Le nucléaire français très mal outillé face aux menaces d’agressions externes

Climat

Paris, le 21 janvier 2015 – Des représentants de Greenpeace France et l’expert britannique en sûreté nucléaire John Large ont participé hier soir à un rendez-vous avec les autorités françaises à propos de la vulnérabilité des centrales nucléaires face aux intrusions et attaques de drones. Ce rendez-vous s’est déroulé en présence de représentants de l’ASN, de l’IRSN et du Haut fonctionnaire de défense et de sécurité auprès du ministère de l’Ecologie. Il fait suite à l’audition de Greenpeace et de John Large par le Parlement et à la remise d’un rapport confidentiel.

« Au-delà de l’absence de pistes permettant d’identifier les auteurs de ces survols, ce qui nous inquiète surtout, c’est que ces incidents mettent de nouveau en lumière les limites du rôle de l’ASN« , déclare Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France, présent au rendez-vous.
« L’Autorité nous a répondu – sans surprise – que son mandat ne lui permettait pas de tirer les conséquences de nouvelles formes d’agressions extérieures menaçant les centrales en exigeant, si nécessaire, le renforcement des bâtiments », poursuit-il. « Le gouvernement doit mettre fin à cette situation absurde et irresponsable. »

Greenpeace demande au gouvernement de renforcer les compétences de l’ASN afin de lui confier la mission de veiller en toute indépendance à la robustesse intrinsèque des installations nucléaires aux actes de malveillance.

Les limites du mandat de l’ASN : une quasi-exception dans le monde

Les risques liés aux activités nucléaires se classent en deux grandes catégories : la sûreté et la sécurité. La sûreté s’intéresse aux risques de défaillance des installations nucléaires elles-mêmes (état du bâtiment, résistance aux séismes, aux inondations, etc.), tandis que la sécurité couvre le champ des risques liés aux agressions extérieures non naturelles (actes malveillants, etc..). En France, le mandat de l’ASN couvre les risques liés à la sûreté mais exclut ceux liés à la sécurité dont la gestion est à la charge de la Défense. Cette limite de compétences est une quasi-exception dans le milieu des autorités administratives indépendantes qui sont chargées de veiller aux risques nucléaires dans les pays dotés de nucléaire civil.

Très concrètement, l’ASN connaît les points de vulnérabilité des installations nucléaires et possède le mandat d’exiger des modifications sur leurs bâtiments afin de réduire les risques nucléaires. Mais son rôle n’est pas de se demander si l’apparition de nouvelles agressions externes liées, par exemple, à un regain de la menace terroriste ou aux nouvelles technologies telles que les drones, fait courir des risques supplémentaires.