Échec cuisant d’Ecophyto I : comment en est-on arrivé là ? À la suite

Agriculture

Dire adieu au glyphosate en trois ans.
Oui mais comment ?

Après la décision scandaleuse de l'Union européenne de renouveler l'autorisation du glyphosate pour cinq ans, sans aucune restriction, E. Macron s'est immédiatement engagé à l'interdire d'ici à trois ans maximum, et ce dès que des « alternatives » auront été trouvées. Greenpeace salue cet objectif mais se questionne sur le plan d’action pour l’atteindre, surtout au vu de l’échec du plan Ecophyto. Pour rappel, ce plan était censé faire diminuer l’utilisation de pesticides… L’objectif inverse semble avoir été atteint, avec une augmentation de… 22 %.

Échec cuisant d’Ecophyto I : comment en est-on arrivé là ?

À la suite du Grenelle de l’Environnement en 2008, le gouvernement lance le plan Ecophyto afin de réduire l’utilisation des pesticides de 50 % à l’horizon 2018 (voir notre ancien billet du 30 janvier 2015).

Ambitieux dans ses objectifs, ce plan est pourtant très loin d’avoir atteint ses objectifs : au lieu d’assister à une diminution de la consommation des pesticides, nous avons surtout assisté à son augmentation drastique depuis le lancement du plan ! Selon la note de suivi annuel 2016 du ministère de l’Agriculture, le recours aux pesticides a augmenté de « 4,2 % entre les périodes 2012-2014 et 2013-2015 ».

Mais si l’on souhaite connaître son évolution depuis le lancement du plan, comment fait-on ? Eh bien aucune des notes de suivi annuel du ministère ne le mentionne précisément… En réalité, cette information a été publiée le 20 novembre 2017 sur le site du service régional du ministère pour l’Île de France (DRIAAF) : entre 2008 à 2015, l’utilisation des pesticides serait montée en flèche de… 22 % !

Ecophyto II : surtout, ne rien changer

L’échec du plan Ecophyto I tient à des défaillances structurelles. Des actions ont été mises en place sans pour autant remettre en question les systèmes de production dans leur ensemble, étape pourtant essentielle à la réduction des pesticides, et notamment du glyphosate.

Selon un article scientifique publié dans les Cahiers Agricultures, l’échec du plan Ecophyto n’a rien de surprenant. En effet, les caractéristiques du plan étaient défaillantes dès ses débuts et les moyens mis en œuvre n’étaient tout simplement pas à la hauteur : l’usine à gaz bureaucratique du plan a absorbé l’essentiel des moyens humains et financiers, au détriment d’actions favorisant une prise de risques agronomiques, la mutualisation des bonnes pratiques agricoles et l’accompagnement des agriculteurs.

Par ailleurs, le plan s’est uniquement cantonné à l’évolution des pratiques des agriculteurs, alors qu’il aurait dû porter sur l’ensemble de la filière, qui est toute entière hautement dépendante de la “solution pesticides”. En amont, les fabricants et les distributeurs de pesticides (par exemple les coopératives agricoles auxquelles adhèrent certains agriculteurs) n’ont aucun intérêt à voir baisser l’usage des pesticides. Et en aval, les transformateurs et la grande distribution sont eux aussi accros aux pesticides pour des questions de volumes, de qualité visuelle des fruits et légumes et de produits standardisés.

Tant que les intérêts de ces acteurs seront liés aux pesticides, il sera compliqué d’amorcer une vraie transition agricole !

Face à cet échec, le gouvernement a lancé, en octobre 2015, un nouveau plan de réduction des pesticides – appelé Ecophyto II – où l’objectif de diminution de 50 % est maintenu mais suivant un calendrier moins ambitieux : l’échéance est reportée à 2025, avec un palier intermédiaire de – 25 % en 2020. Mais ce nouveau plan vise à consolider les modalités du premier plutôt qu’à les faire évoluer.

La vision de l’agriculture reste la même. Ce qu’il faut, ce sont des changements profonds et une nouvelle conception des systèmes de production.

Retrouvez la saga du glyphosate racontée ici par Greenpeace.

Marché biologique à Paris. © Peter Caton / Greenpeace

Pourtant, des alternatives existent et c’est l’INRA qui le dit !

