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Climat

Installations nucléaires : pourquoi il faut démanteler dès maintenant

Une pierre de plus dans la chaussure d’EDF ! Début juin, l’entreprise publique a en effet annoncé qu’elle allait reporter “de plusieurs décennies” le démantèlement de ses réacteurs qui ne sont plus en fonctionnement. Raison invoquée : les difficultés techniques que pose cette déconstruction. Avec une facture qui s’alourdit de plusieurs milliards d’euros. Un nouveau tour de passe-passe financier pour l’énergéticien, qui doit déjà faire face à des investissements colossaux dans sa filière nucléaire, notamment confrontée au vieillissement de son parc et à la chute des prix de l’électricité.

 

Démantèlement d’un réacteur à Tchernobyl

Magouilles économiques

Si EDF invoque des difficultés techniques, il ne faut néanmoins pas être dupes : il s’agit avant tout de magouiller pour maquiller la situation financière désastreuse d’EDF, plombée par une filière nucléaire en capilotade. Si l’échéance est repoussée, les provisions affectées au démantèlement seront mécaniquement fortement réduites. Et les reprises de provisions conséquentes solidifieront considérablement son bilan et amélioreront son résultat.

Il faut démanteler tout de suite

De même que pour l’Agence de sûreté nucléaire, cette décision est inacceptable. De nombreuses installations sont à démanteler ou sont déjà en cours de démantèlement : des réacteurs de recherche, des réacteurs UNGG (ancienne filière française dite « Graphite gaz »), des installations du « cycle » nucléaire, etc.

Car s’il est vrai que l’opération s’avère très coûteuse et très complexe, elle est par contre techniquement tout à fait possible. Un certain nombre d’installations ont déjà été entièrement démantelées, en particulier aux Etats-Unis : on parle de « retour à l’herbe », signifiant que la totalité des bâtiments et des installations ont été détruites. Ne reste alors que des grillages délimitant le périmètre de l’installation initiale.

Dans ce cas tout n’est pas solutionné puisqu’il reste alors de très grandes quantités de déchets nucléaires à gérer et le sol peut avoir été contaminé. En France, un nombre non négligeable de ces déchets n’ont pas aujourd’hui de filière de gestion et restent , pour le moment stockés sur les sites de démantèlement.

Que veut dire « démantèlement immédiat » dans l’industrie nucléaire ?

Lorsqu’on l’on arrête une installation nucléaire, entre l’arrêt technique (on tourne le bouton pour mettre sur « off ») et l’arrêt définitif officiel, il faut compter environ trois ans nécessaires à la procédure administrative, équivalente à celle d’autorisation de mise en marche (étude d’impact, dossier de sûreté, enquête publique, etc.).

Les bâtiments annexes, non nucléaires (partie dite « conventionnelle »), peuvent commencer à être démantelés dès la fin de cette période après publication du décret de mise à l’arrêt. Ces travaux demandent plusieurs années, mais peuvent commencer immédiatement car rien ne s’y oppose – sauf le coût. Les parties nucléaires qui posent problèmes sont celles contenues dans l’enceinte de confinement et les bâtiments piscines. La préparation du travail de démantèlement demande elle aussi plusieurs années.

On peut donc estimer qu’entre l’arrêt technique du réacteur (mise sur « off » et déchargement du combustibles du réacteur) et le moment où on peut « s’attaquer » au contenu de l’enceinte de confinement, le délai est de l’ordre d’une douzaine d’années. Les opérations de démantèlement proprement dites des parties nucléaire sont ensuite de l’ordre de 30 à 35 ans (après les 12 ans déjà cités). Cela prend donc du temps, et repousser aux calendes grecques le début de la procédure revient à léguer ce fardeau aux générations futures.

Quels sont les risques réels des opérations de démantèlement ?

Pour tenter d’obtenir des délais pour retarder le début du démantèlement, on entend souvent parler du risque radiologique pour les travailleurs en charge de cette mission. Tout d’abord, cet argument ne tient pas pour tous les bâtiments non nucléaires, qui peuvent être détruits aussitôt.

Par ailleurs, si cet argument est recevable en ce qui concerne les installations nucléaires en tant que telles, il faut néanmoins le relativiser : les éléments radioactifs qui posent le plus de problème auront en effet décru après cette période quasi incompressible de 12 ans. Ensuite la décroissance radioactive est très lente pour les autres radioéléments, et attendre plus longtemps ne change plus grand-chose sur les doses reçues.

Pourquoi démanteler le plus vite possible?

D’abord, pour contrer le vieillissement des matières qui confinent les radioéléments présents dans l’enceinte. Le béton vieillit et perd de son étanchéité par exemple. Il n’est donc pas bon d’attendre.
La connaissance des installations, ensuite : en effet, personne ne connaît mieux les installations que les personnes qui les ont exploitées. Le temps qui passe est un ennemi de la transmission du savoir.
En outre, élément très important : il faut sécuriser la responsabilité financière des enjeux de sûreté et de sécurité liées à ces opérations. Qui sera encore responsable des installations pendant une période d’attente de plusieurs décennies ? Et qui pendant les opérations de démantèlement, si elles sont reportées indéfiniment ? Que seront les AREVA, EDF, CEA, ANDRA, voire l’Etat, dans des dizaines d’années ?

