L’atome « quoi qu’il en coûte »
La PPE3 acte une relance massive du nucléaire, le tout sans aucun chiffrage robuste. Pourtant, en croisant les données disponibles, l’ampleur du gouffre financier est saisissante : entre 380 et 650 milliards d’euros seront nécessaires d’ici 2050 pour construire 14 nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 (23 GW), prolonger le parc actuel et gérer les déchets radioactifs. Ces coûts incluent la construction des réacteurs, la prolongation (non encore programmée) des centrales existantes, le retraitement des combustibles usés, et le développement de démonstrateurs de réacteurs RNR et SMR (il s’agit de petits réacteurs modulaires à eau pressurisée : des technologies encore non maîtrisées et dont les coûts réels restent inconnus).
Aussi, ces estimations ne tiennent pas compte des retards et surcoûts systématiques observés sur tous les chantiers EPR en Europe. À Flamanville, par exemple, le réacteur accuse plus de douze ans de retard et un triplement du budget initial. Dans ce contexte, l’engagement de l’État à financer massivement le nucléaire, sans transparence ni consultation, est d’autant plus scandaleux.
Une relance nucléaire inadaptée aux enjeux climatiques et géopolitiques
La relance du nucléaire ne peut pas être considérée comme une solution face à la crise climatique. Les nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 ne seront pas opérationnels avant 2038-2040 – trop tard pour atteindre nos objectifs climatiques et respecter l’Accord de Paris. Les énergies renouvelables, elles, peuvent être déployées rapidement et connaissent d’ailleurs une progression exponentielle à travers le monde.
Par ailleurs, la France est largement dépendante de la Russie pour faire fonctionner son parc nucléaire. En effet, malgré la guerre en Ukraine, la France importe toujours de l’uranium russe – via le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, sous contrôle de Rosatom. Elle dépend à 100 % de la Russie pour retraiter son uranium usé, un déchet radioactif qui s’accumule en France… et dont la seule usine au monde capable de prendre en charge son traitement est située en Russie. Une dépendance absurde et dangereuse qui aggrave la vulnérabilité géopolitique du pays, alors que nous devrions nous tourner vers un système énergétique plus décentralisé et résilient.
Une diversion qui sabote la transition énergétique
Ces sommes astronomiques ne sont pas un investissement pour l’avenir, mais une diversion. Chaque milliard englouti dans le nucléaire est un milliard volé à la rénovation des logements, au développement des énergies solaires et éoliennes et de ses filières, ou à la formation aux métiers de la transition. Alors que la France accuse un retard criant sur ses objectifs climatiques, le gouvernement persiste à miser sur une technologie du passé, au mépris des alternatives bien plus rapides, moins chères et plus sûres.
La relance nucléaire est un choix politique inacceptable dans un contexte de crise sociale et environnementale. Il est urgent de réallouer ces fonds à des projets qui répondent réellement aux enjeux actuels – la sobriété, la rénovation énergétique et les énergies renouvelables.

La relance du nucléaire n’est pas une fatalité. Des alternatives existent :
- annuler les projets de construction d’EPR2,
- réallouer les fonds à la rénovation énergétique des logements,
- mettre en place des mesures de sobriété ambitieuses,
- développer les énergies renouvelables et ses filières,
- organiser un vrai débat démocratique sur les priorités de la transition.
Crédit photo : © Martin Storz / Greenpeace
