À Narbonne, l'usine Orano de Malvési, du nom du lieu-dit “Malvesy”, qui veut dire « mauvais voisin » en occitan, est l'un des rouages de l'industrie nucléaire française. Elle épure des concentrés de minerais d'uranium pour en extraire des produits destinés à être transformés en combustible nucléaire, depuis 60 ans, pour toute l'Europe. Pollution massive, déchets radioactifs stockés dans des bassins à ciel ouvert, projets industriels dangereux… Face à l'inaction des pouvoirs publics, plusieurs associations, dont le groupe local de Greenpeace à Narbonne, se sont battues pendant une décennie. Malgré des défaites en justice, leur mobilisation a forcé l'industriel à renoncer à son projet le plus toxique. Retour sur une lutte locale qui a marqué l'histoire de la résistance antinucléaire en France.

Nucléaire

10 ans de lutte antinucléaire : victoire à Malvési

À Narbonne, l’usine Orano de Malvési, du nom du lieu-dit “Malvesy”, qui veut dire « mauvais voisin » en occitan, est l’un des rouages de l’industrie nucléaire française. Elle épure des concentrés de minerais d’uranium pour en extraire des produits destinés à être transformés en combustible nucléaire, depuis 60 ans, pour toute l’Europe. Pollution massive, déchets radioactifs stockés dans des bassins à ciel ouvert, projets industriels dangereux… Face à l’inaction des pouvoirs publics, plusieurs associations, dont le groupe local de Greenpeace à Narbonne, se sont battues pendant une décennie. Malgré des défaites en justice, leur mobilisation a forcé l’industriel à renoncer à son projet le plus toxique. Retour sur une lutte locale qui a marqué l’histoire de la résistance antinucléaire en France.

Orano Malvési, une usine nucléaire sous haute surveillance

L’usine Orano de Malvési, en activité depuis 1960, est un géant discret du nucléaire français. Elle approvisionne l’Europe en uranium pour fabriquer du combustible pour des centrales nucléaires, mais à quel prix ? Depuis 1958, des millions de mètres cubes de déchets liquides radioactifs s’accumulent dans des bassins, menaçant les sols et les nappes phréatiques. En 2014, l’annonce de deux projets industriels – TDN-THOR (traitement des déchets liquides) et NVH (production de dioxyde d’uranium UO2, élément essentiel à la fabrication du MOX : combustible nucléaire constitué d’environ 8,5 % de dioxyde de plutonium et 91,5 % de dioxyde d’uranium appauvri) – sonne l’alerte. Les militants découvrent que TDN-THOR, présenté comme une solution miracle, est en réalité une technologie coûteuse (un milliard d’euros), toxique (risque accru de leucémies chez les enfants) et inefficace (il faudra 500 à 700 ans pour traiter les déchets générés par les process).

Face à l’urgence, des associations narbonnaises appellent Greenpeace à se joindre à la lutte. Un groupe local est créé. Une campagne officielle est lancée dès 2017. L’objectif : informer, mobiliser et agir pour protéger les populations et l’environnement contre l’industrie nucléaire et son éternel problème : les déchets.

Une bataille juridique de 10 ans

La stratégie se structure en deux volets : une action en justice et la création du Comité de Vigilance Malvési. Ce collectif composé de citoyen⸱nes, riverain⸱nes et associations, soutenu par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la RADioactivité) est formé à la surveillance et aux prélèvements. En 2022 par exemple, en réalisant et analysant des mesures de radiation autour de l’usine, le collectif constate notamment des excès d’uranium très largement supérieurs à la normale. La démarche scientifique et la formation rigoureuse du collectif leur permettent de gagner en crédibilité auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).

Prélèvements dans l’environnement à proximité du site Orano Malvési par le collectif Vigilance Malvési. © TCNA (Transparence des canaux de la Narbonnaise).

Dès 2018, une première action en justice les amène avec les associations TCNA (Transparence des canaux de la Narbonnaise), Rubresus et COL.E.R.E devant le tribunal administratif de Montpellier. L’idée est d’attaquer le projet TDN-THOR sur ses failles, en exposant les doutes sur sa fiabilité technologique ainsi que la diversité des polluants potentiellement rejetés et leurs conséquences environnementales et sanitaires. Un recours juridique envers l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploitation est ainsi engagé.

Malheureusement, c’est une défaite : le tribunal donne raison à Orano. Le groupe à l’origine de la procédure se tourne alors vers la cour d’appel de Marseille, essuyant une deuxième défaite. Après une longue mobilisation et une recherche de financement éprouvante, le dossier est porté au Conseil d’État par les associations. Cette ultime action se solde par une nouvelle défaite en 2025. Les associations, épuisées financièrement et humainement, voient tous leurs recours rejetés.

Pourtant, à la surprise générale, en janvier 2026, Orano annonce l’abandon du projet TDN-THOR. Une victoire inattendue qui survient après une défaite judiciaire pourtant très nette. Pour Titouan, référent nucléaire du groupe local Greenpeace Narbonne, ce revirement s’explique par la forte mobilisation de la population locale et la création, il y a plus de dix ans, du Comité de Vigilance Malvési. Le travail de sensibilisation de longue haleine effectué par les bénévoles a permis d’obtenir une forte pression citoyenne et une médiatisation de la lutte. Le risque réputationnel pour l’industriel était devenu trop important. Et malgré les décisions juridiques en faveur du projet, l’opposition au niveau local devenait difficile à surmonter. Le conseil municipal de Narbonne avait même fini par émettre un avis défavorable. La lutte déterminée a porté ses fruits. La bataille culturelle a dépassé la défaite juridique.

La lutte continue : vigilance et mobilisation

Si le projet TDN-THOR est abandonné, le projet NVH (Nouvelle Voie Humide) est lui déjà en marche. Les travaux sont terminés, et Orano va pouvoir produire du dioxyde d’uranium (composante principale du MOX), renforçant son monopole européen. Pourtant, les risques persistent : l’usine produisant environ 15 000 tonnes de matière nucléaire par an rejette depuis 1958 des milliers de mètres cubes de déchets par an, et les bassins de rétention menacent l’environnement.

En janvier 2026, la tempête Nils a provoqué des ruissellements sur le site, avec des rejets d’eaux non traitées. Des militant·es ont prélevé des échantillons, envoyés à la CRIIRAD pour analyse. Les résultats sont attendus.

Aujourd’hui, le Comité de Vigilance Malvési poursuit son travail de surveillance pour ne pas laisser la pollution gagner. Titouan, désormais membre de la Commission locale d’information (CLI), continue avec son groupe local de porter la voix des citoyens.

Mobilisation contre la pollution nucléaire à Narbonne. © TCNA (Transparence des canaux de la Narbonnaise), 2017.

Pour en savoir plus sur les conséquences de l’industrie nucléaire et de l’exploitation de l’uranium, regardez le documentaire “Vert de Rage : l’uranium de la colère”, production Premières Lignes Luc Hermann avec la participation de France Télévisions, 2022.

Crédit photo : © JC Milhet / Greenpeace