Limiter certains pesticides et engrais polluants sur les zones de captage de l’eau potable, cela semble relever du bon sens. C’était le but d’une proposition de loi déposée par un député écologiste début février.
Ce texte proposait des séries de mesures pour identifier, parmi les 1 100 aires de captage d’eau potable, des zones sensibles et prioritaires, afin d’y interdire l’usage de certains pesticides et engrais d’ici 2030. Ces interdictions auraient été mises en place progressivement, tout en s’appuyant sur les dispositifs d’aide existantes pour les agriculteurs et agricultrices concerné·es.
Comment faire couler des mesures de bon sens
De telles mesures de protection de l’eau potable devraient a priori faire consensus. Et pourtant, les groupes parlementaires du Rassemblement National, des Républicains mais aussi plusieurs député·es Renaissance ont déposé de multiples amendements pour polluer les débats, jusqu’à rendre le vote impossible et obtenir le retrait pur et simple de la proposition. Evidemment, sans contre-proposition.
Cela revient clairement à faire passer les intérêts agroindustriels avant la santé des citoyens et citoyennes. Et c’est proprement honteux, alors que les effets de certains pesticides sur la santé et leur rôle dans les cancers sont démontrés.
Toute honte bue
Parmi ces député·es, certain·es sont issu·es de circonscriptions où l’eau est particulièrement polluée, voire non conforme aux limites règlementaires de pesticides ou de nitrates. C’est par exemple le cas dans plusieurs communes des circonscriptions des députés RN Jean-Phillippe Tanguy, Sébastien Chenu ou encore Marine Le Pen. Cette situation devrait les inciter à agir, en tant que parlementaires. Mais apparemment, cela ne les choque pas.
Comme ces élu·es d’extrême droite et de droite l’ont fait avec la catastrophique loi Duplomb et son clone récent, ils et elles méprisent donc à nouveau la santé de leurs concitoyens et concitoyennes.
Par ailleurs, certain·es des député·es qui ont torpillé la proposition de loi sont aussi candidat·es aux élections municipales : c’est le cas par exemple des député·es RN Bruno Clavet, candidat à la mairie de Lens ; Julien Limongi, candidat à Provins ; ou Béatrice Roullaud, candidate à Meaux… S’ils et elles étaient élu·es, ils et elles pourraient être amené·es à jouer un rôle dans les différentes instances locales et intercommunautaires de gestion de l’eau, y compris au-delà de leur propre commune, dans des territoires où des pollutions de l’eau potable importantes ont été relevées.
Le rôle des maires dans la gestion de l’eau
L’un des rôles des maires est justement de prévenir et stopper les pollutions de l’eau. Si les responsabilités en matière de production, distribution et contrôle de l’eau potable sont diluées entre de nombreuses instances (comités de bassin, commissions locales de l’eau, agences de l’eau, syndicats intercommunaux…), la responsabilité des maires n’en demeure pas moins importante.
Les maires sont, en tant que garant·es de la salubrité publique, tenu·es tout d’abord d’informer leurs administré·es sur la qualité de l’eau potable dans leur commune. Et ils et elles peuvent agir, que ce soit en siégeant dans les différentes instances de gestion de l’eau, ou en prenant des mesures au niveau du territoire qu’ils et elles administrent.
Concrètement, les maires peuvent par exemple favoriser l’installation et soutenir l’activité d’agriculteurs biologiques à proximité des aires de captage d’eau potable (par exemple en rachetant des terres autour de ces zones et en les louant). Les maires peuvent assurer un suivi étroit de la qualité de l’eau en complément des autres instances, jouer un rôle d’information et sensibilisation ou encore hiérarchiser les usages (notamment en cas de pénurie).
Les 15 et 22 mars, à qui confierez-vous les clefs de votre mairie ?
Les élections municipales qui se tiennent en mars auront donc des conséquences importantes sur l’eau que nous buvons et sur notre santé. En votant, nous choisirons les personnes qui détiendront les clefs de nos mairies, et les responsabilités qui vont avec, pour les six prochaines années.
Ces élu·es locaux·les éliront également à leur tour les sénateurs et sénatrices au mois de septembre, au sein de collèges électoraux sénatoriaux. Pour rappel, le Sénat, c’est la chambre parlementaire dans laquelle siège actuellement Laurent Duplomb, auteur de la fameuse loi pro-pesticides et pro-agroindustrie qui porte son nom.
Ce sont ces personnes, maires et membres des conseils municipaux, qui auront une influence directe sur l’eau du robinet, sur l’alimentation de nos enfants dans les cantines scolaires, sur l’aménagement de nos rues ou encore sur les transports en commun et les services de proximité.
Ces sujets pourtant essentiels occupent trop peu d’espace dans les débats de la campagne des élections municipales. Parlez-en autour de vous, partagez et contribuez à dénoncer l’irresponsabilité de député·es et de candidat·es aux municipales davantage préoccupé·es par la défense d’intérêts privés polluants que par l’intérêt général.
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