du gâteau climatique : l’empreinte carbone de leur patrimoine est équivalente à celle d’un cinquième des ménages français…!

Dans le top 3 de ce classement :

  • Gérard Mulliez et sa famille (Auchan, géant de la grande distribution), qui émet autant que 11 % des ménages français, soit plus que tous les habitant·es d’une région comme la Nouvelle-Aquitaine ;
  • Rodolphe Saadé et sa famille (CMA CGM, opérateur de transport maritime) ;
  • Emmanuel Besnier (Lactalis, mastodonte de l’agro-alimentaire).

Point commun de ces trois milliardaires et leurs familles : ils pilotent des entreprises dans des secteurs particulièrement polluants et bâtissent ainsi leur fortune sur des investissements nocifs pour le climat.

Empreinte carbone du patrimoine financier de la famille Mulliez

 

6,8 milliards d’euros : c’est ce que pourrait rapporter a minima le volet carbone de l’ISF climatique en 2022

L’ampleur de ces inégalités amène à se poser la question non seulement de la répartition des richesses mais aussi du partage de l’effort dans la lutte contre le changement climatique… Autrement dit, qui doit payer les taxes et les impôts afin d’agir efficacement face à la crise climatique ? En France, la fiscalité carbone (taxes sur les carburants et énergies du logement) pèse proportionnellement davantage sur les ménages les plus modestes que sur les ménages les plus aisés, selon un rapport du gouvernement lui-même (Rapport sur l’impact environnemental du budget de l’Etat, sept. 2021, p. 155).

Face à ces injustices et à l’urgence climatique, nous préconisons, avec Oxfam France, l’instauration d’un Impôt sur la fortune (ISF) climatique. Le principe ? Rétablir un impôt sur la fortune (supprimé en 2017, peu après l’élection d’Emmanuel Macron), mais celui-ci serait indexé sur les émissions de gaz à effet de serre liées aux placements financiers des ménages les plus riches. D’après nos estimations, le patrimoine financier des ménages assujettis à l’ISF en 2017, avant sa suppression, était associé à l’émission annuelle de 97 millions de tCO2eq.

Le montant généré par cet ISF climatique au profit de l’Etat et de la lutte contre le changement climatique varierait évidemment selon les critères pris en compte. Selon une estimation théorique, au moins 6,8 milliards d’euros pourraient entrer dans les caisses de l’Etat et contribuer ainsi à la transition écologique en 2022, ne serait-ce qu’avec le volet carbone de cet impôt sur la fortune revisité.

Impôt sur la fortune (ISF) climatique : une mesure qui rapporterait au moins 6,8 milliards d’euros en 2022

 

17 milliards d’euros : c’est ce que pourrait rapporter une surtaxe sur les dividendes des entreprises néfastes pour le climat

Autre piste intéressante pour lutter contre les inégalités et s’attaquer aux activités financières néfastes sur le climat : instaurer une taxe supplémentaire sur les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires, lorsque celles-ci ne respectent pas l’Accord de Paris et contribuent lourdement au changement climatique. Actuellement, des entreprises peuvent continuer à détruire l’environnement tout en rémunérant allègrement leurs actionnaires à coups de milliards d’euros.

Nous proposons de surtaxer significativement les dividendes versés aux actionnaires, voire de les interdire, lorsque les entreprises ne respectent pas les trajectoires de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. A titre d’exemple, Oxfam France a montré dans une étude publiée en 2021 que 32 entreprises du CAC 40 avaient une trajectoire de réchauffement supérieure à 2°C. Si les dividendes de ces entreprises étaient taxés annuellement à 50 %, cette surtaxe générerait 17 milliards d’euros pour les finances publiques. Et il s’agirait de faire cesser, à terme, ces rémunérations tant qu’elles sont néfastes pour la planète.

Les ménages les plus modestes sont proportionnellement plus taxés que les plus riches

Pour lire le rapport complet d’Oxfam France et Greenpeace France : Les milliardaires flambent la planète et l’Etat regarde ailleurs


Face aux inégalités croissantes et au défi climatique, il y a urgence à agir, alors qu’un temps précieux a été perdu durant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Nous ne devons plus accepter que des milliardaires, des multinationales et les marchés financiers prospèrent sur des activités et des investissements qui dérèglent le climat.

En pleine campagne pour l’élection présidentielle, la lutte contre les inégalités et le changement climatique devrait être au cœur des débats. Signe encourageant : au moins trois candidat·es (Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon) ont annoncé leur souhait d’instaurer un ISF climatique.

Mobilisez-vous à nos côtés pour que l’urgence climatique et environnementale occupe toute la place qu’elle mérite.

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(Crédits photographiques : © Marten van Dijl / Greenpeace)
Commentaires (3)

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delepaut

je suis intéressé par la campagne .....bien tristounette, j'ai participé à la primaire EELV et je vis en nouvelle calédonie la pollution on connait 3eme mondial vu le nombre d'habitants avec 3 usines pour le nickel , 1 tres vieille la SLN + de 100 ans et centrale électrique à fuel les 2 autres une vingtaine d'année avec des centrales à charbon trés basse qualité !!!!! pour gagner encore plus..... , la pollution est trés importante des 4 X 4 en quantité 45 % environ ,souvent défiscalisées !!!! voilà de bonnes raisons d'etre pour la défense de l'environnement et ......je suis plutôt pessimiste pour l'avenir , les énarques parlent trés bien pour ne rien dire ...helas cordialement

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Manon

Par rapport à la pollution et à la taxation des industries les plus polluantes: est-il envisagé de taxer les centrales nucléaires et les bénéfices qu'elles touchent? D'autrepart , est-il aussi pensable de taxer les incinérateurs et les bénéfices tirés de la combustion des déchets?

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Laurent Dané

Je ne suis pas vraiment d'accord avec votre façon de calculer l'empreinte carbone du patrimoine financier des milliardaires. Ils sont trop riches, tout le monde est d'accord. Mais dans votre calcul vous comptez deux fois il me semble les émissions carbone. Une fois pour produire ou transporter un bien et une autre fois lors de la consomation finale. Si j'achète un bien de consommation fabriqué en Chine. Certes, on émet du carbone lorsqu'un navire CMA-CGM de Rodolphe Saadé le transporte. Mais au final, qui est responsable en consommant le produit ? C'est moi ! Rodolphe Saadé lui, aura bien sur un bilan carbone 1000 fois supérieur au mien car il a 1000 fois plus de revenu et consomme sans doute 1000 fois plus. La première partie de votre démonstration est donc correcte, mais pas la seconde qui est en plus déresponsabilisante pour les gens normaux. A quoi bon faire des efforts si la différence est tellement importante. Un basculement progressif de la TVA sur une part de TVA carbone serait à mon sens bien plus efficace qu'un impôt climatique sur la fortune. Cette TVA qui comme l'actuelle serait incrémentée au fur et à mesure du processus de fabrication de fournisseur en fournisseur, resterait payée par le client final comme aujourd'hui. Mais entre un processus de fabrication vertueux et un processus energivore on aurait au final 10% d'écart sur le prix TTC final au consommateur. De quoi motiver largement les entreprises à être efficaces. Il y a sans doute de l'adaptation comptable à faire, mais ce n'est rien par raport a ce qui a du être fait dans les années 50 quand on a mis en place la TVA.

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