“Plateforme zéro pétrole” : derrière les mots, la fumée
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Climat

Casse sociale et greenwashing : à Grandpuits, Total fait du sale

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“Grandpuits” : ce nom vous dit sans doute quelque chose. Cette raffinerie appartenant à Total est le théâtre d’une contestation sociale depuis plus de cinq semaines. En septembre 2020, Total a présenté son plan de reconversion de cette raffinerie en une “plateforme zéro pétrole”. Derrière ce qualificatif aguicheur se cache une toute autre réalité : 700 emplois sont menacés (et à travers eux, tout le bassin d’emploi seine-et-marnais qui s’étend autour de la raffinerie). Pire, la multinationale, derrière une hypocrisie à peine voilée, veut faire porter à ses salarié·es le coût d’une transition qui n’a d’écologique que le nom. Le projet de reconversion du site est un vrai condensé de greenwashing.

“Plateforme zéro pétrole” : derrière les mots, la fumée

Le projet “plateforme zéro pétrole” peut sembler étonnant et ambitieux de la part du géant pétrolier, dont le modèle économique repose principalement sur l’exploitation des énergies fossiles. Pourtant, comme toujours chez Total, rien n’est laissé au hasard. Cette annonce s’ancre dans une stratégie plus large qui consiste à saupoudrer de vert l’ensemble de ses activités pour se présenter comme une entreprise engagée dans la transition énergétique. Sauf que sous une communication bien huilée, la réalité est tout autre.

Tout d’abord, en qualifiant de “zéro pétrole” son projet de reconversion du site , Total fait croire qu’elle engage concrètement sa sortie des énergies fossiles. En réalité, cela signifie simplement que le raffinage sera délocalisé ailleurs, dans d’autres raffineries qu’elle possède à travers le monde.

De plus, ce n’est pas pour une quelconque préoccupation écologique que Total a envisagé de reconvertir la raffinerie de Grandpuits. En réalité, le Pipeline d’Ile-de-France (PLIF), qui alimente la raffinerie depuis le port du Havre, a souffert de plusieurs fuites depuis 2014 à force d’une piètre maintenance. Une fuite importante en février 2019 a occasionné des pollutions locales considérables. Plutôt que de prendre en charge les 600 millions d’euros de réparation du pipeline, la multinationale a préféré se targuer d’une restructuration en plateforme “zéro pétrole”.

Total prévoit ainsi de développer à Grandpuits des activités d’agrocarburants, de recyclage de plastique, de production de plastique à base de matières végétales et de production d’électricité à partir de centrales solaires. Problème : ces activités sont bien loin d’être écologiques. Vous pouvez retrouver le détail dans cette note de décryptage co-signée par Greenpeace France, Les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la CGT et Attac.

Les agrocarburants, c’est du flan

Usine Total de La Mède.

Les agrocarburants ne sont pas une solution viable pour décarboner le secteur des transports. Après le scandale de l’huile de palme importée pour faire tourner sa “bio”-raffinerie de la Mède, qui carbure à la déforestation, Total prouve ici qu’elle compte continuer à poursuivre des chimères en prétendant lutter contre le dérèglement climatique. Pour seul exemple, dans une étude commandée par la Commission européenne, publiée en 2016, il est prouvé que tous les agrocarburants de première génération (y compris à base de colza et de tournesol) émettent plus de gaz à effet de serre que des carburants fossiles.

Le recyclage du plastique : c’est pas automatique

Concernant le recyclage du plastique, il est utile de rappeler que le meilleur geste écologique demeure celui de réduire drastiquement son usage, et donc sa production. En effet, les processus de recyclage nécessitent une consommation importante d’eau et d’énergie. De plus, pour produire la même quantité de plastique, il faut injecter au plastique recyclé des polymères vierges à base de pétrole. Ainsi, le recyclage de plastique proposé par Total lui permet habilement de continuer à vendre toujours plus de pétrole et de gaz, pour ne surtout rien changer.

