Billet de blog écrit par Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace Interna

Forêts

Le faux dilemme de l’Afrique

Billet de blog écrit par Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International, paru en anglais le 26 octobre 2010 sur le site du Huffington Post

Respect de l’environnement et bien-être économique sont les deux faces d’une même pièce, et c’est un faux dilemme de les opposer l’un l’autre. Malheureusement, les grandes entreprises font souvent croire qu’un choix entre les deux s’impose pour s’asseoir sur les préoccupations de la société civile et des communautés locales, induire en erreur les responsables politiques et imposer des pratiques contestables.

Laissez-moi vous expliquer. Le problème de l’accaparement des terres en Afrique subsaharienne a pris des proportions ahurissantes au cours des dernières années. Des gouvernements étrangers et des multinationales ont acheté ou louent de vastes surfaces de terres par le biais de contrats à long terme dont certains sont, pour le moins, litigieux.

D’un bout à l’autre de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Ouest, les entreprises agroindustrielles investissent des sommes colossales dans l’aménagement de plantations de palmiers à huile. Bien entendu, leur objectif affiché est de générer les emplois et les revenus dont les populations locales ont grand besoin pour améliorer leurs conditions de vie. Mais ce discours n’a d’altruiste que les apparences. Pourquoi n’évoquent-ils jamais les millions qu’ils gagneront grâce à l’appétit insatiable du monde pour l’huile de palme ? L’argent pourrait-il être leur véritable motivation ?

La rhétorique employée par Herakles Farms pour mener à bien son dernier projet au Cameroun illustre parfaitement ce faux dilemme. Le déboisement de la forêt a déjà commencé pour laisser place à la future concession de palmiers à huile. Pourtant, l’exploitation se situe à la croisée de cinq aires protégées, dont le célèbre parc national de Korup, en plein cœur de la Forêt guinéenne de l’Ouest africain, une écozone qui a été définie comme l’une des 25 régions les plus importantes de la planète en termes de biodiversité. La concession devrait s’étendre sur une surface représentant près de 10 fois la taille de Manhattan, l’île qui abrite le siège de la société Herakles Farms.

Les forêts du Cameroun constituent d’importants réservoirs de carbone, et leur préservation est donc essentielle au maintien du climat mondial. Mais ces forêts sont aussi indispensables pour les communautés locales qui tirent leurs revenus de ses ressources, de la culture du cacao et d’autres produits forestiers, et notamment de la production d’huile de palme.

Dans les pays de l’Afrique subsaharienne, plus de 70 % des terres sont régies par le droit coutumier. En d’autres termes, elles appartiennent à l’État mais sont exploitées par les communautés locales, souvent depuis des générations. Pourtant, les droits de ces utilisateurs coutumiers, comme ceux de Mundemba, de Fabe et de bien d’autres villages du Cameroun touchés par l’aménagement de plantations, ne sont souvent que très limités.

Le projet d’Herakles Farms au Cameroun a révolté et divisé la population locale. Greenpeace s’est entretenue avec des agriculteurs de différents villages sur lesquels empiètera la concession. Nombre d’entre eux affirment que des habitants ont été expulsés de force de leurs terrains, ou que les lignes de démarcation de la concession ont été tracées sur leurs terres sans qu’ils en soient préalablement informés. Une habitante du village de Fabe, expulsée de sa propriété, s’interroge : « En s’accaparant toutes nos terres, l’entreprise signe notre arrêt de mort. De quoi pourrons-nous vivre ? Nous n’aurons plus de ressources. […] Quelles terres allons-nous cultiver ? »

De façon tout à fait incongrue, Herakles Farms affirme vouloir améliorer les conditions de vie des populations locales. Mais aucun processus de consultation digne de ce nom n’a été mis en place avec les communautés concernées. Et les conséquences du projet, tant sur l’environnement local que sur le climat mondial, ont été ignorées.

En tant qu’Africain, j’ai l’habitude de ne pas prendre pour argent comptant les remèdes contre la pauvreté, surtout lorsqu’ils sont administrés sans la participation des personnes qu’on est censé soulager. En tant que directeur de Greenpeace International, je ne saurais que trop encourager le développement – à condition qu’il respecte l’être humain et la nature…





Commentaires (81)

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Sébastien

Autant l'HOMME est capable de faire des choses extraordianires de beauté, autant j'ai honte d'être ce que je suis quand je lis tous ces témoignages que les différentes associations mettent en lumière. Et c'est encore l'Afrique qui en prend plein la tête...

