Les fraudeurs ont trouvé le bon filon
Au cœur du système de fraude mis

Forêts

Amazonie : quel est le vrai prix de l’or ?

En cette période d’instabilité géopolitique, d’incertitude économique et de lutte croissante pour les ressources stratégiques, l’or s’impose plus que jamais comme la valeur refuge. Investisseurs, banques centrales et joailliers se l’arrachent, alimentant une demande mondiale toujours plus forte. Conséquence de cette nouvelle ruée vers l’or : l’orpaillage illégal prospère en Amazonie, au prix de forêts détruites, de rivières contaminées et de territoires autochtones menacés. Mais les pelleteuses ne sont pas les seules en cause, comme le révèle une enquête de Greenpeace Brésil. Des dispositifs légaux, destinés à la base à encadrer l’orpaillage artisanal, sont détournés pour permettre de « blanchir » l’or extrait illégalement et l’introduire, ni vu ni connu, dans les circuits commerciaux officiels.

Les fraudeurs ont trouvé le bon filon

Illegal Mining in the Sararé Indigenous Land in the Amazon.

Site d’orpaillage illégal sur le territoire autochtone Sararé, portant atteinte aux droits et aux conditions de vie du peuple Nambikwara. État du Mato Grosso, août 2024.
© Fabio Bispo / Greenpeace

Au cœur du système de fraude mis en lumière par l’enquête : les permis d’exploitation dite artisanale (Permissão de Lavra Garimpeira) délivrés par l’Agence brésilienne des mines, instaurés au départ pour réglementer l’orpaillage à petite échelle. Le problème, c’est que ces permis sont accordés sans études géologiques préalables qui permettraient d’avoir une idée du potentiel de production d’un site. Ainsi, il n’existe aucun moyen fiable de vérifier si les volumes d’extraction déclarés aux autorités pour un site donné sont réalistes, ou s’ils sont artificiellement gonflés pour donner une existence officielle à l’or extrait illégalement dans des zones où l’exploitation est interdite, comme les territoires autochtones et ou les aires protégées. Sans ce stratagème, l’or illégal n’aurait aucune valeur commerciale…
 
Greenpeace Brésil a analysé 187 permis d’exploitation minière délivrés entre 2018 et 2026, parmi lesquels 98 étaient des permis dits artisanaux (PLG) présentant des signes d’irrégularités, et concentrant 97 % de l’ensemble de l’or déclaré. Au total, ceux-ci ont généré l’extraction de 25,3 tonnes d’or déclarées, pour une valeur d’environ 3,14 milliards d’euros.
 

Conséquences environnementales et sociales

Action on Excavators Used by Illegal Mining in Indigenous Lands in the Amazon.

Des représentant·es des peuples autochtones et des activistes de Greenpeace Brésil mènent une action non-violente devant une usine de Hyundai, à Itatiaia, qui fournit des pelleteuses utilisées pour l’orpaillage illégal. État de Rio de Janeiro, avril 2023.
© Tuane Fernandes / Greenpeace

Les conséquences de ce système s’étendent bien au-delà des sites miniers eux-mêmes. D’après les survols réalisés par Greenpeace Brésil en 2025, l’orpaillage illégal avait détruit plus de 99 000 hectares de forêts situées en zones protégées ou en territoires autochtones,. L’exploitation minière illégale contamine les rivières au mercure, détruit la biodiversité, alimente les violences et accélère la dégradation de zones protégées. 
 
Les répercussions sont particulièrement graves pour les communautés autochtones. La contamination au mercure empoisonne les aliments et les sources d’eau, tandis que la violence liée à l’exploitation minière illégale perturbe la vie communautaire et sape la sécurité territoriale. Les femmes autochtones subissent souvent les conséquences les plus dures, notamment une recrudescence du harcèlement, de l’exploitation et des violences. Dans le territoire autochtone des Mundurukus, une étude récente a révélé que 98,5 % des femmes enceintes examinées présentaient dans leur organisme des taux de mercure alarmants.
 

Et la Guyane ?

La Guyane n’est pas épargnée par le phénomène. D’après certaines estimations, chaque année, plus de quatre tonnes d’or y seraient extraites illégalement par plus de 8000 personnes, pour la plupart venant du Brésil, causant la destruction de près de 500 hectares de forêts. L’utilisation illégale du mercure entraîne une grave contamination des rivières, et de l’ensemble de la chaîne alimentaire dont dépendent plusieurs communautés, en particulier des peuples Wayana, Wayampi et Teko

Si l’or extrait illégalement de Guyane passe principalement par le Suriname, une partie est blanchie via le système frauduleux qui sévit au Brésil, avant de transiter par des plateformes comme la Suisse (deuxième pays importateur d’or brésilien) et d’arriver en France. En 2025, environ un tiers (20 tonnes) de l’or importé en France provenait de Suisse.

Au même titre que le Brésil, la France, en tant que pays producteur, ainsi que tous les pays importateurs comme la Suisse, doivent soutenir une meilleure traçabilité de l’industrie. Greenpeace demande plus particulièrement :

  • Le renforcement de la traçabilité de l’or sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.  Au Brésil, cela passera par la mise en place d’un système fondé sur des études géologiques obligatoires, des contrôles renforcés des permis artisanaux, et l’annulation immédiate des permis frauduleux.
  • La mise en place d’alternatives économiques durables pour les populations amazoniennes afin de réduire la dépendance à l’orpaillage illégal.
  • La signature, par la France, de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, qui renforce la reconnaissance des droits et territoires des peuples autochtones.
 

Les peuples autochtones résistent et agissent

True Cost of Gold - Indigenous Leaders at Event in Paris.

Des représentant·es des peuples autochtones brésiliens et guyanais sont venus rencontrer des responsables politiques et économiques en Europe pour les alerter sur les ravages de l’orpaillage illégal. Paris, juin 2025.
© Basile Barjon / Greenpeace

En juin, à l’initiative de Greenpeace , des représentant·es des peuples autochtones brésiliens et guyanais se sont rendus en France, en Belgique et aux Pays-Bas. En collaboration avec Greenpeace, ils ont rencontré des responsables politiques et économiques, des journalistes et d’autres acteurs influents pour exiger une plus grande responsabilité au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales de l’or, une meilleure protection des territoires autochtones et un soutien accru à la protection des forêts assurée par les peuples autochtones.

Beaucoup d’entreprises arrivent dans la forêt en disant qu’elles cherchent des richesses. Mais quelles richesses, exactement ? Pour les peuples autochtones, être riche c’est pouvoir se nourrir, être en bonne santé et vivre en paix. 
Megaron Txucarramãe (successeur désigné de Raoni)

Depuis des générations, les peuples autochtones sont en première ligne de la protection des forêts. Grâce à des modes de vie soucieux de leurs territoires et de leurs ressources, ils préservent des écosystèmes cruciaux pour l’équilibre de la planète depuis bien avant que la communauté internationale n’ait commencé à se soucier et à débattre de la protection du climat et de la biodiversité. Bien qu’ils ne représentent que 6 % de la population mondiale, les peuples autochtones gèrent ou détiennent des droits fonciers sur 25 % de la surface terrestre et au moins 37 % des terres écologiquement intactes qui persistent dans le monde.

Le message des peuples autochtones est simple : protéger les droits des peuples autochtones et reconnaître leurs territories, c’est aussi protéger des écosystèmes essentiels, les réseaux hydrologiques, la stabilité climatique et, en définitive, les conditions qui rendent la vie possible pour toutes et tous.