Que pense Greenpeace de l’article de l’UFC Que Choisir sur l’hexane ?
En décembre 2025, l’UFC Que Choisir a publié un article au sujet de l’hexane intitulé « Scandale de l’hexane, à qui profite le buzz ?« . Celui-ci suggère notamment que l’alerte sanitaire sur l’hexane, lancée entre autres par Greenpeace avec la publication d’une enquête “Nos aliments contaminés à l’hexane,le groupe agroalimentaire Avril au cœur d’un scandale sanitaire”, aurait été en partie exagérée ou instrumentalisée par des intérêts économiques. Quelle est la position de Greenpeace sur les arguments soulevés ? Décryptage en 3 questions.
- L’alerte de Greenpeace est-elle légitime ?
- Ce scandale sanitaire est-il poussé par l’entreprise EcoXtract qui a un intérêt financier à ce que l’hexane soit interdit ?
- Les tests présentés dans le rapport de Greenpeace sont-ils robustes ?
L’alerte de Greenpeace est-elle légitime ?
L’alerte de Greenpeace est tout à fait légitime puisque l’hexane peut présenter des risques pour la santé. À partir d’un état des connaissances fondé sur une vaste littérature scientifique et d’une analyse de la réglementation européenne, Greenpeace a rappelé des faits scientifiques établis : l’hexane est un neurotoxique avéré, suspecté d’être reprotoxique et un potentiel perturbateur endocrinien. Greenpeace a proposé une analyse critique du cadre réglementaire encadrant son usage et de la grande faiblesse de la réglementation en vigueur pour protéger les consommateurs. Par ailleurs, Greenpeace n’est pas la seule à avoir donné l’alerte. Guillaume Coudray, journaliste d’investigation et spécialiste des pratiques de l’industrie agroalimentaire, a publié un livre en septembre 2025 intitulé De l’essence dans nos assiettes. Enquête sur un secret bien huilé (éds. La Découverte) dénonçant ce scandale sanitaire. Quelques mois plus tôt (mai 2025), la cellule d’investigation de Radio France avait également enquêté sur ce solvant toxique et publié une analyse sur ce sujet : L’hexane : un résidu d’essence bien présent dans nos assiettes. Le député Richard Ramos s’est également saisi du sujet en menant une mission d’information à l’Assemblée nationale, interrogeant ainsi une diversité d’acteurs. Dans ce cadre, Greenpeace France a été auditionnée. Cette mission aboutit elle aussi à un constat alarmant concernant la présence d’hexane dans nos aliments.
De plus, pour informer et alerter l’opinion publique sur l’usage massif de ce solvant pétrochimique par l’industrie agroalimentaire (et sur le fait que des résidus d’hexane peuvent se retrouver dans notre alimentation), Greenpeace a fait réaliser des analyses sur différents produits susceptibles de contenir des résidus d’hexane auprès d’un laboratoire universitaire et indépendant, démontrant qu’une grande diversité d’aliments (notamment les huiles et les produits d’origine animale) peuvent effectivement être concernés.
Ce scandale sanitaire est-il poussé par l’entreprise EcoXtract, qui a intérêt financier à ce que l’hexane soit interdit ?
Contrairement à ce que laisse entendre l’article, l’alerte sur l’hexane ne repose ni sur l’influence d’un acteur économique isolé, ni sur une dynamique récente. Réduire l’ampleur et la complexité de ce scandale à l’action d’un seul acteur économique est inexact et conduit à invisibiliser le travail de nombreux chercheurs, institutions et organisations qui, depuis des années, alertent sur les risques liés à l’hexane. Les risques sanitaires associés à l’hexane sont largement documentés, c’est le cas depuis des décennies concernant la santé des travailleurs des industries utilisant de l’hexane, et de plus en plus d’études s’accumulent également concernant les risques via une ingestion chronique.
Dans ce cadre, des acteurs économiques souhaitent faire autoriser des solvants alternatifs à l’hexane. C’est le cas de l’entreprise EcoXtract qui propose un solvant alternatif (appelé le le 2-méthyloxolane). Dans le cadre du dossier d’autorisation pour son propre solvant, EcoXtract a rempli un dossier réglementaire européen comprenant notamment une comparaison avec les produits utilisés actuellement – l’hexane étant le principal. Au sein de ce dossier réglementaire, EcoXtract a intégré une revue toxicologique de l’hexane et des éléments concernant la présence d’hexane dans l’alimentation. Il est fort probable que cela ait contribué à pousser l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) à réévaluer l’hexane et ait ainsi participé à sonner l’alerte sur l’hexane. Cette agence agit néanmoins de manière indépendante et si elle a choisi de ré-ouvrir ce dossier, c’est du fait des lacunes criantes dans le dossier réglementaire de l’hexane (lacunes citées dans le rapport EFSA qu’elle a publié).
