11 décembre 1999 14h : Un premier appel de détresse est passé par le cap

Climat

Erika : il y a 20 ans, Total souillait les côtes bretonnes

Pétrolier de 184 mètres de long affrété par Total, l’Erika a été construit en 1975 au Japon. Le 7 décembre 1999, il quitte le port de Dunkerque pour se rendre en Sicile avec 30 884 tonnes de fioul lourd à son bord. Après une traversée de la Manche par gros temps, le 11 décembre des premières fissures sont constatées.

11 décembre 1999

14h :
Un premier appel de détresse est passé par le capitaine de l’Erika, mais directement annulé. Il annonce que le navire a eu une gîte importante et que tout est rentré dans l’ordre.

14h45 :
Le capitaine de l’Erika contacte son gestionnaire maritime, Panship, pour l’informer de la situation. Certaines sources affirment que Total a également été prévenu à ce moment-là.

14h55 :
Le capitaine entre en contact avec le centre de sécurité de la navigation. Il affirme que la gîte est sous contrôle et ne mentionne pas les fissures. Il dit ne pas avoir besoin d’assistance.

16h15 :
Le capitaine décide finalement de faire route sur Donge, le port le plus proche, pour se mettre à l’abri. Il prévient les autorités. Mais alors que le navire se rapproche des côtes, la houle se fait de plus en plus forte.

21h15 :
Le port de Donge – Saint-Nazaire informe le centre de sécurité de la navigation qu’il a été contacté par l’Erika et que le navire qui a subit une forte gîte a dû colmater des fuites. C’est lors de cet appel que les autorités maritimes françaises sont mises au courant que le navire présente des fissures. Le port de Donge – Saint-Nazaire refuse d’accueillir l’Erika s’il présente des fuites de fioul et propose un déroutement vers Brest.

12 décembre 1999

3h00 :
Les conditions météorologiques se dégradent et les fissures s’aggravent. L’Erika est à présent difficilement gouvernable. A 6h, le capitaine envoie un message de détresse et demande l’évacuation du navire, signalant la déchirure de la coque.

8h00 :
L’Erika fait naufrage à 50 kilomètres au sud de la pointe de Penmarc’h.

8h21 :
L’Erika se brise en deux,7000 à 10 000 tonnes de pétrole sont déversées dans la mer.

Aucune perte humaine n’a été a déploré dans ce drame, mais les opérations de sauvetage se sont faites dans des conditions périlleuses, pour les sauveteurs et pour les membres d’équipage de l’Erika.

La marée noire, un drame humain et écologique

Lors des observations aériennes menées par les douanes et la marine, plusieurs nappes de pétrole à la dérive ont été repérées. L’une d’entre elle fait 15 kilomètres et est estimée à 3000 tonnes. Le 23 décembre 1999, les premières nappes de pétrole touchent les côtes du Finistère sud. Au final, se sont plus de 400 kilomètres de côtes bretonnes qui sont souillées. Plus de 100 000 oiseaux mazoutés ont été recueillis, mais seulement 8% d’entre eux ont pu être sauvés.

Le plan Polmar terre (pour “pollution maritime”) est déclenché. Les populations locales s’activent et se mettent rapidement en ordre de bataille. Avec des moyens et du matériel loin d’être suffisants, elles vont ramasser, frotter, gratter les littoraux qui étouffent sous le fioul lourd de Total. Une marée après l’autre, cette mélasse collante et puante ne cesse d’affluer sur les plages. Pendant plusieurs mois, ce sont les citoyen·nes qui prendront en charge le nettoyage des plages, avec l’aide de Greenpeace. Pour les habitant·es de la région, les pêcheurs, les ostréiculteurs, c’est une véritable catastrophe. Encore aujourd’hui, l’émotion est immense pour les personnes qui l’ont vécue.

Les opérations de nettoyage des côtes ont duré des mois, et se sont terminées à la fin de l’été 2000.

Total condamnée

101 parties civiles (dont Greenpeace) et plus de 50 avocats ont pris part à ce procès hors norme qui s’est ouvert le 12 février 2007 en première instance, à Paris.

L’entreprise Total qui ne pensait pas être inquiétée, en tant que “simple” affréteur, a été condamnée car elle recevait directement des informations de l’Erika et était donneuse d’ordre. Total et Rina (la société chargée des contrôles du navire) ont chacune été condamnées à l’amende maximale pour les sociétés : 375 000 euros. Total a été reconnue coupable de pollution maritime et a dû verser 171 millions d’euros de dommages et intérêts aux parties civiles et 13 millions d’euros au titre de préjudice écologique. Total ne manquera pas de faire appel de cette décision puis de se pourvoir en cassation, mais échouera à chaque fois. La catastrophe de l’Erika a permis d’inscrire le préjudice écologique dans le Code civil qui reprend le principe de pollueur-payeur.

Pour aller plus loin :

Voir le documentaire « Erika, autopsie d’un naufrage »





(Crédits photographiques : © Greenpeace / Isabelle Rouvillois)
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