Huile de palme : compte à rebours final

Forêts

L’industrie de l’huile de palme doit agir de toute urgence pour tenir ses engagements

En 2010, les membres du Consumer Goods Forum [1] se sont engagés à nettoyer leur chaîne d’approvisionnement d’ici à 2020 [2]. Dès le départ, leur projet était mal engagé en raison d’une ambition limitée et d’une mise en œuvre défaillante. Mais en décembre 2013, un événement majeur s’est produit : le plus gros négociant mondial d’huile de palme, Wilmar International, a adopté une politique « zéro déforestation, zéro destruction des tourbières et zéro exploitation de la main d’œuvre » (No Deforestation, No Peat, No Exploitation – NDPE). Le PDG de Wilmar, Kuok Khoon Hong, a affirmé qu’en deux ans, son entreprise ne vendrait plus que de l’huile de palme issue de producteurs responsables qui protègent l’environnement et respectent les droits humains [3].

Cet engagement était la réponse apportée à des années de critiques visant les atteintes aux droits humains et à l’environnement qui gangrènent l’industrie de l’huile de palme. La création de la Table ronde pour une huile de palme durable (Roundtable on Sustainable Palm Oil – RSPO), il y a une dizaine d’années, n’a rien changé au problème. Suite à l’annonce de Wilmar, plusieurs négociants et multinationales des secteurs agroalimentaire et cosmétique ont suivi son exemple. Un an plus tard, la plupart des plus gros négociants d’huile de palme (et leurs marques clientes) adoptaient leur propre politique “zéro déforestation”– s’appliquant non seulement à leurs propres plantations, mais également à celles de leurs fournisseurs.

Depuis fin 2014, toutes les conditions étaient réunies pour que les politiques “zéro déforestation” s’imposent comme la nouvelle norme dans l’industrie de l’huile de palme. La majeure partie de l’huile de palme produite en Indonésie et en Malaisie passe désormais par des entreprises qui se sont engagées à protéger les forêts. D’après une récente étude, les négociants dotés d’une politique “zéro déforestation” contrôlent 74 % de la capacité totale de raffinerie dans ces deux pays [4]. Pourtant, la déforestation causée par la production d’huile de palme ne montre aucun signe de ralentissement. Car bien que les multinationales agroalimentaires et cosmétiques et leurs fournisseurs aient publié des engagements “zéro déforestation”, ils ont été totalement incapables d’appliquer efficacement ces politiques sur le terrain.

On connaît bien les problèmes auxquels sont confrontées les entreprises qui s’approvisionnent en matières premières à haut risque, comme l’huile de palme. Le développement de la culture de palmiers à huile au cœur des forêts tropicales et des tourbières a eu un effet dévastateur sur les populations locales, sur la biodiversité et sur notre climat. Des années après avoir annoncé l’adoption de politiques “zéro déforestation”, les multinationales agroalimentaires et cosmétiques et leurs fournisseurs continuent d’échouer au premier obstacle : ils n’arrivent toujours pas à identifier et à contrôler les groupes de producteurs présents dans leur chaîne d’approvisionnement. Souvent, des entreprises se fournissent auprès de plantations matures [5] d’un producteur qui, dans le même temps, détruit d’autres forêts un peu plus loin pour y aménager de jeunes plantations. En réalité, les négociants et les marques ne demandent pas à leurs fournisseurs de leur transmettre les cartes de leurs concessions. Or ces cartes leur permettraient de vérifier si les groupes de producteurs auprès desquels ils s’approvisionnent respectent les politiques “zéro déforestation”, ou s’ils continuent de détruire les forêts. Sans ces informations, les entreprises clientes n’ont aucun moyen de garantir qu’elles n’achètent pas d’huile de palme à des producteurs qui détruisent les forêts.

Bien que les multinationales agroalimentaires et cosmétiques et leurs fournisseurs se soient engagés à faire le ménage dans leur chaîne d’approvisionnement d’ici à 2020, tous continuent de s’approvisionner auprès de producteurs qui détruisent les forêts. Le présent rapport documente précisément la déforestation considérable et les atteintes aux droits humains auxquelles se livrent 25 groupes de producteurs d’huile de palme qui ont tous (à une exception près) vendu de l’huile de palme à des multinationales agroalimentaires et cosmétiques au cours des 12 derniers mois. Ces producteurs ont détruit plus de 130 000 hectares de forêts et de tourbières depuis 2015 – une surface grande comme 13 fois Paris [6]. Cependant, ce chiffre est certainement sous-estimé car la surface totale de leur réserve de terres est inconnue. Précisions que 40 % de cette déforestation (soit 56 000 hectares) a eu lieu dans la province indonésienne de Papouasie, le nouvel eldorado du secteur de l’huile de palme.

En tant que premier négociant mondial d’huile de palme – et en tant que premier acteur du secteur à avoir publié une politique “zéro déforestation” – Wilmar International porte une lourde responsabilité dans la destruction des forêts indonésiennes due à l’exploitation du  palmier à huile. D’après les analyses de Greenpeace International, non seulement Wilmar compte parmi ses fournisseurs davantage de producteurs qui détruisent les forêts que la plupart de ses concurrents, mais, en outre, elle représente leur principal débouché. Le Forest Trust (TFT) et d’autres consultants qui accompagnent les entreprises dans la mise en œuvre de leur politique “zéro déforestation” doivent également répondre de leur échec à demander des comptes à leurs clients.

Pour l’industrie de l’huile de palme, c’est maintenant ou jamais. Alors que la température mondiale augmente et que les populations de certaines espèces animales diminuent à une vitesse alarmante, les entreprises vont faire face à une pression de plus en plus forte pour démontrer que leur chaîne d’approvisionnement est irréprochable, ou elles devront purement et simplement se passer des matières premières à haut risque. L’avenir de l’industrie de l’huile de palme et d’autres secteurs dépend de la mise en place d’un nouveau modèle économique qui repose sur une transparence exemplaire, de vérifications indépendantes et une tolérance zéro pour la déforestation et les violations des droits humains.

Wilmar doit montrer la marche à suivre vers ce modèle. La multinationale doit prouver qu’elle a cessé de s’approvisionner auprès de fournisseurs qui détruisent les forêts, en demandant à tous les groupes de producteurs de sa chaîne d’approvisionnement de publier les données de localisation de leurs moulins et les cartes de leurs concessions pour toutes leurs activités, et en cessant toute relation commerciale avec ceux qui refuseraient de répondre à ces demandes. Wilmar devra totalement transformer sa chaîne d’approvisionnement de façon à ce que d’ici 2020, elle ne s’approvisionne plus qu’uniquement auprès de producteurs dont toutes les activités ont fait l’objet d’une vérification indépendante, attestant leur conformité avec sa politique “zéro déforestation” – même si ces mesures impliquent que Wilmar vende moins d’huile de palme.

Kuok Khoon Hong, le PDG de Wilmar, s’était engagé en 2013 à ne fournir à ses clients que de l’huile de palme non issue de la déforestation. Il reste 500 jours d’ici 2020 pour que l’industrie de l’huile de palme fasse de ses promesses une réalité. Le compte à rebours a commencé.

[1] Le Consumer Goods Forum rassemble les dirigeants de plus de 400 entreprises : supermarchés, entreprises de biens de consommation et prestataires de services.

[2] Consumer Goods Forum (2010) 

[3] Wilmar International Ltd (2013b) p8 

[4] Chain Reaction Research (2017c) 

[5] Il s’agit des plantations adultes, qui produisent déjà de l’huile de palme. 

[6] Analyse cartographique, Greenpeace 

 



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