TotalEnergies s’enrichit, la France suffoque : des ONG appellent à taxer les géants du pétrole et du gaz pour financer l’action climatique.

Climat, Énergies, Pétrole, gaz et charbon

Greenpeace France – 350.org – CCFD-Terre Solidaire – Notre Affaire à Tous – Réseau Action Climat – Oxfam France

TotalEnergies annonce aujourd’hui avoir fait 5,4 milliards de dollars de bénéfices au second trimestre 2026, soit une progression de 102% par rapport au second trimestre 2025. Alors que la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents.

Greenpeace France, 350.org, le CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, le Réseau Action Climat et Oxfam France rappellent l’urgence de taxer les profits des multinationales du pétrole et du gaz, afin de dégager les financements nécessaires pour soutenir les communautés qui paient le prix de l’inaction climatique et pour accélérer la transition vers la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables produites dans le respect des droits humains.

Des militant·es de 350.org déploient une banderole à La Défense, à proximité du siège de TotalEnergies, pour dénoncer la responsabilité des géants des énergies fossiles dans la crise climatique et exiger une taxation plus forte de leurs profits le 22 juillet 2026 – © Rémy El Sibaïe/350.org

Pour le deuxième trimestre consécutif, TotalEnergies profite de l’envolée des prix du pétrole provoquée par la guerre au Moyen-Orient. La crise énergétique lui a largement bénéficié, tandis que des millions de ménages ont peiné à se fournir en carburant. Le prétendu geste de solidarité sur le plafonnement des prix à la pompe dans les stations TotalEnergies n’aura coûté à l’entreprise que l’équivalent de 4% de ses profits du premier trimestre 2026.

Ces profits sont rendus publics alors que la France traverse un été marqué par des feux gigantesques, une sécheresse historique, et trois épisodes caniculaires en moins de deux mois avec des températures qui ont dépassé 40°C dans de nombreuses régions et des records absolus battus en juillet comme en juin. Les climatologues sont formels : la répétition et l’intensité de ces événements extrêmes sont directement liées à la combustion des énergies fossiles. Figurant parmi les 20 entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, TotalEnergies continue de développer massivement les énergies fossiles, qui représentaient 97% de sa production d’énergie et 82% de ses investissements en 2025. Pire, la major pétrolière prévoit une hausse de la production d’hydrocarbures à l’avenir, exacerbant les risques climatiques et agissant à l’encontre de la sécurité des populations.

L’ensemble des multinationales pétro-gazières affichent ou vont afficher des profits records sur le deuxième trimestre 2026 tandis que les sinistré·es sont bien souvent laissé·es seul·es face aux coûts des catastrophes climatiques. Les ONG demandent à redistribuer une partie des profits des entreprises polluantes en les taxant durablement à l’échelle internationale, ce qui permettrait de fournir des réparations et des moyens aux communautés qui paient actuellement le prix fort. Selon un sondage réalisé pour Oxfam, 75 % des Français sont favorables à une taxation renforcée des entreprises du secteur des énergies fossiles afin de financer la transition écologique.

Le cinquième cycle de négociations sur la Convention des Nations unies sur la coopération fiscale internationale débutera le lundi 3 août à New York. Ce forum véritablement multilatéral doit aboutir en 2027 à un traité mondial pouvant mettre fin à l’évasion et à l’opacité fiscales des multinationales. Il doit aussi permettre d’instaurer des règles et des mécanismes de taxation plus justes, au bénéfice notamment des pays les plus touchés par la crise climatique, tout comme de la France, qui subit également des pertes immenses liées à l’évasion fiscale. Les gouvernements pourraient y décider très concrètement de faire payer les multinationales pétro-gazières pour leur contribution à la crise climatique et ainsi financer durablement la protection des populations face aux risques climatiques. À ce jour, la France s’est montrée peu constructive, peu ambitieuse et freinante dans ces négociations, notamment pour inscrire le principe de pollueur-payeur dans le texte de la Convention.

La réécriture de règles fiscales internationales plus justes et l’instauration de taxes supplémentaires pourraient financer l’adaptation des villes, des territoires et des logements pour les rendre plus résilients face aux canicules, la reconstruction des habitations et des infrastructures touchées par les événements climatiques extrêmes, la transition vers un système énergétique sobre, renouvelable et décentralisé qui ne porte pas atteinte aux droits humains tout au long de sa chaîne d’approvisionnement. Selon Eurodad, une nouvelle taxe mondiale de 20 % sur les bénéfices des plus grandes compagnies pétrolières et gazières — appliquée de manière juste et équitable, avec des taux augmentant progressivement au fil du temps — pourrait rapporter plus de 100 milliards de dollars par an au cours de ses premières années d’existence. De plus, avec ces nouvelles taxes, polluer deviendrait moins profitable pour les majors pétro-gazières et leur modèle commencerait à s’effriter, permettant d’accélérer la sortie des énergies fossiles dont nous avons besoin pour limiter les impacts du dérèglement climatique.

Les ONG revendiquent également une taxation plus forte et efficace des profits de l’industrie fossile au niveau national dans le cadre de la loi de finances 2027 qui sera débattue à l’automne, afin de ne pas faire peser le coût des dégâts climatiques sur les ménages et de renforcer les services publics mis à mal pendant les canicules. Aujourd’hui, le gouvernement français a le choix : gérer les conséquences de chaque nouvelle crise dans l’impréparation, ou agir en amont en faisant payer les responsables pour financer des politiques de prévention et de transformation écologique et climatique.