Forte de 25 années d’expérience professionnelle, Charlotte Schneider a travaillé 13 ans dans le secteur de l’action humanitaire et de la solidarité internationale. Elle a également été en charge à la Ville de Paris des questions d’accueil et d’intégration des personnes demandeuses d’asile, réfugiées et migrantes pendant plusieurs années.
Auparavant, elle a travaillé dans de nombreux contextes de crise complexes, notamment en Haïti et en Afghanistan, où elle a pu développer une connaissance approfondie des réalités de terrain et des enjeux humanitaires.
Elle a dirigé pendant 4 ans le service de préparation et de réponse aux urgences chez Action contre la Faim. À ce titre, elle a coordonné de nombreuses interventions en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, notamment lors de crises majeures (Ebola, Boko Haram, Daesh…).
De 2021 à 2024, elle a occupé le poste de Directrice des opérations et des programmes. Dans ce cadre, elle était responsable de la stratégie opérationnelle et de la mise en œuvre des programmes dans 25 pays, aux côtés d’une centaine de collaborateurs au siège et de près de 3 500 personnes employées sur le terrain.
Vous prenez aujourd’hui la direction générale de Greenpeace France-Luxembourg. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre notre organisation à ce moment de votre parcours?
Greenpeace est une organisation à part dans le paysage des ONG françaises. Par sa méthode, évidemment, qui est résolument tournée vers l’action, mais aussi par sa notoriété. C’est une association dans laquelle je me reconnais et dont je partage les valeurs de solidarité, de non-violence et d’indépendance. Aussi et surtout, c’est une organisation capable de jouer un rôle déterminant face aux multiples reculs environnementaux et aux attaques sans précédent de la part des lobbies et acteurs politiques réactionnaires contre les politiques climatiques.
Peu d’associations disposent de tels atouts : une expertise scientifique au meilleur niveau, une capacité d’influence mondiale, des mobilisations et actions sur le terrain au local comme au global, la puissance de l’action directe non-violente et la faculté de nouer des alliances tout en maintenant son indépendance.
Certes le contexte politique actuel, national et international, n’incite pas à l’optimisme sur les causes que nous défendons. Malgré tout, face aux industries polluantes, aux ultra-riches et aux forces réactionnaires, l’immense majorité de la population mondiale souhaite des changements et une vraie prise en compte des enjeux environnementaux et climatiques par les responsables politiques. Greenpeace est là pour porter toutes ces voix et résister. Elle joue un rôle crucial en ces temps incertains. Je suis donc très fière de rejoindre ce mouvement, car nous sommes capables ensemble d’avoir un impact concret.
Votre parcours dans l’humanitaire vous a menée sur de nombreux terrains de crise. En quoi cette expérience façonne-t-elle votre vision de l’action écologique aujourd’hui ?
Au cours de mes nombreuses années dans des organisations humanitaires, j’ai été confrontée à des situations dramatiques : famines, épidémies, conflits meurtriers. En Haïti, en Afghanistan mais aussi en France auprès de personnes réfugiées, j’ai pu constater les liens étroits entre crises sociales, sanitaires et économiques et enjeux environnementaux. De nombreux conflits se nouent autour de la raréfaction des ressources en eau, de l’accaparement des terres, de la pollution.
De même, les questions environnementales sont très souvent liées aux inégalités sociales mais aussi de genre et aux enjeux de pouvoir et de démocratie.
C’est donc une vision concrète, locale et globale de l’écologie que je porte. J’ai la conviction que la protection de l’environnement doit être au cœur des enjeux sociaux, économiques et politiques, au service du bien-être de toutes et tous.

Charlotte Schneider a travaillé plus de dix ans dans l’aide humanitaire et la solidarité internationale. Sur cette photo : une famille originaire d’Afghanistan, un pays affecté par des conflits et durement touché par les conséquences du changement climatique, dans un camp de réfugié à Lesbos, en Grèce.
