Nous organisons une action directe non-violente pour pousser les responsables politiques et économiques à débattre et agir - Greenpeace et des étudiants locaux défilent pour exiger la protection des mangroves. Quito, Equateur.

La non-violence, réponse à l’urgence d’agir

L’urgence à sortir d’un système destructeur pour la planète, l’humanité et le vivant interroge les façons d’agir. Que peut la non-violence face aux injustices sociales et climatiques, montantes et insupportables ? De nouvelles victoires sont-elles possibles avec l’action directe non-violente ? Nous en sommes convaincue·s. Voici pourquoi.  

La non-violence : mode d’emploi

Comment se battre contre les injustices qui brutalisent la vie sur Terre ? Naturellement préoccupées par cette question, nombre de personnes pratiquent la non-violence, parfois sans le savoir. La non-violence est utilisée comme technique de lutte sociale, écologique et politique. Grève, manifestation, non-coopération, boycott, ou encore désobéissance civile : les déclinaisons sont nombreuses. Les principes de la non-violence permettent aussi de résoudre des conflits (à l’échelle sociétale ou personnelle) et s’appliquent notamment dans le champ de la communication, comme l’explique la formatrice Nathalie Achard dans cette interview vidéo sur la communication non-violente.

Action directe : s’interposer, jusqu’où ?

Notre méthode consiste à d’abord dialoguer avec les industriels, les entreprises ou les gouvernements pour lever une menace ou résoudre une injustice. Si nous estimons que nous n’avons pas été entendus, nous organisons une action directe non-violente pour pousser les responsables politiques et économiques à débattre et agir. Lors d’une action, la sécurité du public ou des personnes ciblées par Greenpeace sont primordiales. Côté activistes, le risque zéro n’existe pas. Ce sont des activistes formé·es et entraîné·es qui n’hésitent pas à prendre des risques pour défendre l’environnement, mais toujours dans le respect d’un consensus d’action non-violente.

Quelles sont les règles d’une action non-violente ?

  • Aucune agression physique de la part des participant·es : nous ne portons jamais atteinte à l’intégrité physique des personnes. Nous ne répondons pas à la violence par la violence.
  • Aucune violence psychologique ou morale : nous ne commettons pas d’agression verbale ou non-verbale, pas de geste insultant, pas d’attitude méprisante ou d’incitation à la violence.
  • Nous assumons que la réalisation et le succès de certaines actions rendent parfois nécessaires des dégradations matérielles, les plus légères possibles, même si de telles dégradations ne sont pas l’objectif de l’action. Ces cas exceptionnels se réfléchissent en amont, si aucune alternative n’a été trouvée pour assurer la réussite d’une action directe non-violente afin d’alerter sur un sujet d’intérêt général.
  • Nous agissons à visage découvert, car nous assumons nos actions.
Nous organisons une action directe non-violente pour pousser les responsables politiques et économiques à débattre et agir

© Greenpeace / Clive Shirley

La non-violence, c’est ne pas craindre d’être dans l’affrontement

La protestation non-violente fonctionne parce qu’elle est conflictuelle, qu’elle crée une perturbation. Toute manifestation ou action non-violente a pour objectif de déranger, sinon il serait facile de l’ignorer. C’est pour cela que les manifestations ou actions non-violentes relèvent parfois de la désobéissance civile : on peut être amené à enfreindre la loi, justement pour prouver qu’elle est injuste. Rappelez-vous que l’esclavage a un jour été légal, le vote des femmes illégal, et que désobéir peut faire évoluer la loi. A ce sujet, le philosophe Jean-Marie Muller écrit : “L’obéissance à la loi ne dégage pas le citoyen de sa responsabilité. La démocratie exige des citoyens responsables et non pas des individus disciplinés. Celui qui se soumet à une loi injuste porte une part de la responsabilité de cette injustice. Ce qui fait l’injustice, ce n’est pas tant la loi injuste que l’obéissance à la loi injuste.”

