Un choc thermique qui met en lumière les failles du mix électrique actuel
L’été 2026 a été marqué par une multiplication des épisodes de fortes chaleurs en Europe, qui ont provoqué l’augmentation de la demande en électricité. Pour alimenter les systèmes de climatisation, de ventilation et de refroidissement, la consommation maximale d’électricité en France, a bondi de manière spectaculaire.
Les chiffres, issus du rapport d’Ember Energy, sont clairs :
- +14 % de demande en France.
- +13 % en Espagne.
- +23 % en Hongrie
- +28 % en Italie
Cette explosion de la demande a révélé la vulnérabilité de nos systèmes énergétiques face au réchauffement climatique : certaines sources de production n’ont pas suivi le rythme et se sont même retrouvées en grande difficulté.
Mix électrique VS mix énergétique
Ces mix sont les résultats des politiques énergétiques menées par nos gouvernements successifs. La France étant en retard sur ses objectifs concernant les renouvelables, la part de ces énergies dans son mix est donc actuellement particulièrement faible. En 2020 c’était le seul pays européen à ne pas avoir rempli ses objectifs concernant le développement des énergies renouvelables, en 2024 l’Union européenne appelait encore la France à combler son retard en matière d’ENR et ces dernières années, la France connait régulièrement des offensives contre les renouvelables, avec notamment des propositions de moratoires sur les ENR de la part de parties de droite et d’extrême droite.
Le mix électrique, c’est : « l’ensemble des sources d’énergie nécessaires à la production d’électricité d’un pays » (définition du Réseau de transport d’électricité, RTE).
En 2025, le mix électrique français était composé de :
- 68% de nucléaire
- 11% d’hydroélectricité
- 9% d’éolien terrestre et en mer
- 6% de solaire
- 3% de gaz fossile
- 2% de bioénergies et déchets
Le mix énergétique, c’est : « le mix électrique, plus toutes les autres sources répondant aux besoins énergétiques du pays. C’est le cas par exemple des énergies fossiles ou thermiques qui servent aujourd’hui aux transports, aux industries et à l’agriculture » (RTE).
En 2024, les énergies fossiles représentent encore 58% du mix énergétique de la France.

Comme le gouvernement, le nucléaire n’est pas prêt à affronter le changement climatique
- Sécheresse et manque d’eau : le niveau des fleuves et rivières baisse, les besoins en eau augmentent partout, la pression sur la ressource est trop forte et provoque sa raréfaction, alors qu’elle est indispensable pour le refroidissement des centrales. Ainsi, les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Chooz dans les Ardennes ont dû être placés en arrêt complet en raison du débit insuffisant de la Meuse.
- Température critique : lorsque l’eau des fleuves est trop chaude, elle ne peut plus être utilisée pour refroidir les réacteurs, au risque de dépasser les normes environnementales de rejet thermique. Sur certains modèles de réacteur nucléaire, l’eau rejetée en aval est plus chaude de plusieurs degrés par rapport à celle prélevée en amont. Alors, lorsque le débit des fleuves est réduit et que les températures de l’eau sont déjà très élevées, l’eau réchauffée par la centrale ne se dilue plus assez dans l’eau des fleuves, et représente un risque supplémentaire pour les milieux aquatiques et la biodiversité déjà fortement éprouvés.
- Prolifération d’organismes (faune et flore aquatique et marine) : l’augmentation de la température de l’eau provoque des déséquilibres écologiques et engendre la prolifération d’organismes comme des algues ou des méduses. À la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), des réacteurs ont été mis à l’arrêt à deux reprises suite à l’afflux de méduses dans les stations de pompage de l’eau de mer, risquant de bloquer les filtres et de perturber les systèmes : une première fois le 11 août, avec 3 réacteurs qui ont dû être totalement arrêtés et un autre dont la production a été réduite de 50%, puis une seconde fois le 27 août avec deux nouveaux réacteurs arrêtés. Or ce n’est pas la première fois, déjà l’année dernière ce même phénomène avait provoqué l’arrêt des réacteurs, et à l’époque EDF parlait d’événement “imprévisible”.

