Tchernobyl : l’héritage toxique du nucléaire face à la guerre

Le 26 avril prochain marquera les 40 ans de la catastrophe de Tchernobyl, une des pires catastrophes nucléaires de l’histoire.

L’héritage radioactif de cette zone contaminée est devenu encore plus dangereux depuis le début de l’invasion globale de l’Ukraine par la Russie en février 2022. L’occupation temporaire de Tchernobyl par les troupes russes, puis l’attaque de l’arche de confinement par un drone russe ont dégradé la situation de cette zone déjà vulnérable, source de danger pour la population aux alentours. Greenpeace suit l’évolution de la situation depuis le premier jour et travaille à la documentation des crimes de guerre et attaques russes sur la zone.

Dans un nouveau rapport, Greenpeace Ukraine documente les conséquences de l’attaque menée par un drone russe l’année dernière sur l’arche de confinement, construite par la communauté internationale pour protéger de l’humidité et de la corrosion les vestiges du réacteur n° 4 accidenté sous son sarcophage, assurer une protection contre les risques nucléaires et garantir des conditions permettant un démantèlement du sarcophage dans l’objectif de neutraliser le risque inhérent à cette situation pour l’environnement et la population.

Les dégâts de cette attaque vont encore retarder la mission périlleuse de démantèlement. Le rapport de Greenpeace illustre également la menace que constitue la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine pour les efforts internationaux visant à réparer les graves dommages subis par l’arche de confinement. Sans la mise en œuvre rapide de réparations, le sarcophage court un risque accru d’effondrement.

Télécharger le rapport ici :“The impact of the Russian drone attack on the Chornobyl New Safe Confinement »

Pauline Boyer, chargée de campagne Nucléaire et Transition énergétique pour Greenpeace France, s’est rendue récemment à deux reprises en Ukraine et à Tchernobyl :

« Aujourd’hui, les risques radioactifs de Tchernobyl persistent, malgré tous les efforts déployés pour contenir et gérer son héritage toxique. Il s’agit de défis d’une complexité extrême. La frappe de drone russe a accru le risque d’effondrement du sarcophage avant qu’il ne puisse être démantelé avec précaution. Ce qu’il se passe à Tchernobyl illustre la vulnérabilité que représentent ces terres contaminées pour la population ukrainienne. La catastrophe est toujours en cours, et sa dangerosité est accentuée par les risques liés à la guerre. »

L’Ukraine et les pays et organismes donateurs internationaux d’un nouveau programme de financement se sont mis d’accord sur un calendrier de quatre ans pour réaliser les analyses préalables nécessaires et les travaux de réparation de l’arche de confinement [1]. Cependant, la centrale de Tchernobyl est constamment menacée par les missiles et les drones russes, avec des risques élevés de coupures de l’alimentation électrique. Dans un tel contexte de guerre, il est pratiquement impossible de lancer des travaux d’ingénierie de grande envergure sur le site.

« Il est très difficile pour le public d’imaginer la dangerosité extrême des conditions à l’intérieur du sarcophage, qui abrite des tonnes de combustible nucléaire, de poussières et de débris hautement radioactifs. Mes collègues et moi avons passé des années à enquêter à l’intérieur des ruines du réacteur n° 4 de Tchernobyl. Nous avons conçu et construit le nouveau confinement afin de protéger l’environnement et les populations d’Ukraine et d’Europe. Il est urgent de prendre toutes les mesures nécessaires pour rétablir autant que possible les fonctions essentielles de l’installation », a déclaré l’auteur du rapport Eric Schmieman, ingénieur qui a travaillé de nombreuses années à Tchernobyl à la conception et à la construction de l’arche de confinement.

Dès le premier jour de l’invasion russe à grande échelle, des employés de Rosatom, la société d’État russe chargée de l’énergie nucléaire, ont participé à l’attaque et à l’occupation de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Quelques jours plus tard, l’armée russe attaquait et s’emparait de la centrale nucléaire de Zaporijia avec le renfort des employés de Rosatom. Quatre ans plus tard, Rosatom occupe toujours illégalement la centrale nucléaire de Zaporijia.

« Malgré l’implication de Rosatom dans les attaques et occupations de Tchernobyl et Zaporijia, toutes les tentatives visant à obtenir des sanctions internationales contre cette entreprise criminelle ont été bloquées, principalement par la France et la Hongrie. Pour Greenpeace, l’attaque russe contre Tchernobyl doit être punie, notamment par des sanctions européennes contre Rosatom, que ce soit sur le commerce d’uranium ou l’interdiction de la construction de nouvelles centrales nucléaires russes en Europe (comme à Paks en Hongrie) », ajoute Pauline Boyer.

Note aux rédactions

Le 9 avril, une équipe d’enquêteurs de Greenpeace a tenu une réunion d’information conjointe avec le directeur de la centrale de Tchernobyl Serhii Tarakanov à propos de la gravité de la situation de la centrale suite à l’attaque russe sur l’arche de confinement, et du risque d’effondrement du sarcophage qui en résulte. Le rapport de Greenpeace sera transmis au bureau du procureur général d’Ukraine comme preuve indépendante des crimes de guerre commis par la Russie.