Répondre à la violence par la violence est contre-productif

Le système capitaliste, orienté vers l’accumulation de richesses, est extrêmement violent pour le vivant, tant pour la biodiversité que les écosystèmes et les humains. En réaction aux injustices et à la violence sociale qui mettent à mal nos sociétés, certaines personnes recourent à des stratégies d’action violente. Si nous comprenons la colère, nous pensons que son expression dans la violence est contre-productive. D’une part, la violence offre à l’adversaire des arguments pour discréditer un combat. D’autre part, comment défendre un monde non-violent, si nous l’acquérons par la violence ? Cela reviendrait à espérer “obtenir une rose en plantant une mauvaise herbe”, pour reprendre les mots de Gandhi.

 

Face à la violence, la force de la persuasion

La non-violence n’est pas la solution des “mous” : elle exige une solide détermination associée à un réel courage pour résister aux pressions souvent violentes, verbalement ou physiquement, lors d’une action. Il s’agit d’être dans l’initiative, de prendre de court son adversaire, d’anticiper les scénarios possibles. C’est ainsi qu’opère la non-violence : elle établit un rapport de force qui déstabilise l’adversaire, le prend à contre-pied et le place dans un vrai dilemme, en se servant de ses failles. Alors se forme un équilibre entre force de la contrainte (qui émane de l’acteur violent) et force de persuasion (mise en œuvre par l’acteur non-violent).

La non-violence n’est pas la solution des “mous” : elle exige une solide détermination associée à un réel courage pour résister aux pressions souvent violentes, verbalement ou physiquement, lors d’une action.

© Greenpeace / Kurt Prinz

Déstabiliser l’adversaire, rassembler le plus grand nombre

La non-violence ne cherche pas à éviter le conflit. Elle permet de le faire émerger ou de le traverser en s’assurant du soutien du plus grand nombre et en créant de la confiance. Et ça marche : on pense à la lutte menée par Gandhi pour l’affranchissement de l’Inde du joug colonial, mais aussi aux actions de désobéissance civile de Martin Luther King ou de Rosa Parks, qui ont permis de mettre fin officiellement à la ségrégation raciale aux États-Unis. Plus récemment, les mouvements citoyens pour le climat ont permis de faire grandir la prise de conscience sur l’urgence écologique avec des actions de blocage non-violentes et souvent festives pour dénoncer l’immobilisme des États. Face à de telles actions, l’adversaire est forcément déstabilisé : 

  • S’il réagit avec violence face à une action non-violente, il se décrédibilise aux yeux de l’opinion publique. L’adversaire peut aussi faire appel à la justice, mais l’opinion publique se rallie souvent aux militant·es non-violent·es, car ils ne sont pas perçus comme une menace suffisante pour justifier cette répression. 
  • Si l’adversaire décide de ne pas réagir, cela peut être interprété comme un aveu de culpabilité.

La non-violence, fabrique de l’espoir et de l’imagination

Lorsque l’anthropologue Margaret Mead déclare : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens réfléchis, engagés et organisés puisse changer le monde ; en fait, c’est la seule chose qui l’ait jamais fait », elle ne pouvait se figurer qu’un jour aux États-Unis, des fans de la série télévisée « Jéricho » enverraient 20 tonnes de cacahuètes aux bureaux de la chaîne CBS pour protester contre la suppression de leur série favorite. Cet exemple semble banal, mais il montre l’essence de la non-violence : une cause commune, la pression du public, un objectif clair, la détermination, un acte perturbateur qui attire l’attention, et parfois le sens de l’humour. En l’occurrence, cet envoi massif de cacahuètes a finalement permis d’obtenir la deuxième saison tant réclamée !

Créer un monde non-violent : un projet permanent

Bienveillance et résistance sont les impératifs de la non-violence. Elle permet de révéler une situation d’injustice en créant les conditions du dialogue, afin que le conflit puisse être durablement résolu. En effet, la création d’un monde plus juste est un projet permanent, dans lequel chaque génération s’appuie sur le travail accompli précédemment. Ce projet ne sera jamais terminé. Mais la non-violence peut réellement apporter un changement durable… si durable que la société oublie parfois combien il a fallu lutter pour l’obtenir. C’est cette conviction et cette valeur qui unit les millions de personnes qui soutiennent et font Greenpeace depuis 50 ans. 

 

Pour aller plus loin sur la non-violence :

 

Crédit photo : © Greenpeace / Clive Shirley