Océans : ce qu’il faut retenir du congrès de l’UICN

Océans

Le congrès mondial de l’UICN s’apprête à refermer ses portes. Lors de cet événement, l’urgence de protéger les océans face à des menaces comme l’extraction minière en eaux profondes et la surpêche a largement été rappelée. De son côté, la France a utilisé cette vitrine pour faire de grandes annonces dès la cérémonie d’ouverture. Mais qu’en est-il de ces mesures et annonces françaises ? Greenpeace fait le point.

La France à rebours de l’histoire sur l’extraction en eaux profondes

Malgré l’abstention de la France, un appel au moratoire sur l’extraction minière en eaux profondes a été adopté avec une écrasante majorité : plus de 80% des Etats et plus de 90% des organisations. Si ces motions ne sont pas contraignantes, elles sont parfois le déclencheur de grandes avancées, à l’image du vote d’une résolution sur l’objectif de 30% d’aires marines protégées en 2030, lors du dernier congrès mondial de l’UICN. Cet objectif 30×30 sera au cœur de la prochaine COP de la biodiversité. La résolution sur l’extraction en eaux profondes doit, elle aussi, être le point de départ d’une action internationale en faveur d’un moratoire effectif, qui pourra être adopté par l’Autorité internationale des fonds marins qui se réunit en février prochain.

5% de zones en protection forte en Méditerranée : il y a anguille sous roche

La France s’est fixé comme objectif d’atteindre 10% de zones de protection forte dans les mers françaises d’ici 2030. A l’occasion du congrès mondial, le président Macron a annoncé un objectif de 5% de protection forte pour la Méditerranée en 2027, contre seulement 0,2% aujourd’hui. Mais derrière cette annonce, il faut comprendre qu’il n’est pas prévu d’atteindre 10% de zones fortement protégées pour chacune des façades maritimes de la France, dont la Méditerranée. Cet objectif de 10% de protection forte sur l’ensemble de l’espace maritime français n’a pas de sens scientifiquement : certaines façades, plus faciles à protéger, dépasseront largement l’objectif de 10% alors que des zones qui ont drastiquement besoin de protection seront en-dessous.

Un One Ocean Summit qui ouvre la voie à la protection de la haute mer ?

Parmi les grandes annonces de l’UICN figure celle de l’organisation d’un “One Ocean Summit”. Ce sommet, qui doit ouvrir la présidence française de l’Union européenne, ne doit pas être un sommet de façade de plus, comme les “One planet summits” ou le “Global Forests summit” qui n’a fait que permettre à des entreprises de promouvoir des solutions simplistes ou dangereuses comme la compensation carbone et la plantation d’arbres.

Si l’ambition de la France est réelle sur le sujet, ce nouveau sommet doit être l’occasion de porter au plus haut niveau politique les négociations sur la protection de la haute mer. Ces eaux internationales ne bénéficient actuellement d’aucun statut de protection. La France se doit de pousser pour l’adoption d’un outil juridique ambitieux permettant de créer des aires marines protégées en haute mer. La conférence pour la finalisation du traité sur la haute mer se tiendra en mars 2022, à New York.

« Lors de ce congrès, Emmanuel Macron nous a une fois de plus prouvé qu’il n’était pas le champion de la terre qu’il prétend être. La France s’est abstenue sur la motion pour un moratoire sur l’extraction minière en eaux profondes ; et la Méditerranée ne bénéficiera pas des 10% de protection forte qui seraient pourtant nécessaires pour la préserver. Son mandat va s’achever pendant la présidence française de l’Union européenne, durant laquelle les enjeux pour les océans seront déterminants, entre la finalisation du traité sur la haute mer et la COP de la Biodiversité. Le bilan de son quinquennat sera-t-il aussi vide de contenu pour les océans que pour le climat ? », conclut François Chartier, chargé de campagne Océans à Greenpeace.





(Crédits photographiques : © Marten van Dijl / Greenpeace)