Un report plus qu’inquiétant

Si ce report est inquiétant, c’est d’abord pour ce qu’il dit de l’état de la filière nucléaire française. Car visiblement, aucun des acteurs de cette industrie n’est capable de prendre en charge convenablement les conséquences pourtant prévisibles. Or, comment croire que des gens incapables de gérer le passé du nucléaire puissent sérieusement s’occuper de son avenir ? Comment croire qu’une entreprise qui est dans un tel état de désarroi qu’elle s’abaisse à tous les artifices financiers pour sauver sa peau, sera encore là dans des dizaines d’années, pour assurer le démantèlement pourtant indispensable des installations nucléaires ?

La vérité de l’industrie nucléaire est celle d’une fuite en avant permanente dont les générations futures paieront les coûts exorbitants.





Commentaires (9)

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Lolito

N'étant pas expert en la matière (l'uranium ah ah ah). Apparemment les centrales aurait des systèmes de sécu de dernier recours tous défaillant même a Flamanville... . Je suis à 99,999% convaincu qu'ITER n'a aucun but civile. En effet, la date des premiers résultats pue. J'aimerai l'avis de gens un peu plus expérimenté que moi sur mes proposition débile de solution de stockage : - Le stockage des déchets radioactifs sur des fret (metro) dans des tunnels en profondeur (contrairement a bure, avec sa, on pourra remonter et déplacer les déchets comme on le souhaite aussi rapide que possible); - Idem mais dans un tunnel sous la manche (comme sa, pas d'avion lol) - Créer un fort boyard : Le stockage s'effectue au dessous du niveau de la mer, avec des murs, un sol sous le niveau de la mer mais pas immergé grâce aux murs, et [une/plusieurs pour au cas où] trappe étanche situé sur le sol pour remplir le sous sol de déchet. Avant le sous sol, une seconde trappe pour faire SAS : En cas de destruction des murs par [un avion/volontaire pour cloitrer le lieux], l'eau immerge le sol du fort et les trappes sont du coups sellé car pour ouvrir la trappe on est obligé d'enlevé l'eau. La salle d'entreposement des déchets est donc protégé de l'eau par 2 portes formant un SAS.Pour ressortir les déchets, reconstruire quelque mur pour débloquer les portes étanches et rouvrir les porte du sas. Les murs donnant a l’extérieur seront très épais. Aussi, aurait-il était judicieux a l'époque de faire exploser tchernobyl a la bombe pour souffler le problème ? Sinon, peut on recouvrir de terre les centrales nucléaires, plutôt que de les démanteler ? Merci de vos avis D'ailleurs, plutôt que de mettre tout le temps des gens en prison, on pourrez diviser par 2 leurs penne de prisons en les soumettant a quelque radiation raccourcissant en moyenne le temps de vie des prisonniers par le temps qu'on leurs a raccourcis leurs penne ou en bonus dans les cas de récidive. Sur ce, donner moi votre avis ! Bien a vous. x9valentin@gm ail.com

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bernard

effectivement j'ai du mal à comprendre l'interet réel du démantèlement c'est stupide car il faudra trouver d'autres endroits pour enfuir tout ce qui est radioactif avons nous besoin de l'espace occupé par les centrales ? je ne pense pas donc il est très urgent de ne rien faire à part du gardiennage pour que des curieux un peu félés ne viennent pas se faire irradier inutilement et si le beton se fissure un peu , on colmatera plus facilement qu'à Tchernobyl

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Enoriel

Mésange > Question que nous sommes nombreux à nous poser... Et les avis sont partagés, même en haut lieu. « Pour signer un accord, il faut être deux », or le Brexit est « un tel tremblement de Terre qu’il n’y aura pas d’interlocuteur à Londres », estime un administrateur d’EDF, cité par Les Echos. De même, selon Francis Raillot, chef de la délégation CFE-CGC sur le projet, « le Brexit crée une grande incertitude sur le plan économique et financier pour la Grande-Bretagne » C'est évident, la galère en cours va compliquer ou retarder les échéances. Mais selon JB Lévy, le PDG d'EDF, le projet n'est pas du tout remis en cause, « notre stratégie d'entreprise n'est pas liée à l'appartenance politique de la Grande-Bretagne à l'Union européenne, donc nous n'avons pas de raison de changer cette politique » Le plus probable est, à mon avis, que le projet prendra un peu de retard, ce qui arrangera tout le monde (EDF qui se laisse plus de temps pour rassembler les fonds, les syndicats qui demandaient un report de 3 ans, le Royaume-Uni qui a d'autres chats à fouetter...). À mon avis, toujours, il y a deux autres aspects qui peuvent jouer dans la balance, aussi bien en faveur qu'à l'encontre d'Hinkley Point : 1) Le Royaume-Uni pourrait bien se rapprocher des États-Unis, et notamment s'intéresser de près à leur gaz de schiste. Et donc tourner leur production électrique nationale vers davantage de gaz que davantage de nucléaire 2) La Commission Européenne mettait des bâtons dans les roues d'Hinkley Point, en s'opposant à des tarifs de rachats fixés de l'électricité de ces EPR, sous prétexte que c'est une aide d'État illégale (alors que ça se fait dans toute l'Europe pour l'éolien ou le solaire!). Débarrassé de ces gêneurs, le projet d'Hinkley Point pourrait avancer un peu. Finalement... J'ai tout dit et son contraire, et en résumé : y'a de grosse incertitudes, sur le projet et sur les délais. L'avenir nous en dira plus !

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