Il ne s’agit pas de trouver un produit de substitution au glyphosate, et donc de remplacer un bidon de pesticides par un autre, mais bien de changer les pratiques agricoles. Et il est tout à fait possible de se passer de glyphosate en mettant en place certaines pratiques agro-écologiques. Désherbage mécanique, faux semis, décalage des dates de semis… C’est grâce à une combinaison de moyens adaptés à chaque ferme que le recours au glyphosate disparaît ! En adoptant cette vision, les agriculteurs s’attellent à la reconception globale de leur système de production : nouvelle rotation des cultures, cultures associées, bandes de biodiversité…

Ce  « panachage » est d’ailleurs recommandé par l’Institut national de recherche sur l’agriculture (INRA) dans le rapport qu’il vient de remettre au gouvernement. Il rappelle aussi que « l’adaptation à un arrêt du glyphosate passe et passera par des changements profonds », et que le  « déploiement des pratiques nouvelles doit être envisagé sur toutes les exploitations, quelle que soit leur taille, et notamment celles de grande taille ».

Ecophyto I, Ecophyto II… les plans d’action du gouvernement pour réduire l’utilisation des pesticides en France sont un échec. Il est urgent de les réviser en profondeur, de les réorienter et de prévoir une mise en œuvre efficace. De vrais moyens doivent être octroyés à la recherche et au soutien des agriculteurs dans la reconstruction de leur système de production et l’adoption de nouvelles pratiques. Sans cela, comment croire à l’engagement récent du gouvernement de supprimer le glyphosate d’ici à trois ans ?





(Crédits photographiques : © Peter Caton / Greenpeace)
Commentaires (5)

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freeman

Triste témoignage Glyphosate, pesticides, politique et gestion des eaux dans les Landes. Je suis issu d'un village des Landes dont le maire est aussi à la tête du syndicat local des eaux... A la lecture des analyses d'eau depuis quelques années de sa commune et au vu du changement de couleur brutal des champs de la commune comme en bordure des ruisseaux (désherbants) avant les semis, ce multi-responsable fut interrogé sur la présence hors limites répétée de pesticides dans les analyses d'eau de sa localité et de ses voisines, toutes alimentées par les nappes phréatiques de ce même village. Sa réponse fut la suivante en 2016: "c'est un vrai problème" (réponse politicienne), "mais vu qu'en 2017 les pesticides seront interdits on ne fera rien"...Depuis les épandages agricoles de pesticides et désherbants ont continué (merci à Monsanto de Peyrehorade, voisin), gavant toujours plus les sols qui mettront bien des années à diffuser leur poison dans les nappes. Une décision doublement responsable (compte tenu de ses deux casquettes) aurait été pour ce responsable politique d'accompagner ou de sommer les agriculteurs locaux à ne plus empoisonner la nappe phréatique qui alimente la région. Un bel exemple du vent brassé au devant des scènes politiques par des responsables qui par leur immobilisme, manque de courage, ou désintérêt de la cause citoyenne se rendent complices de l'empoisonnement lent de la population. Alors vite des éoliennes devant les scènes publiques que ce grand vent soit transformé en énergie verte! Je soutiens aussi la SEPANSO des Landes (apolitique), très active et courageuse dans la protection de l'environnement local.

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Matthias Urban

Je suis maraîcher bio depuis 20 ans. Si pendant les 14 premières années, j'étais continuellement confronté à la lutte contre les adventices (dites "mauvaises herbes"), aujourd'hui, c'est surtout de la prévention : faux semis, herse étrille, plastique biodégradable, désherbage thermique... Quand il y a la bonne volonté, les solution sont là. Est-ce qu'il manquerait de la bonne volonté ? Dans notre société, on entend souvent : Ah oui, de très bonnes solutions existent... mais elles coûtent trop cher ! Tant qu'on donne la première place à l'argent, au détriment du bien-être, de la santé, du bon vivre ensemble, du respect pour la vie, cela restera difficile de trouver des solutions.

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Christine

Changements de pratiques culturales des paysans utilisant le glyphosate et autres produits phytosanitaires certes c'est le premier pas (pour rappel, l'agriculture n'est chimique que depuis 1950, nous avons une histoire de 5000 ans sans cochonneries...) mais il n'en demeure pas moins que pour être cohérent sur le choix de Macron de retirer le produit d'ici trois ans, il sera nécessaire aussi de pratiquer un bras de force auprès des partenaires Européens... Qualifier cette décision de "nationaliste" comme on l'a entendu ces jours-ci est ridicule. La France a récemment montré, à l'occasion de l'interdiction du Diméthoate sur notre territoire, que de telles initiatives unilatérales pouvaient constituer une impulsion vertueuse au niveau européen : cet insecticide a presque disparu d'Europe dans les mois qui ont suivi. Mais il a fallu pour cela protéger ce choix, au moyen d'un accompagnement économique des paysans bien sûr, mais aussi en interdisant l'entrée de cerises en provenance des pays qui autorisaient encore ce produit afin d'empêcher une distorsion de concurrence. Souhaitons qu' E. Macron mesure bien que le glyphosate est un outil de la compétition économique et que l'interdire sans pénaliser les paysans implique des mesures qui restreignent cette compétition.

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