L’enfumage du bioplastique

Enfin, le “bioplastique”. Il s’apparente ni plus ni moins à de l’enfumage. Ce sont principalement des plantes sucrières (canne à sucre et betterave) qui sont utilisées pour la fabrication des “bioplastiques”. Au-delà des conflits d’usage que leur utilisation entraînerait pour produire massivement des bioplastiques et la pression sur les surfaces agricoles que cela générerait, les problèmes ne s’arrêtent pas là. La monoculture de betteraves à sucre est néfaste pour la qualité des sols, notre eau et la biodiversité, notamment à cause du recours massif aux néonicotinoïdes qu’elle entraîne. Enfin, le traitement de fin de vie de ces bioplastiques pose largement question.

En bref, Total se sert d’une pseudo “transition écologique” pour imposer un plan social injuste, cherchant à nous enfermer dans une vision rétrograde opposant écologie et emplois. Du point de vue de son apport climatique, il est vrai qu’on n’attendait plus grand-chose de la part d’une multinationale dont les actions pour le climat ne se résument qu’à des plans de communication teintés de vert, où à chaque fois, le diable se cache dans les détails.

La transition écologique doit et peut être socialement juste

La transition écologique que promet Total n’est ni faite ni à faire. Les salarié·es qui connaissent pourtant leur appareil productif et bénéficient d’une expertise à ce sujet sont entièrement exclu·es du processus de discussion et de décision visant à réorienter leur secteur vers des activités supposément plus durables. Ces acteurs sont, pour la plupart, largement conscients de la nécessité de restructurer leurs activités pour les rendre compatibles avec les objectifs de l’accord de Paris. Il s’agirait donc de leur donner la parole et de les inclure dans les processus de changement qui doivent impulser la transition écologique de nos sociétés.

Pourtant, le projet de la plateforme “zéro pétrole » de Grandpuits prouve une fois de plus que Total fait fi des emplois et du climat, se drapant dans une politique jusqu’au boutiste d’exploitation des énergies fossiles, pour ne surtout rien changer. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le jour où se clôturera le processus de concertation du plan social qui met en danger 700 emplois, le groupe annoncera ses résultats pour le dernier trimestre 2020.

En décidant unilatéralement de mettre en danger 700 emplois, l’entreprise Total rappelle une fois de plus qu’elle n’a que faire de ses effets néfastes sur les territoires et les populations, que ce soit en France ou ailleurs. Par ricochet, ce sont le tissu social, la vie économique et les services publics de tout le territoire qui seront impactés.

La situation à Grandpuits montre bien, si cela n’était pas encore clair, que l’écologie doit être pensée avec les enjeux sociaux. La Covid-19 et la crise économique dramatique qu’elle génère nécessitent plus que jamais de penser les plans de reconversion avec les salarié·es, et ce dans tous les secteurs dits “incompatibles” avec les enjeux écologiques.

Il y a un an, Greenpeace et d’autres associations écologiques initiaient un rapprochement avec des organisations syndicales, pour rappeler avec force que la transition écologique et sociale n’adviendrait pas sans prise en compte conjointe des enjeux environnementaux et sociaux. Cette alliance, illustrée par la création du collectif Plus jamais ça qui publiait en mai dernier un plan de sortie de crise, trouve aujourd’hui dans le projet de Grandpuits une occasion de montrer ce que peut et doit être un projet de reconversion écologique et socialement juste. Le site de Grandpuits, avec un vaste foncier, son outil industriel, les savoir-faire de son personnel offre toutes les caractéristiques pour en faire un projet expérimental dans le cadre d’une transition vers un monde sans pétrole, avec de nouveaux besoins industriels réellement durables.

Si vous avez des informations relatives au sujet abordé dans cet article, vous pouvez nous contacter à l’adresse  investigation@greenpeace.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter sur le site Greenleaks.





(Crédits photographiques : © Simon Lambert / Greenpeace)
Commentaires (5)

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barroyer

Bonjour, Je paye mensuellement 10 euros par mois depuis qq années; sauf que je voudrais arrêter mes donations. Pouvez vous me dire comment arrêter les prélèvements sur mon compte et résilier avec Greenpeace merci de votre compréhension cordialement barroyer véronique

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Fabre Pascale

Je suis atterrée par le comportement de ces multinationales, il faut arrêter les investissements dans les énergies fossiles de toute urgence !

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DUGAS

HONTE A TOTAL !!!!! Comment peut on encore chercher profit en détruisant sans vergogne. HONTE A TOTAL !!!!!!!

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