Total fait du sale - la finance complice ?

Alors que le PDG de Total a récemment proposé à ses actionnaires de changer le nom de la major pétrolière en TotalEnergies, Reclaim Finance et Greenpeace France publient un rapport qui passe au crible les promesses climatiques du groupe et présente les pistes d’actions possibles pour les acteurs financiers soucieux de répondre à l’urgence climatique.

Le rapport ‘Total fait du Sale : La Finance complice ?’ révèle qu’en 2020, Total a produit 447 unités d’énergies fossiles contre 1 d’énergies renouvelables – les énergies fossiles représentent ainsi plus de 99,7% de son mix. Cet ordre de grandeur devrait très peu changer sur les 10 années qu’il nous reste pour opérer les transformations nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5°C. En effet, l’évolution de la production de Total nous amène vers une augmentation de + de 50% de cette dernière entre 2015 et 2030. En 2030, les émissions de CO2e de Total devraient excéder de 200Mt les émissions maximales autorisées pour s’aligner sur une trajectoire à 1,5°C.

“Investir dans Total, c’est investir dans un futur carboné et une bonne dose de greenwashing. Son nom peut évoluer mais sa mission, elle, n’a pas changé : avec 90% de ses investissements orientés vers les énergies fossiles, Total compte brûler la planète pour ses profits pendant de nombreuses années” commente Lucie Pinson, fondatrice et directrice de Reclaim Finance.

Le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a appelé les acteurs financiers, lors du Climate Finance Day de 2020 à se doter de politiques de sortie des pétrole et gaz non conventionnels (2), lesquels couvrent notamment l’Arctique où Total développe cinq nouveaux projets.

“Qu’ils désirent protéger le climat ou leurs dividendes, se prémunir des risques financiers liés aux énergies fossiles ou répondre à la demande du Ministre, les acteurs financiers n’ont pas d’autre choix que de forcer Total à mettre le holà dans sa stratégie d’expansion des hydrocarbures” poursuit Lucie Pinson.

Un nombre croissant d’acteurs financiers s’engagent à atteindre la neutralité carbone (net-zero) et à aligner leurs activités avec l’objectif de 1,5°C. La manière dont ils adaptent leur relation à Total SE (3) est un bon indicateur de la sincérité de leurs engagements, et des défis liés à leur succès.

“L’ambition de la major d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 n’est que de la poudre aux yeux. Jusqu’à présent, certains actionnaires ont peut-être été dupés par l’enfumage de Total. Ils seront demain tous complices de ses activités climaticides s’ils ignorent les chiffres dévoilés dans notre rapport. Nous les appelons à poursuivre la voie ouverte par d’autres lors de la dernière Assemblée générale et à déposer une nouvelle résolution climat ambitieuse et contraignante en vue de celle de mai ”
conclut Edina Ifticene, chargée de campagne pétrole chez Greenpeace France.

Notes
1. Le rapport est disponible sur demande.
2. Voir l’allocution de Bruno Le Maire au Climate Finance Day 2020.
3. Les 4 plus grosses banques françaises ont accordé plus de 16 milliards de dollars de financements à Total SE entre 2016 et 2020. Crédit Agricole en est le premier avec 7,3 milliards de dollars de financements, suivis de BNP Paribas avec près de 6 milliards de dollars. Les investisseurs français détiennent quant à eux plus de 13,8 milliards de dollars d’investissements dans Total SE. En détenant près de 9,7 milliards de dollars d’investissements dans Total, notamment via le Plan Epargne Entreprise, Amundi – le gestionnaire d’actif du Crédit Agricole – est aussi le 2ème actionnaire au monde de Total après BlackRock. L’année dernière, BNP Paribas AM avait contré la résolution avant de s’abstenir et Amundi, AXA, Natixis et Lyxor avaient tous voté contre la résolution climat déposée à l’AG de Total.