COP17 : des obstacles majeurs persistent pour enrayer le déclin de la biodiversité

La COP17 qui s’est terminée samedi 31 octobre en Arménie a certes tracé la voie pour mettre en œuvre le Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, mais n’aura hélas pas apporté de réponse à la hauteur de l’urgence.

 

Alors que les différents objectifs de protection sont établis à l’horizon 2030 et que la date approche à grands pas, les efforts déployés pour enrayer le déclin de la biodiversité sont largement insuffisants sur les financements mobilisés, comme sur les droits des peuples autochtones.

L’héritage réel de la COP17 se mesurera, en fin de compte, aux progrès concrets réalisés sur le terrain.

Pour An Lambrechts, experte en politiques biodiversité chez Greenpeace International : « La COP17 a permis des progrès concrets, mais le rythme et l’ampleur des mesures actées restent en deçà de ce qu’exige la crise de la biodiversité. Les promesses politiques faites à Erevan ne permettent pas de lever les principaux obstacles à leur mise en œuvre, tels que l’insuffisance des financements, les contraintes budgétaires et d’endettement, les caisses quasi vides du Fonds de Cali et la réforme urgente des subventions néfastes.

Le secteur privé doit lui aussi être tenu pour responsable. Il y a deux ans, les grandes entreprises ont tout mis en œuvre pour que le Fonds de Cali reste un mécanisme volontaire, puis ont tout fait pour empêcher ce fonds d’intervenir à Erevan. Il est inacceptable que les multinationales engrangent d’énormes profits grâce à ce qu’elles prélèvent dans la nature, tout en contribuant très peu à sa protection et en laissant les populations du monde entier faire face seules aux conséquences de la crise de la biodiversité. »

Bonaventure Bono, chargé de campagne forêts et biodiversité chez Greenpeace Afrique, a déclaré : « La COP17 n’a pas reconnu le droit à l’autodétermination des peuples autochtones et des communautés locales, et n’a pas non plus adopté de formulation ferme concernant leurs droits. Les gouvernements ne peuvent pas prétendre être en bonne voie pour atteindre les objectifs de biodiversité fixés pour 2030, alors qu’ils minimisent les droits et les contributions de ceux qui protègent la nature. Créer des espaces institutionnels pour les peuples autochtones et les communautés locales ne suffit pas. Ce qui importe, c’est leur garantir une influence réelle sur la gouvernance, une participation significative, une représentation équitable et la capacité de prendre des décisions concernant leurs territoires, leurs droits et leur avenir. On ne doit pas priver ceux qui protègent la biodiversité du pouvoir de façonner son avenir. Sans leurs droits, leur leadership et leur autodétermination, les objectifs de 2030 resteront hors de portée. »

Pour Camila Jardim, experte en politique chez Greenpeace Brésil : « La COP17 envoie un signal fort en faveur de la protection des forêts du monde entier. Les crises climatiques et de biodiversité constituent deux urgences jumelles qui exigent des réponses coordonnées – et les forêts se trouvent au cœur de ces crises. Il est essentiel de mettre un terme à la déforestation et d’inverser la tendance d’ici 2030 pour limiter le réchauffement climatique, renforcer la résilience climatique et protéger les forêts à haute intégrité. L’échéance de 2030 approche à grands pas et les gouvernements doivent accélérer les progrès vers les objectifs climatiques et de biodiversité afin d’éviter de dépasser des limites non négociables. Dans ce contexte critique, le lancement prochain de la Feuille de route forestière 2030, juste avant la COP31, offre une occasion majeure de commencer à remédier à la fragmentation de la gouvernance forestière. Située à la croisée du climat et de la nature, cette feuille de route peut générer la dynamique politique nécessaire pour renforcer la transparence, garantir une participation inclusive – en particulier pour les peuples autochtones et les communautés locales – et susciter un changement significatif. »

Jehki Härkönen, conseiller politique senior chez Greenpeace Nordic, a déclaré : « Les résultats du bilan d’étapes établi par la COP montrent clairement que les gouvernements ont fait des progrès lamentablement lents en matière de protection des océans, et qu’ils doivent de toute urgence accélérer leurs actions sur leur territoire et en haute mer pour être en bonne voie d’atteindre les objectifs de biodiversité pour 2030. Aujourd’hui, seul un infime pourcentage des océans est réellement protégé contre les énormes navires de pêche industrielle qui prélèvent chaque année des millions de tonnes de produits de la mer dans nos océans. »


Désormais, les gouvernements doivent profiter de la première COP sur les océans qui se tiendra à New York en janvier prochain pour traduire leurs engagements en mesures de protection concrètes, en créant de vastes aires marines protégées interdites à la pêche industrielle et à d’autres activités destructrices. Il s’agit là d’une occasion cruciale de rattraper le temps perdu et d’offrir à la vie marine l’espace dont elle a besoin pour se remettre de décennies de destruction.