Des activistes de Greenpeace dénoncent le risque d’inondation à la centrale nucléaire de Gravelines avec des cerfs-volants en forme de méduses symbolisant l’eau qui monte sur la centrale. Octobre 2024, © Basile Barjon / Greenpeace
Et les énergies renouvelables ?
L’hydraulique en berne
La baisse du niveau des cours d’eau et les épisodes successifs de canicule ont aussi mis l’hydroélectricité à rude épreuve. Sept des huit principaux pays producteurs d’Europe, dont la France, ont enregistré une baisse de production par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

Solaire : la seule énergie à résister face à la canicule
Alors que les autres filières peinent, l’énergie solaire a démontré une résilience remarquable lors de cet été caniculaire. Pour le solaire, les vagues de chaleur signifient un ensoleillement intense et un ciel dégagé, d’autant plus qu’il ne dépend pas de l’eau pour produire.
Solaire : des performances records
- En France, la production solaire a augmenté de 17 % durant les périodes de canicule.
- C’est la seule source d’énergie qui a continué à produire plus d’électricité (justement au moment où la demande atteignait des sommets).
Le défi du stockage : stocker l’énergie du jour pour la nuit
Le solaire ne produit que le jour, alors que la demande en électricité reste élevée, voire croissante le soir venu (climatisation, éclairage, activités domestiques…).
La solution réside dans le stockage de l’énergie. La technologie progresse rapidement pour répondre à ce besoin :
- Batteries plus performantes : capacité accrue et durée de vie prolongée.
- Batteries de moins en moins chères : depuis 2010, le coût des batteries lithium-ion a été réduit de… 90% !
- Nouvelles chimies : développement de batteries au sodium, moins dépendantes des métaux rares.
- Stockage de plus en plus long : capacité à stocker l’énergie produite en journée pour la restituer en soirée et la nuit.

Reflet d’une éolienne sur un panneau solaire en Allemagne. © Paul Langrock / Greenpeace
L’éolien : le partenaire indispensable du solaire pour couvrir l’année entière
Si le solaire domine en période de canicule, il ne suffit pas à lui seul à assurer un approvisionnement 365 jours par an (moins de soleil en hiver et plus du tout la nuit). C’est ici que l’énergie éolienne joue un rôle crucial, notamment en hiver. En effet, les vents sont généralement plus forts et plus réguliers lorsque l’ensoleillement est faible, comblant ainsi les périodes où le solaire est moins productif.
Une complémentarité saisonnière prouvée
Les productions d’énergie éolienne et solaire se complètent bien à l’échelle annuelle. Alors que le solaire atteint son pic en été, l’éolien fournit une part significative de l’électricité en hiver, période de forte consommation (chauffage, éclairage). En 2025, l’éolien et le solaire ont produit ensemble 30,1 % de l’électricité dans l’Union européenne, dépassant pour la première fois les énergies fossiles (29 %). Une rupture historique, qui prouve la pertinence de la combinaison solaire et éolien, offrant une alternative crédible et massive aux combustibles fossiles.
Cette complémentarité permet de lisser la production sur l’ensemble de l’année, réduisant les besoins de stockage sur de très longues périodes et garantissant une sécurité d’approvisionnement robuste face aux aléas climatiques. L’avenir de notre transition énergétique repose donc sur l’association intelligente de ces deux piliers renouvelables, épaulés par les solutions de stockage, capables de s’entraider pour couvrir nos besoins, quelle que soit la saison.
Miser sur l’avenir : des énergies résilientes face au changement climatique
Les canicules ne sont pas un phénomène isolé ; les conséquences du dérèglement climatique vont devenir plus fréquentes et plus intenses. Continuer à miser sur un mix énergétique dépendant massivement de l’eau ou vulnérable à la chaleur est une erreur stratégique.
Quelles solutions ?
Il est impératif de basculer vers des énergies qui à la fois :
- N’émettent pas de CO2 pour lutter contre le réchauffement climatique.
- Ne dépendent pas ou peu de l’eau pour leur production.
- Sont résilientes face aux aléas climatiques extrêmes.
Miser sur le solaire, le stockage et l’éolien, ce n’est pas seulement une option écologique : c’est la seule solution viable pour assurer notre sécurité énergétique face au changement climatique. La France doit agir maintenant, car pour le moment le pays est toujours en retard critique dans le déploiement du solaire et de l’éolien, contredisant directement ses objectifs climatiques et ses engagements au niveau européen.
Le climat change, notre énergie doit changer aussi.
© Weimin Chu