Climat

François Fillon en Algérie et Nicolas Sarkozy en Israël : la France doit cesser sa diplomatie nucléaire

Alors que le Premier ministre François Fillon et le président de la République Nicolas Sarkozy s’apprêtent à se rendre respectivement en Algérie et en Israël dans les jours qui viennent, Greenpeace dénonce l’irresponsabilité de la France, qui joue avec le feu en mettant le nucléaire au cœur de sa diplomatie dans une région aussi sensible que le pourtour méditerranéen.

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, la France signe des accords de coopération ou vend du nucléaire, le présentant comme le nouveau gage de modernité, de développement, voire même de libération des peuples, en Afrique du nord – Algérie, Maroc, Égypte ou encore Libye, pays encore récemment mis au ban des nations – et au Moyen-Orient, zone où le nucléaire est un sujet particulièrement sensible, comme l’a récemment montré l’affaire du bombardement du site syrien d’Al-Kibar, en septembre 2007 par Israël, qui soupçonnait la Syrie d’y construire un réacteur nucléaire clandestin avec l’aide de la Corée du Nord.

« Greenpeace rappelle que tous les pays qui détiennent du nucléaire civil peuvent mener un programme militaire. Vouloir du nucléaire un peu partout dans le monde revient à accepter le risque que tous les pays aient la bombe atomique, déclare Frédéric Marillier, en charge de la campagne Énergie à Greenpeace. La France a déjà contribué au développement du nucléaire en Israël, en Iran, en Irak, avec les conséquences que l’on sait. Aujourd’hui, loin de tirer les leçons de ce passé peu glorieux, Nicolas Sarkozy et François Fillon cherchent à nouveau à vendre du nucléaire à toute les sauces et font fi des risques de dissémination du nucléaire. »

La France feint d’ignorer que vendre une centrale à un État suscite presque inévitablement une demande semblable chez ses voisins. Ensuite, que nucléaire civil et militaire sont intrinsèquement liés. Au nom de son indépendance énergétique, un pays qui se lance dans le nucléaire civil se doit de développer la technologie de l’enrichissement de l’uranium, qui est à la base d’un programme nucléaire militaire : c’est ce qui se passe aujourd’hui en Iran. Autre risque de prolifération : la technologie du retraitement du combustible irradié avec production de plutonium, méthode utilisée notamment par la Corée du Nord pour acquérir l’arme atomique qu’elle a testée en 2006.

Par ailleurs, le nucléaire reste une technologie complexe, dangereuse et difficilement exportable, comme l’a rappelé l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) elle-même. Dans un communiqué daté du 16 mai 2008, l’ASN souligne qu’il est nécessaire d’« assurer la sûreté des nouveaux projets de construction de réacteurs nucléaires dans le monde ». Ainsi, « de longs délais sont nécessaires pour acquérir des compétences et une véritable culture de sûreté avant d’exploiter une centrale nucléaire », soit « un délai minimum d’une quinzaine d’années ».

« Nous condamnons l’irresponsabilité de la France, qui instrumentalise les enjeux des changements climatiques ou de l’indépendance énergétique pour justifier un accès prétendument légitime de certains pays à la technologie atomique et vendre son nucléaire partout dans le monde, soumettant les impératifs de la sécurité internationale aux intérêts commerciaux d’Areva », reprend Frédéric Marillier.

Par ailleurs les accords tels que celui que François Fillon s’apprête à signer avec l’Algérie ne sont jamais débattus, leur contenu n’est jamais précisé, ni dans les pays signataires, ni en France. Greenpeace dénonce cette opacité et réclame que les accords de coopération nucléaires et l’exportation de technologie soient soumis à un vote du Parlement français, vu le caractère stratégique et sensible de ce secteur.