Nouveaux OGM : Julien Denormandie ouvre la boîte de Pandore

Agriculture

Dans un entretien réalisé le 7 janvier avec AgraPresse, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie s’est officiellement prononcé en faveur des produits issus de nouvelles techniques de modifications génétiques (“NBT” ou “New Breeding Techniques”), plus communément appelées nouveaux OGM. Il se dit en attente de la proposition que doit rendre en mai prochain la Commission Européenne, sollicitée par les Etats membres, sur une potentielle révision de la réglementation en vigueur sur les OGM.

“En réduisant la définition des OGM à la seule technique de la transgénèse, cette déclaration du Ministre de l’agriculture fait fi de la réalité scientifique sur le sujet et adopte tous les éléments de langage du lobby pro-OGM. Les plantes issues de NBT n’ont rien de naturel et correspondent bien à la définition européenne des OGM”, déplore Suzanne Dalle, chargée de campagne agriculture chez Greenpeace France. “Nous ne pouvons malheureusement y voir qu’un renoncement extrêmement dangereux face au lobby incessant des entreprises de l’agrochimie et les semenciers.”

La Cour de justice européenne, qui avait été saisie sur ce dossier, a affirmé en juillet 2018 que tout organisme obtenu avec des nouvelles techniques de génie génétique, en particulier les OGM produits par édition du génome, relevait bien du droit européen des OGM. La Cour avait également fait valoir que les risques associés à ces techniques étaient comparables à ceux des OGM traditionnels.

La décision de la Cour de justice européenne était claire, et confirmait les avertissements de nombreux scientifiques ayant souligné que l’édition de gènes peut causer des dommages non intentionnels à l’ADN, avec des conséquences inconnues sur l’environnement et la santé. Chacune des nouvelles techniques OGM présente des risques et incertitudes, dont certains sont communs à tous [1]. Étant donné que la plupart des techniques sont nouvelles, il n’est pas encore possible d’évaluer pleinement les effets indésirables potentiels [2]. Le fait qu’elles puissent être utilisées en combinaison et plusieurs fois signifie que ces effets peuvent être importants même lorsque leur usage individuel serait à faible risque.

“Il est urgent que la France recadre la position exprimée par le Ministre de l’Agriculture, et maintienne sa position historique d’opposition à tous les OGM, qu’ils soient nouveaux ou anciens. La réglementation en vigueur existe pour prévenir les dommages et informer les consommateurs sur les aliments qui se retrouvent dans leurs assiettes. La dissémination de ces nouveaux OGM dans l’environnement sans mesures de sécurité appropriées est illégale et irresponsable.”, conclut Suzanne Dalle.

[1] Steinbrecher, R., 2015. Genetic Engineering in Plants and the “New Breeding Techniques (NBTs)”. Inherent risks and the need to regulate.
[2] Eckerstorfer M. et al., 2014. New plant breeding techniques and risks associated with their application.





(Crédits photographiques : © Emile Loreaux / Greenpeace)