Le rapport spécial du GIEC comme point de départ de l’action politique sur l

Climat

COP24 : les États manquent une nouvelle occasion de répondre à l’urgence climatique

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Un rapport scientifique majeur non pris en compte, une forte présence des lobbies et du secteur privé dans les couloirs de la COP, des pays riches qui jouent la montre et préfèrent défendre leurs intérêts industriels dans un contexte international tendu, des ministres et un chef d’État français qui brillent par leur absence sur le lieu des négociations alors même que leur pays ne parvient pas à atteindre ses objectifs climat... A la COP24, les États ne sont pas parvenus à rehausser leurs ambitions climatiques. Ce faisant, ils tournent le dos aux pays vulnérables qui jouent leur survie et aux millions de personnes déjà impactées par la crise climatique en cours.

Le rapport spécial du GIEC comme point de départ de l’action politique sur le climat ? Pas pour cette fois

Octobre 2018 : les activistes de Greenpeace East Asia déroulent une bannière à Incheon, Corée du Sud, où le GIEC a présenté son rapport spécial sur la cible de 1,5° C : « Nous avons toujours de l’espoir : agissez pour le climat maintenant ! » © Jung Taekyong / Greenpeace

Il y a deux mois, un rapport spécial du GIEC rappelait l’urgence de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C et l’ampleur des efforts nécessaires pour relever ce défi.

Ce rapport démontre que les émissions mondiales de CO2 doivent être divisées par deux d’ici à 2030. Elles devront ensuite tomber à zéro, d’ici la moitié du siècle au plus tard. Si la trajectoire de réchauffement du climat suit son rythme actuel, les scientifiques du GIEC s’attendent à ce que le réchauffement climatique dépasse en moyenne les 1,5°C entre 2030 et 2052, soit +3°C dans certaines régions du monde.

Lors de cette 24ème COP, ce rapport spécial du GIEC a été source de tensions importantes. Les négociations climatiques s’appuient sur les rapports scientifiques sur le climat : ce sont les éléments scientifiques à disposition qui servent de base à l’action politique.

Mais à Katowice, en fin de première semaine, les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, le Koweït et la Russie ont refusé d’accueillir favorablement le rapport du GIEC. Il avait pourtant été commandé par la communauté internationale lors de la COP21.

Les éléments de langage obscurs et la diplomatie climatique internationale peuvent paraître futiles. Mais quand certains pays refusent « d’accueillir » les conclusions des scientifiques du climat et qu’ils se contentent de « saluer son achèvement dans les délais », ils ne font ni plus ni moins que remettre en question la science et manquent une opportunité de reconnaître la limitation du réchauffement à 1,5 degré comme boussole politique.

Absences et petits pas : quand le gouvernement français dépriorise complètement la question climatique

Forages pétroliers au large de la Guyane, projet de méga mine d’or industrielle, importations massives d’huile de palme pour alimenter la raffinerie de la Mède, nouveaux projets routiers et autoroutiers et autres grands projets climaticides, lois décevantes sur l’énergie et le climat : ces derniers mois, la France et son gouvernement ont été tout sauf exemplaires. La veille de l’ouverture de la COP24, les activistes de Greenpeace étaient de sortie pour rappeler que le Président français Emmanuel Macron n’est pas le champion du climat.

Au lancement de la COP24, les activistes ont pris la pose à Paris, sur la Seine, pour dénoncer l’inaction de la France sur le climat. Emmanuel Macron doit mettre la cause climatique au cœur des priorités de son gouvernement. © Jean Nicholas Guillo / Greenpeace

En Pologne, la France a brillé par son absence. Ni le chef d’État ni le premier ministre n’ont fait le déplacement à Katowice. Du fait de ces absences, la délégation française disposait de peu de légitimité politique. Le mouvement des gilets jaunes a quant à lui suscité des discussions, notamment sur le thème de la transition écologique qui ne devrait pas pénaliser pas les plus démunis, dite “transition juste”. Lors de cette COP24, la France a fait figure de contre-exemple par son incapacité à mettre l’enjeu écologique au cœur d’un véritable projet de société.

Le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy et sa secrétaire d’État Brune Poirson, étaient également très peu mobilisés. Cette dernière a d’ailleurs déserté les lieux de la COP24 avant une dernière ligne droite cruciale : lors des difficiles quatre derniers jours de négociation, la France n’était plus représentée au niveau ministériel.

En plus d’envoyer le signal flagrant d’un manque de respect pour les négociations onusiennes et le multilatéralisme, ces absences attestent d’une véritable dépriorisation du climat par le gouvernement français.

Quelques avancées qui restent insuffisantes

La COP24 était une étape nécessaire vers la mise en oeuvre effective de l’Accord de Paris. En quelque sorte, il s’agissait à Katowice d’adopter un mode d’emploi (appelé rulebook). Si ce manuel d’application a bien été adopté par la COP24, il se fonde sur la base du plus petit dénominateur commun. Il manque les financements, l’ambition, sans parler des questions de sécurité alimentaire et de droits humains.

