Les changements climatiques font leur retour à l'agenda de la conférence de Da

Climat

Encore un Davos (à fredonner sur un air connu)

Les changements climatiques font leur retour à l’agenda de la conférence de Davos cette année … On imagine d’ores et déjà l’issue des discussions : la question climatique est « très urgente » et « extrêmement inquiétante« . La « situation devient de plus en plus tendue » et « nous, devons agir ».

Les dirigeants des grandes entreprises diront que les leaders politiques doivent prendre la mesure de l’urgence et passer aux actes. Les dirigeants politiques diront que les entreprises doivent prendre conscience que leur rôle est crucial. Des vœux de réduction d’impacts sur le climat seront prononcés avec ferveur, à l’unanimité. Puis chacun, dirigeants d’entreprises et responsables politiques, soulignera combien il fait déjà beaucoup sur son terrain, affirmant que les autres doivent désormais s’engager. Et ils se sépareront, sans même s’être demandé pourquoi il ne se passe rien sur le front climatique mondial.

PEA

Cette année encore, Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, est invité à participer au Forum Économique Mondial pour, comme il le dit lui-même, « ajouter une pincée de participation du public« .

Et il est au rendez-vous de Davos, cette année encore, pour saisir cette opportunité de dire la vérité aux détenteurs du pouvoir, pour les interpeller en tant que parents, grands-parents ou même êtres humains, pour tenter de s’adresser à eux en voyant plus que les puissants politiciens et chefs d’entreprise. Pour, une fois de plus, tenter de faire comprendre au monde économique qu’il ne faut pas combattre les symptômes. Mais combattre les causes.
Pour leur dire que des décisions s’imposent, en matière d’égalité sociale ET de crise environnementale. C’est d’ailleurs ce qu’a reflété l’attribution des Publics Eyes Awards, ce 23 janvier, à Gap pour son irresponsabilité sociale et à Gazprom pour son irresponsabilité environnementale.

Cette année, le sommet de Davos affiche pour ambition de « refaire le monde »… Bonne nouvelle.

Car comme le souligne Oxfam dans un rapport publié la veille du forum, les 85 plus grandes fortunes du monde possèdent autant que la moitié la moins riche de la population mondiale.
Il est donc grand temps de réduire les inégalités, et à Davos on a le sens du partage : seuls 15% des participants sont des femmes, et une large majorité de représentants viennent d’Amérique du Nord. 

Une impression de déjà vu à la lecture de ces paragraphes ? C’est normal. Nous avons déjà vécu tout cela. Plusieurs fois.

Une nouveauté va cependant intervenir en ce Davos 2014 : le forum offre à José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, une formidable tribune pour faire la promotion des propositions de la Commission sur le Paquet Énergie-Climat 2030, présentées le 22 janvier.

Une proposition à minima, qui montre que l’UE a perdu ses ambitions sur le climat.

Les objectifs sont très éloignés de ce que la science recommande pour limiter les hausses de températures. L’objectif proposé en matière d’énergie renouvelable est un objectif faible, non contraignant pour les États membres. Pas d’objectif national, aucun État ne sera comptable de la tenue de l’objectif renouvelable de 27%. Un non-objectif, en somme.
La Commission européenne, en visant si bas, n’a donc plus de levier vis-à-vis des pays émergents lors des négociations internationales.
Quant aux 40 % de baisse des émissions européennes, c’est décevant : il faudrait une diminution d’au moins 55% d’ici à 2030 pour que l’Europe fasse sa part de l’effort mondial !

Mais ces vérités politiques, ces vérités scientifiques, n’empêcheront en rien José Manuel Barroso d’être le VRP de cette Europe climatique à minima à Davos.

Quel rôle pour la France ?

Alors qu’elle a choisi d’accueillir la prochaine COP sur le climat en 2015, la France a refusé de soutenir un objectif européen contraignant concernant les renouvelables. Une attitude des plus hypocrites.

Cette mauvaise position n’est malheureusement pas une surprise. Le gouvernement français reste sous l’influence des grands groupes français de l’énergie – EDF et GDF en tête – qui lui soufflent à l’oreille que la future réglementation européenne ne doit pas menacer la prépondérance du nucléaire en France, ni les ventes de réacteurs nucléaire dans les autres pays (GDF fait du nucléaire en Belgique notamment). Gérard Mestrallet et Pierre Moscovici, tous deux présents à Davos, aborderont-ils peut-être à nouveau le sujet ?

La France entretient le flou sur ses intentions concrètes concernant la place des renouvelables sur son territoire et en Europe, au plus grand bénéfice des défenseurs du statu quo. Une fois de plus, en France, les industriels de l’énergie semblent être les vrais décideurs de la politique énergétique nationale.

Greenpeace demande à la France d’appeler sans attendre à l’adoption d’un trio d’objectifs contraignants pour l’Europe en 2030 : 
– 45% d’énergies renouvelables
– 40% d’efficacité énergétique
– 55% de réduction des gaz à effet de serre

Des objectifs que la France doit porter, en Europe, et à Davos !