Agriculture : le Parlement européen réduit à néant les exigences environnementales de la PAC

Agriculture

Le Parlement européen a voté aujourd’hui la suppression des règles protégeant la nature et la biodiversité dans les exploitations agricoles. Greenpeace alerte sur une décision qui met en péril la capacité de l’Union européenne (UE) à fournir une alimentation saine et durable aux générations futures. À quelques semaines des élections européennes, Greenpeace dénonce un processus antidémocratique pour faire adopter une réforme majeure de la politique agricole commune (PAC).

Le Parlement a approuvé une proposition de la Commission européenne visant à modifier la politique agricole commune (PAC) en supprimant les obligations pour les exploitations agricoles de protéger les sols, de laisser un petit pourcentage d’éléments paysagers et de pratiquer la rotation des cultures [1]. La proposition exempte également près de 17 millions d’hectares de terres agricoles – soit la taille de l’ensemble des terres agricoles de l’Allemagne – de tout contrôle environnemental.

« Les sécheresses ont ruiné les récoltes dans le sud de l’Europe et les mois les plus humides jamais enregistrés font de même dans le nord, explique Suzanne Dalle, chargée de campagne Agriculture à Greenpeace France. La plupart des agriculteurs et agricultrices réclament à juste titre un revenu équitable et une protection contre un marché impitoyable dominé par quelques géants de l’agro-industrie qui les essorent jusqu’au dernier centime. Détricoter les dernières mesures de protection de l’environnement au sein de la PAC ne sauvera pas les agriculteurs et nous rendra toutes et tous plus vulnérables aux conditions météorologiques extrêmes qui détruisent les récoltes et les moyens de subsistance. Ce vote réduit à néant les derniers vestiges de crédibilité de la politique agricole commune en matière de protection de l’environnement et de l’intérêt général ».

Un processus antidémocratique
La proposition de la Commission, rédigée en quelques semaines seulement en réponse aux protestations des agriculteurs, et la mise à l’agenda du vote au Parlement européen, ont été réalisées à la hâte. Cette procédure permet de court-circuiter les débats politiques et d’éviter les votes au sein des commissions compétentes de cette instance afin que le vote final ait lieu à l’occasion de cette dernière session plénière avant les élections européennes de juin.

Greenpeace rappelle par ailleurs que ces modifications de la PAC sont en contradiction totale avec les objectifs climatiques de neutralité climatique de l’UE pour 2030. Pour rappel, l’Agence européenne pour l’environnement, dans son tout premier rapport d’évaluation des risques climatiques publié en mars dernier, a déclaré que l’UE devait modifier sa politique agricole afin d’encourager des pratiques agricoles plus durables et a souligné que « la réduction de la pollution provenant des activités agricoles et industrielles devrait être une priorité pour protéger les écosystèmes de l’Europe dans le cadre du changement climatique ».

Prochaines étapes
Cette proposition devra par la suite être formellement approuvée par les États membres.

 

Note aux rédactions :
[1] “Réforme improvisée de la PAC : l’UE à côté des enjeux agricoles et environnementaux”, communiqué de presse de Greenpeace France, 11 avril 2024