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Agriculture, alimentation et guerre en Ukraine : 11 questions pour démêler le vrai du faux

Agriculture

Alors que nous produisons largement de quoi nourrir le monde, l’insécurité alimentaire ne cesse de croître depuis bientôt sept ans. C’est le constat alarmant que devrait souligner d’ici un mois le rapport onusien « Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde » (SOFI). Une situation dramatique renforcée par la guerre en Ukraine et les changements climatiques, qui alimente de vifs débats en France et en Europe autour de l’augmentation de la production agricole et d’une remise en question des ambitions environnementales (Stratégie de la Ferme à la Fourchette…). Nous faisons face à la troisième crise des prix alimentaires mondiaux en moins de quinze ans, est-ce vraiment la solution pour éviter le pire ? Pour y répondre, les Amis de la Terre, le CCFD-Terre Solidaire, Action contre la Faim, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, la Fondation pour la Nature et l’Homme et Greenpeace France publient “Agriculture, alimentation et guerre en Ukraine : décryptage en 11 questions”. 

Un document pour comprendre une situation complexe et démontrer pourquoi certaines solutions pourraient se révéler contre-productives

Depuis le début de l’agression russe en Ukraine, le prix de l’alimentation a déjà augmenté de 16,9% et 170 millions de personnes sont tombées dans l’extrême pauvreté dans le monde. En réponse, la Commission européenne et la France ont fait le choix du “produire plus”, avec par exemple la remise en culture des surfaces d’intérêt écologique (jachères). Cette vision, débouchant sur des mesures prises dans l’urgence, est pourtant bien éloignée de la réalité de la situation: la flambée actuelle des prix n’est pas tant due à un manque d’offre, mais à des marchés internationaux structurellement défaillants.

Dans ce contexte, nous sommes nombreux à nous poser légitimement des questions : quelles sont réellement les causes de la flambée des prix alimentaires ? Quels sont les pays et les populations qui seront les plus affectés par la situation dans les mois à venir ? Faut-il produire plus en Europe pour “nourrir le monde” ? L’agroécologie est-elle une solution pour lutter contre l’insécurité alimentaire et préserver les écosystèmes ? Quel est le niveau d’indépendance, de durabilité et de résilience de l’agriculture française ? Ces questions,  ainsi que beaucoup d’autres, n’ont de cesse de revenir dans l’actualité.

Face à cette situation, nos 6 organisations proposent un décryptage commun visant à mettre en lumière la complexité des enjeux agricoles et alimentaires de cette crise et à déconstruire certaines affirmations qui ont émergé ces dernières semaines. Nous pensons que ce décryptage est indispensable pour appréhender correctement la flambée des prix alimentaires à venir et nous prévenir de solutions court-termistes qui mettraient in fine en péril la sécurité alimentaire mondiale, tout en précipitant l’effondrement de la biodiversité et le dérèglement climatique.

Des solutions de court et moyen terme existent pour lutter contre la crise alimentaire tout en maintenant les ambitions environnementales

En présidant le Conseil de l’UE jusqu’au 30 juin 2022, la France a non seulement une grande responsabilité, mais doit également faire preuve d’exemplarité. Si ajouter officiellement une ambition de souveraineté alimentaire au ministère de l’Agriculture est un signal encourageant, il est impératif que cela soit suivi d’effets. De la régulation des marchés internationaux, à la lutte contre la spéculation alimentaire, en passant par la transformation de notre agriculture, les dossiers sur la table de Marc Fesneau, nouveau ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, sont nombreux. Les décisions qu’il prendra durant les prochains mois pour faire face à la situation seront décisives.

Parce que lutter contre la faim en France et dans le monde, tout en préservant l’environnement est possible, nos 6 organisations ont participé à l’élaboration, en mars dernier, de 44 propositions de court et moyen terme, réunissant les contributions d’une vingtaine de structures. Elles démontrent que les ambitions environnementales ne sont pas une entrave, mais au contraire, une des conditions en faveur de la résilience, la souveraineté et la capacité future de notre système agricole et alimentaire à nous nourrir. Une feuille de route pour le nouveau ministre ?

© Basile Mesré-Barjon / Greenpeace







(Crédits photographiques : © Basile Mesré-Barjon)