Assemblée sur l’exploitation minière en eaux profondes : 46 pays en faveur d’un moratoire, mais aucune condamnation des activités illégales

Océans

La 31e session de l’Assemblée de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) à Kingston en Jamaïque s’est achevée cette semaine sur un bilan décevant. Les gouvernements n’ont pas condamné les activités potentiellement contraires au droit international menées par des entreprises comme la société canadienne The Metals Company et la multinationale Allseas, qui agissent avec le soutien de Donald Trump.

Un des rares résultats positifs de cette assemblée : l’île Maurice, le Mozambique et la République du Congo ont rejoint ces derniers jours la liste des pays en faveur d’un moratoire sur l’exploitation minière en eaux profondes. Désormais, 46 États s’opposent à cette industrie destructrice, dont la France.

On peut également se réjouir que l’AIFM n’ait pas encore adopté le code minier destiné à encadrer l’exploitation minière des grands fonds marins. En l’absence de ce cadre juridique, aucune autorisation d’exploitation ne peut être délivrée, et toute exploitation industrielle continue donc de constituer une violation du droit international.

C’est pourtant cette voie que cherchent à emprunter des entreprises telles que The Metals Company, s’appuyant sur un décret promulgué par le président américain Donald Trump.

Les États membres de l’AIFM ont manqué l’occasion de condamner ces démarches potentiellement contraires au droit international. Ils ont en outre renforcé la place des entreprises minières au sein de l’organisation en leur accordant désormais un statut d’observateur.

« L’AIFM a activement déroulé le tapis rouge à des entreprises sans scrupules, récompensant The Metals Company et sa filiale NORI malgré leur mépris flagrant du droit international. Ouvrir les portes de l’AIFM à des prestataires commerciaux pour leur permettre de participer en tant qu’observateurs constitue un conflit d’intérêts scandaleux et renforce la mainmise d’entreprises privées sur une organisation qui était censée préserver le patrimoine commun de l’humanité« , souligne François Chartier, chargé de campagne océans pour Greenpeace France.

Greenpeace exhorte les pays à assumer immédiatement leurs responsabilités au niveau national et à prendre des mesures contre toute entreprise ou tout État lié à l’exploitation minière unilatérale, afin d’empêcher le développement de chaînes d’approvisionnement illégales issues de l’exploitation minière en eaux profondes.

Par ailleurs, grâce à l’initiative de l’État insulaire de Vanuatu, l’AIFM a reconnu l’urgence de renforcer la recherche scientifique des grands fonds marins. Plus de 940 scientifiques issus de 70 pays se sont déjà prononcés contre l’exploitation minière en eaux profondes.

« Plutôt que de se laisser séduire par l’illusion de gains financiers exceptionnels provenant d’une industrie prédatrice, Maurice, le Mozambique, la République du Congo et Vanuatu, ainsi que leurs alliés redéfinissent ce qu’est un véritable leadership mondial. En faisant passer la science, la santé des océans et la gouvernance multilatérale avant l’exploitation à court terme, ces pays prennent position contre une extraction toujours plus irresponsable et montrent au monde entier que la véritable prospérité réside dans la protection des écosystèmes marins » ajoute Rae Bainteiti de Greenpeace Australia Pacific.