Vous arrivez dans un contexte marqué à la fois par l’intensification des crises environnementales et des défis internes pour Greenpeace France. Quelles seront vos priorités dans les mois à venir ?
Nous traversons une situation financière très compliquée avec un ralentissement de la croissance des dons ces dernières années dans un contexte marqué par des attaques violentes contre les associations environnementales et des tentatives de décrédibilisation scandaleuses de la part de certains décideurs politiques. Sans compter une baisse marquée de couverture médiatique des sujets climatiques et environnementaux alors que l’intérêt de la population pour ces questions ne faiblit pas.
Je disais plus haut que Greenpeace est à part. C’est notamment le cas de son modèle économique, entièrement basé sur des dons privés. Je crois que c’est une chance. Nous sommes confiants que nous allons passer ce cap difficile pour notre organisation grâce à la confiance et au soutien de nos adhérentes et adhérents. La priorité absolue est de réunir le collectif autour de cet objectif : réussir ensemble à assurer non seulement la pérennité de Greenpeace France, mais aussi sa capacité d’action.
Nous échangeons actuellement avec les instances représentatives du personnel, l’équipe salariée, la communauté militante et la gouvernance sur un projet de réorganisation. Ce sont des discussions douloureuses et difficiles car nous devons drastiquement baisser nos dépenses ces prochaines années dans un contexte où la générosité est mise à mal du fait des difficultés de pouvoir d’achat et d’incertitude économique.
Ces difficultés touchent malheureusement de nombreuses organisations en France. Les multiples crises géopolitiques que nous traversons ces dernières années partout dans le monde sont pour la plupart liées à des questions énergétiques et de contrôle des ressources avec des répercussions importantes sur le pouvoir d’achat. Les conséquences du réchauffement climatique vont renforcer ces difficultés. Il est donc urgent d’adopter rapidement des solutions (énergétiques, agricoles) qui nous protègent de ces crises, en nous rendant plus résilients, c’est tout le travail de conviction auprès des décideurs que nous devons renforcer.
Greenpeace est connue pour sa capacité à mobiliser et à faire bouger les lignes. Quelle ambition portez-vous pour renforcer son impact dans les années à venir ?
Je ne peux pas répondre seule à cette question. La réponse est forcément collective et concerne l’ensemble des différentes communautés qui animent et font la force de Greenpeace.
Une chose est sûre : nous serons mobilisé·es ces prochains mois pour porter notre vision et nos propositions dans le cadre des débats pour les prochaines échéances électorales. Nous voulons notamment défendre une vision porteuse d’espoir et d’amélioration de la qualité de vie basée sur une transition écologique juste, redistribue les richesses et protège la santé et le pouvoir d’achat des générations présentes et futures.
En lien avec nos alliés, notamment du monde syndical dans le cadre de l’Alliance écologique et sociale, nous porterons des mesures fortes en ce sens et nous continuerons à nous opposer au projet trompeur et délétère pour la planète et les libertés fondamentales porté par les forces d’extrême droite.
2027 sera également l’année de révision de notre plan stratégique pluriannuel. Il sera bien sûr conditionné au résultat des élections législatives et présidentielles. Nous débattrons avec toutes nos communautés, militantes, salariées et adhérentes des directions à prendre, en lien avec nos collègues des autres bureaux de Greenpeace dans le monde.
Quelles lignes voulons-nous voir absolument bouger sur les questions environnementales et sociales ? Que voulons-nous être dans 10 ans ? Quelle place devons-nous occuper dans le débat public et avec quelles tactiques ? C’est en répondant collectivement à ces questions, tout en nous appuyant sur ce qui fait l’ADN de Greenpeace (notamment les atouts uniques que j’ai mentionnés plus haut) que nous pourrons renforcer nos capacités de collecte, notre impact et notre voix et ainsi apporter des changements de fond dans notre rapport à la planète et au vivant.

Greenpeace sera particulièrement mobilisée ces prochains mois pour porter notre vision de l’écologie et nos propositions dans les débats électoraux. © Marion Péhée / Greenpeace