Cet article rédigé par notre collège Luis Ferreirim de Greenpeace Espagne a

Agriculture

En Espagne, le secteur de l’élevage industriel veut nous réduire au silence

Cet article rédigé par notre collège Luis Ferreirim de Greenpeace Espagne a été publié le 15 juin 2022 sur le site de Greenpeace International. Nous l’avons traduit en français pour vous partager son histoire. 

Je m’appelle Luís Ferreirim. Je dirige la campagne Agriculture de Greenpeace Espagne et je suis poursuivi en justice pour m’être exprimé sur les dégâts que provoque l’agriculture industrielle en Espagne.

L’entreprise Valle de Odieta S.C.L. possède à Caparroso ce qui est peut-être le plus grand élevage intensif de vaches laitières en Espagne, avec pas moins de 7200 vaches. Mais ce n’est pas tout. Valle de Odieta S.C.L. est aussi à l’origine d’un gigantesque projet d’élevage industriel dont la construction est prévue à Noviercas, une petite ville de moins de 150 habitants dans le nord-est de l’Espagne.

Luis Ferreirim, responsable de la campagne Agriculture chez Greenpeace Espagne, devant l’élevage intensif de Valle de Odieta à Caparroso, en Navarre (Espagne). © Greenpeace / Pedro Armestre

Si l’entreprise arrive à ses fins, ce nouveau méga-élevage comptera 23 520 vaches laitières et aura des conséquences dévastatrices sur l’environnement et sur la petite communauté de Noviercas. Si nous n’agissons pas immédiatement, ce projet pourrait aboutir au plus grand élevage intensif d’Europe, soit l’un des cinq plus grands au monde.

Depuis des années, Greenpeace Espagne dénonce les dégâts environnementaux et humains considérables engendrés par ces installations industrielles, qui polluent l’air et les eaux souterraines, maltraitent les animaux et créent un cadre de vie insupportable pour les personnes ayant la malchance de vivre dans les environs

Et maintenant, Valle de Odieta S.C.L. engage une action en justice contre moi. Je suis convoqué pour une « conciliation », le but étant de m’amener à retirer tous les propos critiques que j’ai tenus sur elle. L’entreprise affirme que j’ai fait des déclarations « fausses, calomnieuses et insultantes » qui portent préjudice à son honneur, sa réputation et ses affaires. Mais je refuse d’être réduit au silence.

L’élevage intensif de vaches laitières de Valle de Odieta S.C.L, près de Caparroso, en Espagne. Les veaux sont élevés dans de petits box individuels, sur plusieurs rangées, où ils ne peuvent pas se retourner et sont privés de tout contact avec leur mère. © Tania Garnica / Greenpeace

Voici l’histoire qu’ils veulent m’empêcher de raconter

Les activités de Valle de Odieta S.C.L. à Caparroso sont loin d’être irréprochables. Son mépris pour l’environnement et pour les animaux qu’elle exploite est tel qu’il lui a valu 19 procédures disciplinaires de la part du gouvernement de Navarre, notamment pour les faits suivants : médiocre qualité des soins aux animaux, mutilations, déversements, administration de médicaments pour animaux dans les exploitations sans prescription vétérinaire et non-respect des autorisations environnementales (avec un total de 5 000 vaches pour un maximum autorisé de 3 450 bêtes). Ces informations proviennent de documents officiels auxquels Greenpeace Espagne et moi-même avons eu accès et que j’ai simplement portés à l’attention du public.

En février 2021, l’entreprise est allée encore plus loin, causant un déversement massif d’effluents d’élevage toxiques qui a touché une zone protégée unique de la rivière Aragon. Cette zone sert de refuge à certaines espèces menacées d’extinction telles que le vison d’Europe.

Après avoir reçu un appel à l’aide de la part d’associations locales, une équipe de Greenpeace Espagne s’est rendue dans la région de la rivière Aragon pour constater par elle-même l’ampleur de la catastrophe environnementale, la documenter et informer le grand public.

Témoigner fait partie des missions de Greenpeace, et c’est l’un des aspects que j’apprécie le plus dans mon travail : être les yeux de milliers de personnes, exposer au grand jour les dégâts qu’une poignée d’entreprises et de personnes sans scrupules infligent à notre merveilleuse planète. Manifestement, diffuser la vérité n’est pas du goût de ceux qui bénéficient directement du modèle de l’agriculture intensive destructrice et de ses exploitations industrielles.

Il est temps de mettre un terme à l’agriculture industrielle

Les exploitations industrielles constituent un problème majeur dans toute l’Europe. Elles détruisent l’environnement et nuisent au climat, maltraitent les animaux et privent les petits agriculteurs de leur travail. Le nombre total d’exploitations dans l’UE a enregistré un recul rapide au cours de ces dernières décennies, tandis que la production de viande est à la hausse dans de nombreux pays européens. Les exploitations restantes ainsi que les nouvelles deviennent gigantesques, la diversité des races d’animaux diminue, aboutissant à la création de véritables usines dont la viande et les produits laitiers sont destinés aux marchés internes et à l’exportation.

Je ne suis pas le premier que cette industrie tente de bâillonner en Espagne en entamant des poursuites judiciaires, mais j’espère bien être le dernier. Parmi les autres personnes qu’elle a essayé de réduire au silence, citons Manuel Garcia, agriculteur et écologiste en Galice, qui s’est dressé contre l’entreprise de production de viande Coren, et 14 collectifs qui ont élevé leur voix contre la méga-exploitation de vaches laitières de Caparroso

Ces procédés, appelés SLAPPs (Strategic Lawsuits Against Public Participation) ou « poursuites-bâillon », ne visent pas à ce que justice soit rendue. Il s’agit simplement d’une tactique utilisée par certaines corporations ou individus puissants pour impressionner et intimider leurs détracteurs et leur imposer le silence.

Néanmoins, toutes les personnes poursuivies jusqu’à aujourd’hui en Espagne l’ont fait savoir clairement : ils ne nous feront pas taire. Nous allons continuer à le crier haut et fort : Non aux exploitations industrielles !

Crédit photo : © Greenpeace / Pedro Armestre





(Crédits photographiques : © Greenpeace / Pedro Armestre)
Commentaires (55)

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Guégan Anne

Merci à Luis pour son courage, l'Espagne je la connais depuis 50ans, quoi qu'on en dise elle a beaucoup évolué par rapport à la maltraitance animale ça n'est pas encore parfait mais en France on continue d'accepter les corridas dans le sud avec mise à mort alors il faut arrêter de juger les autres quand on est incapable d'interdire cette pratique barbare sur notre sol. L'élevage intensif est aussi une barbarie innommable. S'il y a une pétition pour soutenir Luis je suis prête à la signer.

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allouche

on nous parle d'ecologie sans arret mais on autorise de tels elevages et cautionner pour du fric cette maltraitance et manque de respect des animaux est pour moi indigne de ce siècle qui doit preserver ses ressources et au contraire encourager les gens a ne pas ou moins consommer de produits animaux.

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jamault

l’Espagne toujours le premier en Europe a faire ce qu'il ne faut pas faire

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