Les forêts couvrent environ 40 % de la superficie de l’Union européenne, soit plus de 150 millions d’hectares de paysages verdoyants et luxuriants. Cependant, les statistiques montrent une réalité plus sombre. Voici cinq choses que vous ne saviez probablement pas sur l’état actuel des forêts européennes

Forêts

5 choses à savoir sur les forêts européennes

Les forêts couvrent environ 40 % de la superficie de l’Union européenne, soit plus de 150 millions d’hectares de paysages verdoyants et luxuriants. Cependant, les statistiques montrent une réalité plus sombre. Voici cinq choses que vous ne saviez probablement pas sur l’état actuel des forêts européennes

La situation décrite ici ne vaut pas intégralement pour chaque pays membre de l’UE, France comprise. Mais les forêts européennes font face à des problèmes communs, comme le changement climatique et certaines pratiques de l’industrie forestière, qui méritent d’être abordées de manière transversale. C’est tout l’objet de cet article.

1- La diversité est menacée

Nature of the Turnica and Bieszczady Mountain Ranges in the Polish Carpathians.

Forêt des Carpates, Pologne.
Octobre 2020. ©Katarzyna Gubrynowicz / Greenpeace

Le constat est aussi insensé qu’alarmant : 75 % des forêts européennes sont constituées d’arbres du même âge. En outre, près d’un tiers des forêts de l’UE sont constituées d’un seul type d’espèces d’arbres, principalement des conifères. Cette uniformité, engendrée par des pratiques de gestion forestière industrielle intensive, constitue une grave menace pour la diversité naturelle de ces écosystèmes.

2- Nous perdons nos plus grands arbres… et nos espèces endémiques

Plus de la moitié des arbres endémiques d’Europe – ceux qui n’existent nulle part ailleurs sur Terre, comme le marronnier d’Inde, le frêne européen et le sorbier – sont menacés d’extinction. Dans le même temps, nous perdons les plus hautes forêts d’Europe. Les forêts naturelles diversifiées et écologiquement précieuses qui prospéraient autrefois sur le continent sont remplacées par des forêts fortement gérées, composées de peu d’espèces d’arbres, généralement à croissance rapide, et d’arbres d’âge uniforme. En France métropolitaine par exemple, 80% de la forêt a moins de 100 ans. Ceci a un impact considérable sur la biodiversité locale.

3- Les forêts deviennent plus vulnérables

Climate Emergency in France: Forest Fires in Gironde.

Incendies en Gironde, en juillet 2022. Plus de 20 000 hectares sont partie en fumée.
© Pierre Larrieu / Greenpeace

Les forêts dont les essences, les âges et les stades de croissance sont diversifiés résistent mieux à la crise climatique et aux perturbations, stockent davantage de carbone et fournissent des ressources essentielles, notamment du bois. En outre, ces forêts diversifiées jouent un rôle essentiel dans la purification de l’air, le filtrage de l’eau, le contrôle des effets des inondations, la prévention de l’érosion et la préservation de la biodiversité. Les pratiques forestières industrielles ont considérablement endommagé la complexité des forêts européennes, avec un impact sur la biodiversité végétale et animale. Ce manque de diversité affaiblit la résilience des forêts, tant et si bien que plus de 60 % des arbres sont menacés par les incendies, les ravageurs et les tempêtes. Le taux de mortalité des canopées a doublé depuis la fin du 20e siècle.

4- 97 % des forêts anciennes d’Europe ont déjà disparu

Les forêts anciennes et autres forêts à haute valeur naturelle constituent l’un des écosystèmes forestiers les plus riches. Ces forêts jouent un rôle crucial dans la préservation des écosystèmes de notre planète en servant de barrière protectrice contre les conséquences de la crise climatique. Malheureusement, les forêts primaires et anciennes de l’UE n’existent que dans des parcelles fragmentées. Elles sont donc rares, limitées en taille, et représentent moins de 3 % de la surface forestière totale de l’UE.

5- La biodiversité de l’Europe diminue de manière alarmante

European Bison in the Polish Carpathians - the Bieszczady Mountains.

Bisons d’Europe dans les Carpates, en Pologne. Les Carpates abritent environ 30 % de la flore européenne et les plus grandes populations d’ours bruns, de loups, de lynx, de bisons européens et d’espèces d’oiseaux rares.
Juin 2023. © Max Zielinski / Greenpeace

Non durable et pourtant très répandue, la sylviculture industrielle a transformé nos forêts, autrefois refuges pour la biodiversité, en habitats hostiles pour de nombreuses espèces. Selon Birdlife International, plus d’un quart des espèces d’oiseaux associées aux habitats forestiers sont en déclin, le vison d’Europe et le campagnol des pins de Bavière sont tous deux en danger critique d’extinction, et de nombreuses autres espèces sont vulnérables ou en danger.

La déforestation, les coupes rases et l’élimination des arbres-habitats, du bois mort et des souches ont un impact négatif important sur les espèces dépendant de la forêt, telles que les insectes, les mammifères, les plantes non vasculaires et les oiseaux nicheurs.

L’état actuel des forêts européennes exige une action et des décisions urgentes. Des entreprises cupides, soutenues par des banques qui leur prêtent des milliards d’euros, exploitent et détruisent la nature en Europe et dans le monde entier. Il est temps de s’opposer aux profiteurs qui mettent en péril notre bien-être et la biodiversité. Les responsables européens doivent assumer leurs responsabilités et protéger les forêts européennes. Pour commencer, ils doivent immédiatement mettre fin à l’exploitation des forêts anciennes et mettre en place une sylviculture proche de la nature afin d’éviter de répéter les mêmes erreurs à l’avenir.

Les gouvernements doivent agir de toute urgence pour atténuer les effets de la crise climatique, arrêter les profiteurs et placer la nature au centre des priorités.

Nos demandes

  • Créer des aires protégées sur 30% de l’ensemble du territoire terrestre et maritime de l’UE
  • Garantir la protection des écosystèmes contre des activités telles que l’agriculture et la sylviculture industrielles, en mettant en place des mesures efficaces permettant à la nature de prospérer.
  • Instaurer une gestion active des zones protégées pour améliorer les processus naturels tels que la prévention des incendies et assurer la restauration des forêts.
  • Conserver au moins un tiers des zones riches en biodiversité et en carbone intactes et  strictement protégées.
  • Restaurer 20 % des zones maritimes et terrestres de l’UE : nous devons non seulement protéger nos écosystèmes les plus précieux, mais aussi restaurer la nature là où elle a été dégradée.
  • Réorienter les subventions toxiques et les financements privés vers la restauration de la nature, la résilience et une transition équitable pour les communautés dont les revenus sont affectés.
  • Transformer le système forestier pour qu’il soit géré au plus proche de la nature et mettre fin immédiatement à l’exploitation des forêts anciennes.
  • Réduire considérablement la production et la consommation de bois pour l’énergie et les produits à courte durée de vie et promouvoir l’utilisation de produits à longue durée de vie.
  • Abandonner les fausses solutions telles que la compensation carbone, les systèmes de certification ou les grandes monocultures d’arbres.

Protéger la nature n’implique pas d’en exclure l’humain. Les droits fonciers, l’accès et l’utilisation durable par les peuples autochtones et les communautés locales doivent donc faire partie intégrante du concept de protection. Nous devons également tenir compte des différences biogéographiques de l’Europe dans la mise en œuvre des objectifs, en veillant à ce que la conservation en Europe ne nuise pas aux forêts et aux autres écosystèmes, ni aux droits humains dans le reste du monde.