La fausse bonne idée des agrocarburants

Agriculture, Forêts

Les agrocarburants sont des carburants produits à partir de matières organiques, à la différence des carburants fossiles (dérivés du pétrole par exemple). Le terme de biocarburants est parfois utilisé, le préfixe « bio » faisant référence à la biomasse.

Greenpeace refuse ce terme qui peut laisser croire que ces carburants seraient « bio ». Ce n’est malheureusement pas le cas. Greenpeace préfère le terme d’agrocarburants qui souligne bien le fait qu’il s’agit de carburants issus de la production agricole. Et c’est d’ailleurs tout le problème.

Des émissions de GES simplement déplacées

Remplacer les carburants fossiles, fortement émetteurs de gaz à effet de serre (GES), par ces nouveaux carburants, supposés renouvelables, a semblé être une bonne idée face aux dérèglements climatiques. Mais en réalité, cela ne fait que déplacer le problème. Pour produire plus d’agrocarburants, il faut augmenter la superficie des terres agricoles. Cela se traduit par la destruction de zones forestières, elle-même génératrice de gaz à effet de serre.

Les émissions de GES dues au secteur des transports peuvent bien baisser : celles dues à la déforestation augmentent ! Il n’y a pas réduction des émissions de GES, mais transfert (et parfois hausse) de ces émissions. Ainsi le biodiesel, en tenant compte de son impact de production, émet en moyenne 80 % plus de gaz à effet de serre que le diesel qu’il remplace, qu’il soit produit avec des huiles végétales européennes, comme le colza français, ou importées de pays du Sud et à base d’huile de palme.

De plus, ce transfert se fait aux dépends des pays en développement. Les émissions de GES ne sont plus le fait des véhicules dans les pays industrialisés, mais des zones forestières transformées en terres arables dans les pays en développement. Les pays riches se dédouanent ainsi des efforts qu’ils ont à fournir en terme de réduction de leurs émissions de GES sur le dos des pays pauvres qui voient leurs émissions augmenter !

Biodiversité et sécurité alimentaires en danger

En outre, la déforestation dans les pays en développement met en péril la biodiversité des zones forestières et le cadre de vie des populations qui y résident. Elles rapportent bien plus aux industries agro-alimentaires qu’aux pays qui voient leurs forêts partir en fumée. L’exemple de la culture du palmier à huile en Indonésie en est l’exemple le plus spectaculaire. Les terres voisines de Papouasie-Nouvelle-Guinée pourraient suivre. Enfin, l’augmentation des cultures destinées à la production des agrocarburants fait grimper les prix des produits alimentaires et diminuer les réserves alimentaires mondiales.

Un soutien politique téléguidé par les lobbies industriels

Les agrocarburants ne sont donc pas une solution face aux dérèglements climatiques. Ils créent de nouveaux problèmes sans régler les précédents. Pourtant, l’Union européenne veut qu’ils constituent 10 % de ses carburants d’ici à 2020. La Chine mise sur 15 % à la même date.

En France, cette industrie a bénéficié pendant des années de soutiens publics dont le montant s’est avéré supérieur à celui de ses investissements. Le cumul des exonérations fiscales s’est élevé entre 2005 et 2014 à 3,6 milliards d’euros dont 2,3 pour la filière biodiesel. Le groupe agro-industriel Avril, en situation de quasi-monopole sur le biodiesel, a bénéficié d’un « effet d’aubaine » et d’une « rente de situation ». Ce ne sont pas les ONG qui le disent mais la Cour des comptes.

Cette défiscalisation a seulement pris fin au 1er janvier 2016. Mais le gouvernement français a publié, en toute discrétion, un arrêté fin avril qui ouvre la voie à un vrai scandale : requalifier une partie de l’éthanol et du biodiesel, produits depuis plus de dix ans, en agrocarburants dits « avancés » pour bénéficier de nouveaux cadeaux fiscaux. En fin de compte, ce sont les contribuables français qui mettent la main au portefeuille pour financer une industrie polluante et qui plus est non rentable !

Tirer les leçons du passé

L’Union européenne doit tirer les leçons de l’échec de la politique actuelle en abandonnant les politiques contraignant les automobilistes européens à consommer des agrocarburants. Elle doit au contraire miser sur des politiques ambitieuses de transports collectifs, d’amélioration de l’efficacité des véhicules ou encore de production d’énergies réellement renouvelables, politiques beaucoup moins onéreuses et beaucoup plus pourvoyeuses en emplois.

Après les grandes déclarations de  l’Accord de Paris, la France, qui n’a eu de cesse de bloquer les réformes au niveau européen et de faire des cadeaux fiscaux à son industrie nationale, doit faire le bon choix pour le climat.







Consultez nos offres d'emploi

VOIR LES OFFRES

Nos valeurs

Nous sommes farouchement indépendants de tout pouvoir politique et économique et sommes financés exclusivement par nos adhérents.

En savoir plus

Relayez nos informations sur les réseaux sociaux

Suivez-nous, réagissez à nos actus et partagez l'information à votre communauté.