Si la réévaluation de l’hexane par l’EFSA est récente, et peut donc être liée, entre autres, au travail d’EcoXtract. L’hexane fait aussi l’objet d’une réévaluation, plus ancienne, du côté de l’ECHA (autorité européenne des produits chimiques) qui pourrait conduire au classement de l’hexane comme une “substance extrêmement préoccupante” (SVHC) au niveau européen. Cette procédure ECHA, entamée en 2012, a notamment conduit à la reconnaissance de l’hexane comme neurotoxique avéré, indépendamment des débats récents sur les solvants alternatifs.
Greenpeace n’a jamais soutenu d’alternative de solvant à l’hexane. La demande de Greenpeace est claire et déterminée : l’interdiction de l’utilisation de l’hexane dans tous les produits alimentaires français, qu’ils soient à destination des êtres humains ou des animaux d’élevage. L’interdiction de ce solvant, au profit de procédés d’extraction mécanique, constitue ainsi une condition nécessaire pour ralentir l’industrialisation de l’élevage, l’usage de l’hexane permettant la production d’un tourteau très concentré en protéines, répondant ainsi aux exigences de productivité de l’industrie.
Les tests présentés dans le rapport de Greenpeace France sont-ils robustes ?
Pour mieux éclairer l’ampleur du scandale, Greenpeace France a fait réaliser par un laboratoire universitaire indépendant (ULCO*) une série de tests sur plusieurs produits du quotidien : huiles de tournesol ou de colza, beurres, laits y compris infantiles, viande de poulet et tourteaux destinés à l’alimentation d’animaux d’élevage. En tant que laboratoire universitaire, le laboratoire ULCO a précisément pour mission de développer et d’affiner des méthodes analytiques innovantes, parfois encore absentes des protocoles standardisés.
En raison de la finesse des méthodes d’analyses, capables de détecter des résidus d’hexane même à de faibles concentrations dans des produits alimentaires, Greenpeace est pleinement confiant quant à la robustesse des tests réalisés en collaboration avec ce laboratoire.. D’après les informations dont dispose Greenpeace, il apparaît que les méthodologies employées par les laboratoires avec lesquels l’UFC-Que Choisir a travaillé ne présentent pas le même niveau de sensibilité. Elles n’auraient donc pas permis de détecter, pour un certain nombre des produits que nous avons testés, les résidus d’hexane mis en évidence par les analyses du laboratoire de l’ULCO. Cette divergence de méthodologie entre les laboratoires ne remet pas en cause le sérieux de la démarche de l’UFC-Que Choisir, mais souligne les différences méthodologiques qui peuvent exister d’un laboratoire à un autre, et l’importance de les prendre en compte pour effectuer des comparaisons entre analyses.
Pour assurer la transparence la plus complète, dès la publication du rapport, Greenpeace a rendu accessibles en annexe l’ensemble des résultats de manière détaillée, produit par produit et prélèvement par prélèvement. Cette transparence totale sur les résultats dès la publication de l’étude est une condition nécessaire pour effectuer des comparaisons fiables entre analyses et pour s’assurer de ne pas tirer des conclusions hâtives.
Enfin, concernant la mise en cause de laboratoires non accrédités, nous évoluons dans un système où le développement de méthodes d’analyses repose très largement sur des financements et des collaborations avec des acteurs privés : les laboratoires accrédités disposent des moyens pour faire valider et accréditer leurs méthodes précisément parce qu’ils travaillent, eux aussi, avec des acteurs économiques et même avec les industries concernées. Il est donc difficile de reprocher le recours à un laboratoire non accrédité tout en dénonçant les liens avec des acteurs privés. Ce fonctionnement est structurel et s’inscrit notamment dans le cadre du règlement REACH, où ce sont les acteurs économiques qui développent et financent les méthodes.
Greenpeace rappelle que l’hexane est l’un des symboles d’une alimentation ultra-transformée, dans laquelle des substances largement méconnues des consommatrices et consommateurs sont utilisées au service d’intérêts strictement économiques portés par des acteurs agro-industriels. Ce solvant toxique pourrait être en effet être écarté des procédés industriels mais les rendements seraient moins élevés mais les géants de l’agro-industrie préfèrent continuer à utiliser l’hexane pour maximiser leurs profits au risque de contaminer nos assiettes.
Pour agir à nos côtés : signez la pétition contre l’hexane.
*Centre Commun des Mesures (CCM) de l’Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO).