TotalEnergies, une entreprise ancrée dans la « vie réelle » ?
TotalEnergies veut s’afficher comme un soutien de la population française en montrant qu’elle est prête à l’aider face à l’inflation, quitte à y perdre de l’argent. C’est faux. C’est une entreprise lucrative, motivée avant tout par la recherche de profits. Quand elle brandit sa ristourne sur les prix à la pompe, elle se cache bien de rappeler les bénéfices faramineux qu’elle engrange en parallèle grâce à l’augmentation du prix de l’énergie.
La multinationale a ainsi vu ses profits augmenter de plus de 50% grâce à la guerre déclarée au Moyen-Orient par Donald Trump et Benyamin Netanyahu en février 2026 pour atteindre 5,8 milliards sur le seul premier trimestre 2026, et a décidé d’une hausse des versements de dividendes aux actionnaires de 5,9% sans plus attendre. Pendant que les actionnaires s’enrichissent, la population subit elle une hausse des prix forte du diesel et de l’essence, alors que son pouvoir d’achat est déjà contraint.
Si Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies se vante d’avoir mis en place le plafonnement des prix à la pompe, rappelons que les stations services de l’entreprise ont connu une hausse de la fréquentation. Sans compter qu’il se sert de cet argument comme une munition contre toute possible initiative du gouvernement visant à taxer ses bénéfices, en menaçant de cesser le plafonnement des prix si une mesure était prise.
Dans la vie réelle si précieuse au PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, les Françaises et les Français n’arrivent plus à payer leurs factures de gaz et d’électricité. Près de 12 millions de personnes sont touchées par la précarité énergétique en France pendant que TotalEnergies déclare des bénéfices de plus de 13 milliards d’euros en 2025.
Pour faire face à cette précarité énergétique, les énergies fossiles ne sont pas la solution. Leur exploitation est à l’origine de nombreux conflits à travers le monde et leur prix est très dépendant du contexte géopolitique. La guerre entre la Russie et l’Ukraine et le conflit au Moyen Orient nous l’ont récemment rappelé et nous en subirons les conséquences pendant plusieurs années.
C’est un des arguments classiques de l’inaction climatique et, de fait, l’argument phare des entreprises des énergies fossiles, comme TotalEnergies, qui préfèrent se défausser de leurs responsabilités sur les consommatrices et consommateurs plutôt que de s’engager dans une réelle transition énergétique. Non, TotalEnergies et ses concurrentes ne font pas que répondre à la demande en pétrole et en gaz.
La réalité, c’est qu’elles font tout pour continuer à la booster et pour freiner cette transition. Elles ne sont pas guidées par une volonté altruiste de répondre aux besoins de la population, comme elles tentent de nous le faire croire. Elles font délibérément le choix de prioriser leurs profits en produisant toujours plus d’énergies fossiles, aux dépens de l’environnement, du climat et de notre santé, alors même que la communauté scientifique est claire sur le fait que les gisements actuels sont suffisants. Elles dépensent des millions pour leurs activités de lobbying en faveur des énergies fossiles et contre les réglementations climatiques.
D’autant que d’autres solutions existent et peuvent être mises en place dès à présent au bénéfice de la population. Mais puisque l’entreprise s’y refuse, le gouvernement doit jouer son rôle dans la transition énergétique, en proposant une réelle trajectoire de sortie des énergies fossiles qui permettrait de respecter les engagements climatiques pris par la France. Pour ce faire, il est nécessaire que celle-ci repose sur la sobriété. Pour répondre à la demande, nous avons aussi, et surtout, besoin de la réduire, en agissant sur le gaspillage et les absurdités énergétiques comme les panneaux lumineux, les jets privés ou les SUV.
TotalEnergies, un acteur majeur de la transition énergétique ?
Si les énergies renouvelables sont omniprésentes dans les publicités de TotalEnergies, elles sont loin d’être son activité principale. En 2025, elles représentaient moins de 3 % de sa production énergétique globale. L’entreprise est devenue maîtresse dans l’art du greenwashing pour tenter de détourner l’attention du public de son business mortifère.