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chapolin

"Bonjour, comment faire pour boycotter heracles farm ?" Personnellement quand j'achète quelque chose à manger je lis obligatoirement l'étiquette et j'éradique systématiquement si çà contient de l'huile de palme. D'autre part je fais de même avec la mention "huile végétale" qui est souvent le terme utilisé quand le fabriquant a honte d'avouer qu'il a utilisé de l'huile de palme pour la fabrication. Bob çà n'est pas avec de l'huile de palme qu'on soigne le sida ou le paludisme ... D'autre part il ne faut pas minimiser les ravages que provoquent les huiles alimentaires comme l'huiles de palme dans l'alimentation occidentale quand on parle par exemple de 30% d'adultes obèses aux États-Unis. Il s'agit d'une situation hautement dramatique de santé publique, il s'agit de millions de malades et le coût pour la société est immense. Pour ce qui est de la situation en Indonésie, avec l'huile de palme, elle est dramatique ! lisez cet article: http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/developpement-durable-1/d/huile-de-palme-une-catastrophe-ecologique-planetaire_13869/ Vous pouvez également visionner le film "Home" gratuitement sur internet ... Enfin l'article que vous proposez est évidement un article à la solde des multinationales et certainement qu'en cherchant un peu on trouvera des liens. Ce qui fait qu'un article est recevable çà n'est pas qu'il soit scientifique mais qu'il soit reconnu par la communauté scientifique mondiale, c'est très différent. Dans cet article on peut par exemple lire cette phrase: "Les petits planteurs, soit consomment leur huile, soit la revendent sur le marché local, ou encore vendent leurs fruits à des usiniers." Nan mais moi je me nourris de tomates, de légumineuses, de poissons, de fruits, d'un peu d'huile d'olive et de plein d'autres choses ... mais certainement pas d'huile de palme, enlevez l'huile de palme en Afrique ou en Indonésie et il leur restera plein de choses pour se nourrir ... contrairement aux multinationales.

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bob

Chapolin, décidément, on ne se comprend pas, vous déformez mes propos. Je n'ai jamais écrit que l'huile de palme soignait le paludisme ou le VIH, en aucune façon. J'ai simplement commenté votre phrase indiquant qu'il "n’y a pas tant de problèmes que çà en Afrique". Si des problèmes il y en a de bien plus graves que l'huile de palme, dont l'essentiel de la production est consommée sur place, et qui est un aliment essentiel pour les africains. Le poulet au Nyemboué, la sauce-graine, les beignets frits dans l'huile, et même le vin de palme, font partie de la culture africaine. L'équilibre de l'alimentation reste un problème en Afrique, pas assez de légumes verts et de fruits, trop de graisse, trop de sel aussi souvent, beaucoup de piment, souvent pas assez de viande notamment pour les enfants. L'huile de palme n'est qu'une partie de ce problème d'alimentation, ce n'est pas le coeur du problème. L'huile de palme serait remplacé par une autre graisse, le problème serait presque le même. Et encore une fois il y a tellement d'autres maux. Les Américains sont obèses parce qu'ils mangent trop et mal, là aussi l'huile de palme n'est qu'une petite partie du problème. Manger de l'huile de palme en grande quantité tous les jours n'est pas bon du tout pour la santé, je vous l'accorde. Je vous rassure, moi j'en mange aussi, très raisonnablement, et je suis en pleine forme, et je n'ai aucun doute que je vais le rester. Je pense que le CIRAD a une bonne réputation de rigueur et d'indépendance et jouit d'une bonne reconnaissance intrenationale, mais cherchez bien les liens. Il n'est pas exclu que le beau-frère de l'oncle de la grand-mère d'un balayeur du CIRAD ait travaillé une demi-journée pour un méchant producteur d'huile de palme. L'article que vous m'avez mis en lien est écrit par un journaliste et non un scientifique. Au passage il considère les ourangs-outans comme des écosystèmes (sic!), belle rigueur scientifique. Ses principales références scientifiques proviennent d'ONG, qui ont leur rôle dans la paysage pour informer et sensibiliser, mais n'ont pas de léégitimité scientifique. En plus, je ne vois rien dans cet article qui contredise la phrase que j'avais extraite de celui du CIRAD. Les palmeraies en Indonésie pourraient être tout à la fois une problème écologique et une contribution forte à l'économie indonésienne et à la lutte contre la pauvreté. Comme l'a été à une autre époque chez nous le développement de l'agriculture par la destruction de nos forêts. Le monde est complexe, cher Chapolin. Je me demande si un jour vous serez en mesure d'appréhender pleinement cette complexité et d'arrêter de penser qu'on va résoudre des problèmes, certes réels, mais complexes, par des solutions simples pour ne pas dire simplistes. J'ai vu Home, un très bon film, justement aussi par le fait qu'il est nuancé, tout le contraire de la communication de Greenpeace, ... et de la votre.

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