COP17 : des efforts accomplis, mais des obstacles majeurs persistent pour enrayer le déclin de la biodiversité
Du 19 au 30 octobre 2026, les États se sont retrouvés à Erevan, en Arménie, pour la COP17 de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, quatre ans après l’adoption de l’accord de Kunming-Montréal. Cet accord, considéré comme l’équivalent pour la biodiversité de l’accord de Paris sur le climat, fixe 23 objectifs à respecter d’ici 2030. Or 22 de ces objectifs sont en retard (protection de 30 % des terres et des océans, lutte contre la pollution, restauration des écosystèmes dégradés…).
Devant le bâtiment accueillant la COP17 à Erevan, des militant·es de Greenpeace déguisés en médecin interpellent les délégués sur l’état de santé fragile de la planète.
© Marie Jacquemin / Greenpeace
Lueur d’espoir
Jeudi dernier, en pleine COP17, l’ONU a publié la toute première évaluation mondiale des efforts entrepris pour réparer les écosystèmes dégradés de la planète : 149 pays sont en train de restaurer près de 252 millions d’hectares de nature, soit une surface représentant cinq fois la taille de la France métropolitaine. Un niveau inédit ! La restauration des forêts, des terres agricoles, des zones humides et des écosystèmes aquatiques ont déjà contribué à la création de plus d’un million d’emplois.
Cependant, l’ONU souligne qu’au rythme actuel, les engagements internationaux risquent de rester hors de portée. En effet, l’accord de Kunming-Montréal prévoit la restauration d’environ un milliard d’hectares d’ici à 2030. Là encore, les États doivent donc accélérer leurs efforts.
Au Brésil, la réélection de Lula de bon augure pour l’Amazonie
« Le Brésil décide du Brésil. Pendant l’entre-deux tours, les Brésilien·nes manifestent à São Paulo devant le siège de META, soupçonné d’ingérence dans l’élection présidentielle.
© Felipe Beltrame / Greenpeace
Entre les deux tours, le gouvernement brésilien a annoncé que la déforestation sur un an en Amazonie avait atteint son plus bas niveau depuis le début des relevés en 1988, grâce notamment au renforcement des moyens de contrôle et à la reprise des politiques de lutte contre les destructions illégales. Cette réélection ne règle toutefois pas toutes les difficultés. Les pressions économiques sur les territoires forestiers persistent, notamment autour de l’exploitation pétrolière et minière. Le gouvernement devra aussi composer avec un Congrès où les intérêts favorables à l’assouplissement des règles environnementales restent puissants.
Lueur d’espoir
En Europe, le règlement contre la déforestation “importée” (c’est-à-dire la destruction des forêts tropicale liée à nos importations de produits issus de la destruction des forêts, comme le cacao, le bœuf, le soja, etc.) devrait enfin entrer en application le 30 décembre 2026. Pour rappel, ce règlement ambitieux adopté en 2023 a été retardé et affaibli par les eurodéputé·es de droite et d’extrême droite. L’Union européenne, qui compte environ 5,5 % de la population globale, est responsable de 10 % de la déforestation mondiale, et de 16 % de la déforestation liée au commerce international.
Aires marines protégées : une protection qui reste sur le papier
Tortue luth sur la plage d’Awala-Yalimapo, en Guyane.
© Jody Amiet / Greenpeace
Si les tendances actuelles se poursuivent, la couverture marine protégée pourrait n’atteindre qu’environ 12 à 15 % en 2030, bien loin de l’objectif de 30 %. Ces chiffres rappellent une évidence trop souvent oubliée : tracer les limites d’une aire marine protégée sur une carte n’est pas suffisant.
Lueur d’espoir
Greenpeace International propose de créer un réseau connecté de sanctuaires marins dans l’Atlantique. Ainsi, 17 sites susceptibles de former un réseau couvrant plus de 31 % de la haute mer de cet océan ont été identifiés. L’objectif est de protéger les zones essentielles à la biodiversité et de mieux prendre en compte les déplacements des espèces migratrices, qui ne s’arrêtent pas aux frontières maritimes.
L’étude s’intéresse notamment aux tortues luths, dont le parcours est menacé par les captures accidentelles liées à la pêche industrielle, et aux baleines à bosse, exposées aux collisions avec les navires. Selon Greenpeace International, le réseau proposé pourrait protéger plus de 35 % des zones de danger identifiées pour les tortues luths et près de 45 % de celles identifiées pour les baleines à bosse dans la haute mer de l’Atlantique.
Ce projet s’appuie sur une victoire majeure : l’entrée en vigueur, le 17 janvier 2026, du traité international sur la haute mer, qui ouvre la voie à la création d’aires marines protégées au-delà des juridictions nationales.
En Manche-Est, une avancée pour mieux protéger les zones côtières
Fin 2024, à bord du Witness, Greenpeace document les activités de pêche de méga-chalutiers dans les aires marines protégées de la Manche.
© Pierre Larrieu / Greenpeace
Cette mesure n’a donc pas encore été officiellement adoptée, mais elle répond à la pression croissante exercée par les grands navires sur les zones de pêche côtière. Les ravages de la pêche industrielle avaient notamment été mis en lumière par une expédition de Greenpeace fin 2024 au sein d’aires marines protégées du Nord de la France, notamment dans la zone concernée par la mesure d’interdiction.
Lueur d’espoir
La Cour des comptes de l’Union européenne a confirmé, dans un rapport publié fin octobre, ce que dit Greenpeace depuis des années sur les aires marines protégées : elles n’ont de “protégées” que le nom et ne garantissent pas une protection intégrale lorsque des activités industrielles nocives y sont autorisées. Les recommandations de l’institution, dont le siège est à Luxembourg, vont dans notre sens, à savoir instaurer une protection intégrale et une continuité des zones de protection afin de créer un réseau d’aires marines intégré, mieux à même de préserver la vie marine.
Protéger la biodiversité, c’est agir sur les pressions qui la menacent
Les actualités de ces derniers jours dessinent une même ligne de fracture. À Erevan comme à Luxembourg ou au Brésil, elles montrent que la biodiversité n’a pas besoin de nouvelles promesses sur le papier : elle a besoin de protections qui existent réellement sur terres comme en mer.
Les prochaines échéances : du 9 au 20 novembre 2026, les États se retrouveront à Antalya, en Turquie, pour la COP31 sur le climat. Cette conférence devra permettre d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de renforcer les financements climatiques et de faire avancer la transition hors des énergies fossiles. La protection des forêts et des écosystèmes devra également y occuper une place centrale : climat et biodiversité sont indissociables. Puis, du 11 au 22 janvier 2027, New York accueillera la première COP sur les océans. Cette première conférence devra poser les bases de la création de véritables sanctuaires marins dans les eaux internationales.
Des côtes de la Manche aux profondeurs de l’Atlantique, des forêts amazoniennes aux écosystèmes en restauration, les solutions existent et des avancées sont possibles. Mais elles ne suffiront pas si les gouvernements continuent de repousser les décisions difficiles. La COP31 et la première COP Océans devront être des moments de vérité : protéger réellement le vivant suppose de remettre en cause les activités qui le détruisent, de mobiliser les financements nécessaires et de faire primer l’intérêt collectif sur les intérêts économiques de court terme.