Elle a même été condamnée en 2025 pour greenwashing suite à l’action en justice que Greenpeace a menée avec d’autres associations, la justice ayant pointé des messages trompeurs sur la réalité de la stratégie climatique du groupe.
TotalEnergies est avant tout une entreprise du pétrole et du gaz et elle compte bien le rester le plus longtemps possible. La multinationale a annoncé qu’elle allait augmenter de 3% sa production de gaz et de pétrole cette année, après une hausse de 3,9% en 2025. Si elle investit, certes, dans les énergies renouvelables, la grande majorité de ses investissements vont en priorité vers les énergies fossiles (82 % en 2025). Elle a même revu à la hausse la part de ses investissements dédiée à de nouveaux projets d’énergies fossiles d’ici 2030, passant de 30 à 35%.
En poursuivant sans relâche le développement des énergies fossiles, elle continue de détraquer le climat, de détruire la planète et de mettre en danger la population mondiale et les communautés locales. Ses investissements actuels dans les énergies renouvelables ne changeront rien à ce désastre car elles ne viennent pas remplacer la production de pétrole et de gaz.
Et lorsque TotalEnergies se targue d’être « la moins pire » de toutes les entreprises pétrogazières grâce au volume de ses investissements, elle se garde bien de rappeler qu’elle est surtout la deuxième entreprise la plus expansionniste du monde.
Comme pour venir justifier leurs activités climaticides, les entreprises des énergies fossiles comme TotalEnergies n’ont de cesse de brandir cet argument attentiste. Car oui, il est certain que nous n’allons pas sortir du pétrole et du gaz du jour au lendemain. Personne ne dit ça.
Le problème est que les acteurs de cette industrie continuent de miser sur le développement des énergies fossiles plutôt que d’avancer vers leur sortie. Cette transition énergétique, pour qu’elle existe et pour qu’elle réponde aux besoins de la population, doit s’organiser concrètement dès maintenant.
TotalEnergies et ses concurrentes ne peuvent plus se cacher derrière cette excuse teintée de mauvaise foi qui nous contraint à aller à rebours de l’urgence climatique et sociale actuelle. Pour commencer, elles doivent arrêter d’engager de nouveaux projets pétroliers ou gaziers. De son côté, les gouvernements doivent permettre une réelle trajectoire de réduction de la production et de la consommation des énergies fossiles.
Le gaz « naturel », contrairement à ce que son nom indique, n’est pas l’ami de la nature. C’est même précisément le contraire : c’est une énergie fossile, au même titre que le charbon et le pétrole. Il n’est en réalité ni plus ni moins que du gaz fossile.
L’idée selon laquelle le gaz serait une énergie propre ou bas-carbone est totalement fausse. Même s’il émet moins de gaz à effet de serre que le charbon ou le pétrole, il en émet encore beaucoup trop. Ses conséquences ne se limitent pas au climat : dommages environnementaux considérables, destruction de la biodiversité, violations des droits humains, déplacements de populations, conflits géopolitiques… La liste est longue.
Si dans les années 1990 et 2000, le gaz fossile pouvait encore être perçu comme une énergie de transition dans des pays avec une empreinte carbone importante comme l’Allemagne, il ne peut plus être considéré comme tel aujourd’hui quand des alternatives renouvelables, efficaces et rentables existent.
TotalEnergies, une multinationale au service du monde ?
En réalité, les entreprises du pétrole et du gaz sont avant tout des profiteurs de guerre. Au premier trimestre 2026, quatre multinationales européennes (Equinor, BP, TotalEnergies et Shell) ont à elles-seules réalisé une hausse de 80% de leur profits grâce au conflit au Moyen-Orient. Dès le début de la guerre en Ukraine en 2022, les lobbies du gaz ont surtout profité de la guerre en Ukraine pour faire toujours plus de profits. Les entreprises comme TotalEnergies ont exploité la peur d’une crise énergétique pour pousser le gaz sous sa forme liquide (appelé « gaz naturel liquéfié » ou « GNL ») comme unique solution pour l’éviter.