Il est plus que décevant de voir les droits humains absents des textes sortis du dernier round de négociations alors même que la Déclaration universelle des droits de l’homme fêtait son 70ème anniversaire le 10 décembre, au beau milieu de la COP.

Le fait que les États aient pu, malgré tout, adopter des règles d’application minimales pour l’Accord de Paris montre qu’une forme de multilatéralisme autour de l’enjeu climatique reste possible. Hélas, sans l’ambition nécessaire, cette diplomatie risque de perdre peu à peu de sa consistance. Surtout si certains dirigeants, comme Emmanuel Macron, continuent de minimiser la portée des COP en multipliant les sommets climatiques parallèles comme les One Planet Summit, faisant la part belle aux acteurs privés et aux mesures non-contraignantes.

Lors du Sommet des Nations Unies sur le climat, le 23 septembre 2019, les États qui n’ont pas réussi à transformer l’essai en Pologne doivent absolument réagir en proposant de nouvelles feuilles de route revues à la hausse (c’est-à-dire des contributions nationales à la réduction des émissions de gaz à effet de serre adéquates avec l’objectif de limiter le réchauffement du climat à 1,5 degré) et des promesses de financement appropriées.

Quand certains États et acteurs privés redoublent d’efforts… pour limiter les avancées climatiques

Le contexte géopolitique actuel se montre difficile et hostile au multilatéralisme. Une des questions centrales qui se joue sur les négociations climatiques est celle des inégalités mondiales : les pays riches ne veulent pas lâcher grand-chose tandis que les pays en développement n’ont pas le poids géopolitique pour négocier d’égal à égal avec les grands pays comme les États-Unis, la Russie, la Chine ou encore l’Union européenne.

Pour couronner le tout, les COP restent aujourd’hui minées par les fausses solutions et la mobilisation de nombreux acteurs privés qui font tout pour contrecarrer les avancées sur la question du climat. Les travaux de l’ONG influencemap ont montré que 90 % des 200 plus grandes entreprises mondiales sont toujours impliquées dans des organisations patronales menant un lobbying anti-climatique.

Un des exemples les plus récents est celui de la stratégie de blocage de BusinessEurope, organisation patronale européenne fédérant une trentaine d’associations. En septembre 2018, une note interne à l’association obtenue et publiée par le média Euractiv révélait une volonté explicite de bloquer des réglementations essentielles pour le climat.

Il faut le rappeler inlassablement : charbon “propre”, nucléaire, OGM et agrocarburants sont autant de fausses solutions énergétiques qui ne permettent pas de répondre à la crise climatique.

La société civile se mobilise pour rappeler les dirigeants à l’ordre

Les Etats défaillants sur l’action climatique ne peuvent pas continuer à ignorer la crise en toute impunité. Ces derniers mois, plusieurs ONG ont décidé de saisir la justice pour contraindre leurs gouvernements à répondre à l’urgence climatique. C’est le cas de l’ONG Urgenda aux Pays-Bas et de l’association DeJusticia en Colombie.

Les ONG françaises rejoignent le mouvement mondial pour la justice climatique : lundi 17 décembre, quatre ONG – Oxfam France, Notre Affaire à Tous Greenpeace France et la Fondation pour la nature et l’homme (FNH) – ont déposé un recours en justice pour «carence fautive» face au réchauffement climatique.

La société civile n’a cessé de se mobiliser pendant toute cette 24ème COP, n’hésitant pas à interrompre les évènements faisant la promotion des énergies fossiles. La figure de Greta Thunberg, jeune militante suédoise tenant de secouer l’ancien monde, aura également marqué ces dernières semaines.

Pour finir, c’est une mobilisation citoyenne massive qui a eu lieu à Paris à l’initiative des Amis de la Terre. Objectif : un nettoyage convivial de la Société Générale, banque finançant toujours les énergies sales et la crise climatique. La banque a accordé plus de 7,2 milliards aux énergies fossiles entre 2015 et 2017 : charbon, sables bitumineux, forages en eaux profondes…

Un fossé se creuse dangereusement entre la réalité du changement climatique décrite par la science, avec ses conséquences dramatiques pour les populations dans certaines régions du monde, et l’action politique. La France, loin d’être exemplaire sur son propre territoire, a renoncé à jouer un rôle moteur dans les négociations climatiques, au moment même où le besoin d’impulsion politique est indispensable pour décrocher un résultat ambitieux. Alors que les gouvernements du monde entier n’en font pas assez sur le climat, nous avons plus que jamais besoin des recours en justice et des actions citoyennes qui permettent de les rappeler à leurs obligations.





(Crédits photographiques : © Konrad Konstantynowicz / Greenpeace)
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