Cette lettre ouverte a été publiée à l'origine dans les colonnes de Ouest-France, le 27 juin 2026 - Les signataires de cette lettre ouverte au président de la République - cosignée notamment par la militante écologiste Camille Etienne et François Chartier, en charge des Océans à Greenpeace France - pressent Emmanuel Macron d'obtenir «une pause de précaution sur l'exploitation minière des fonds marins dans les eaux internationales».

Lettre Ouverte

Fonds marins: la crédibilité de la France se joue avant 2027

Cette lettre ouverte a été publiée à l’origine dans les colonnes de Ouest-France, le 27 juin 2026 - Les signataires de cette lettre ouverte au président de la République - cosignée notamment par la militante écologiste Camille Etienne et François Chartier, en charge des Océans à Greenpeace France - pressent Emmanuel Macron d’obtenir «une pause de précaution sur l’exploitation minière des fonds marins dans les eaux internationales».

« Monsieur le Président, en 2022, lors de la COP27, vous avez pris une position cohérente avec les travaux scientifiques et saluée par la société civile : soutenir l’interdiction de toute exploitation des grands fonds marins. Cette parole a compté, parce qu’elle a montré que la deuxième puissance maritime au monde pouvait choisir la prudence, la science, la protection du vivant plutôt que la précipitation industrielle.

Mais un an après la 3e Conférence des Nations unies sur l’océan organisée par la France à Nice, force est de constater que ce que vous avez appelé de vos vœux ne s’est pas traduit par un engagement suffisant de la France dans les négociations internationales, notamment au sein de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM).

Aujourd’hui, l’ambition française doit être concrétisée. À l’AIFM, la France peut faire basculer le rapport de force et remporter une victoire historique : une pause de précaution sur l’exploitation minière des fonds marins dans les eaux internationales.

L’exploitation minière des fonds marins n’est pas une industrie ordinaire. Elle menace des écosystèmes abyssaux encore très mal connus, dont les équilibres sont fragiles et les capacités de régénération largement incertaines. Les scientifiques et les ONG ne cessent de rappeler qu’ouvrir ces zones à l’extraction pourrait causer des dommages irréversibles pour les écosystèmes marins, les zones de pêche, le climat et les droits humains. Face à cette incertitude, le principe de précaution doit primer.

Un test pour le multilatéralisme

Le risque n’est pas seulement écologique. Il est aussi politique. Le décret signé par Donald Trump en avril 2025 pour accélérer l’ouverture de l’extraction minière en eaux profondes menace l’ordre juridique maritime. Ce faisant, les États-Unis contournent le droit international, fragilisent le rôle de l’AIFM et encouragent une logique d’accaparement du patrimoine commun de l’humanité. Si l’AIFM échoue à protéger les grands fonds, c’est l’idée même d’une gouvernance collective des océans qui sera affaiblie.

La France a joué un rôle clé dans l’adoption du traité BBNJ (*) sur la biodiversité en haute mer, preuve qu’elle sait faire avancer le droit international de l’environnement. Nous saluons ces efforts, qui doivent désormais s’accompagner d’une ligne tout aussi ferme sur l’exploitation minière des fonds marins. On ne peut pas, d’un côté, défendre la protection de la biodiversité en haute mer, et de l’autre, laisser s’ouvrir une industrie susceptible de la dégrader en profondeur.

Monsieur le Président, vous avez la possibilité de transformer l’élan de 2022 en héritage. Obtenir un moratoire international avant 2027 serait un signal fort envoyé à celles et ceux qui, partout dans le monde, défendent les règles communes face aux intérêts privés.

Nous vous demandons donc de porter au sein de l’AIFM une position claire et offensive en faveur d’une pause de précaution sur l’exploitation minière des fonds marins. À l’heure où certains cherchent à forcer la main de la communauté internationale, la France peut et doit répondre par la défense des règles communes. C’est ainsi qu’elle restera fidèle à sa parole de 2022, à son ambition diplomatique et à son histoire maritime. »

(*) L’accord BBNJ des Nations Unies, pour «Biodiversity Beyond National Juridiction» — en français, «biodiversité au-delà des juridictions nationales», a été adopté en juin 2023. Il est entré en vigueur en janvier 2026.

(*) Camille Étienne est activiste pour le climat ; François Chartier est chargé de campagne Océans chez Greenpeace France. Le texte est également cosigné par Anne-Sophie Roux, Conseillère politique, Activiste pour l’océan ; Emmanuelle et Ghislain Bardout, Directeurs, Under The Pole ; Esther Dufaure, Cofondatrice et codirectrice, Seastemik ; Bruno Dumontet, Président, Expedition MED ; Antoine Gatet, Président, France Nature Environnement ; Simon Holmström, Senior Deep-Sea Mining Policy Officer, Seas At Risk ; Dr. Juliette Jacquemont, Scientifique – Postdoctorante, University of California ; Maud Lelievre, Présidente, Comité français de l’UICN ; Sandrine Polti, Lead Europe, Deep Sea Conservation Coalition ; Geneviève Pons, Présidente et Directrice Générale, Europe Jacques Delors ; François Sarano, Président, LONGITUDE 181 ; Pierre Marie Sarradin, Coordinateur du thème Connaitre l’océan profond, Ifremer ; Heidi Sevestre, Glaciologue ; Sofia Tsenikli, Directrice de campagne, Deep Sea Conservation Coalition ; Sanchez Wilfried, Coordinateur scientifique national « Océan sain et nourricier », Ifremer.