Elles ont influé sur les décisions des États européens, les incitant à investir massivement (et inutilement) dans de nouvelles infrastructures gazières pour permettre l’importation de ce GNL. La France n’a pas fait exception et a elle aussi succombé aux sirènes de TotalEnergies en approuvant, dès 2022, le projet de terminal méthanier flottant au Havre opéré par la multinationale (un projet qui a été a href= »https://www.greenpeace.fr/espace-presse/terminal-methanier-du-havre-la-justice-reconnait-son-inutilite-et-donne-raison-a-la-societe-civile/ »>annulé depuis par la justice en raison de son inutilité, donnant raison à la société civile).
La guerre en Ukraine avait déjà prouvé que la souveraineté énergétique ne pouvait pas être atteinte par la voie des énergies fossiles. Plutôt que de questionner notre dépendance toxique au gaz fossile et de remettre en question notre modèle énergétique actuel, TotalEnergies et le gouvernement français avaient avancé main dans la main pour nous enfoncer dans une nouvelle dépendance, au gaz de schiste américain cette fois-ci (dont l’extraction a été interdite en France en 2011 au vu de ses conséquences dramatiques sur la santé des populations riveraines).
Cette dépendance au gaz fossile américain est une fois de plus exacerbée avec la guerre au Moyen-Orient, montrant une nouvelle fois l’urgence et la nécessité d’une véritable transition énergétique.
Contrairement à ce que l’industrie des énergies fossiles avance, un pays qui dépend de ses ressources en pétrole et en gaz pour son développement ne se développe pas. C’est la « malédiction du pétrole ». En Afrique, par exemple, les économies qui s’en sortent le mieux sont celles qui ne reposent pas exclusivement sur l’exploitation des ressources naturelles comme le pétrole ou le gaz.
Si autant de projets pétroliers et gaziers se développent dans les pays du Sud, ce n’est pas parce que ces états en font la demande, comme le prétendent les entreprises fossiles, mais parce que c’est ce que ces dernières leur proposent. Ces pays sont engagés dans l’Accord de Paris et sont très conscients des impacts du changement climatique qu’ils subissent de plein fouet.
Sans compter que les projets fossiles ne permettent pas d’améliorer les conditions de vie des populations locales, bien au contraire. Certaines voient leur santé se dégrader du fait de leur impact néfaste. Au Yémen, les activités pétrolières de TotalEnergies sont à l’origine d’une grave contamination des sols et des nappes phréatiques, seule source locale d’eau. D’autres sont dépossédées de leurs terres, comme en Ouganda et en Tanzanie où plus de 118 000 personnes ont été déplacées à cause des projets EACOP et Tilenga.
Les projets pétroliers et gaziers développés dans les pays du Sud s’inscrivent dans une logique néocoloniale et sont bien souvent développés dans des contextes et des régimes toxiques pour les populations locales et leurs droits. Encore une fois, l’exploitation du pétrole et du gaz vient avant tout servir les intérêts privés des grandes entreprises de l’industrie fossile comme TotalEnergies.
Là encore, un argument phare des entreprises des énergies fossiles pour justifier leur attentisme et le maintien de leurs activités pétrolière et gazières, plutôt que de mettre leur expertise et leur savoir-faire au service de la population et ainsi faire changer les choses.
Voir cette publication sur Instagram
Une publication partagée par Greenpeace France (@greenpeace_france)
100 ans de trop !
TotalEnergies nous impose depuis plus de 100 ans sa logique expansionniste, cupide et néocoloniale, totalement scandaleuse, qui va aujourd’hui à contresens de l’urgence sociale et climatique.
En plus de renforcer délibérément le réchauffement planétaire, la multinationale profite des guerres, de l’instabilité géopolitique et de la souffrance des populations pour continuer à faire un maximum de bénéfices.
C’est un mécanisme bien connu : les conflits font grimper les prix de l’énergie et des carburants, les entreprises comme elle en profitent pour faire des milliards. Pendant ce temps, des populations voient leurs vies menacées et d’autres subissent de plein fouet l’augmentation des coûts de la vie.
Personne ne devrait s’enrichir grâce aux guerres et au chaos climatique. Les gouvernements doivent taxer de toute urgence les profits de ces entreprises polluantes :
Il est temps de mettre un terme à ce système injuste et climaticide qui nous laisse à la merci des conflits et des intérêts économiques de quelques grandes entreprises.