La guerre déclarée par le président des États-Unis contre l’Iran a déjà fait des milliers de morts et de blessés, et le conflit s’étend désormais à plusieurs pays de la région comme le Liban, l’Irak, Israël et les pays du Golfe. Les frappes militaires de Donald Trump et Benyamin Netanyahu ne font qu’infliger davantage de souffrances au peuple iranien qui, sous le régime tyrannique d’Ali Khamenei, a déjà subi une répression brutale dont on ignore encore le nombre exact de victimes. Très récemment, les autorités iraniennes s’étaient rendues coupables d’homicides illégaux de masse à une échelle sans précédent.
La lutte pour le contrôle des ressources énergétiques, notamment le pétrole et le gaz, est bien souvent à l’origine de nombreux conflits dans le monde. Comme l’illustre une fois de plus les attaques en cours, la dépendance mondiale aux énergies fossiles et la guerre vont de pair.
Une menace sanitaire et environnementale décuplée en temps de guerre
Aux souffrances infligées aux populations et aux pertes humaines dues à la guerre, vient s’ajouter la pollution liées aux énergies fossiles. Le 8 mars, les forces israéliennes ont frappé des infrastructures pétrolières, près de Téhéran. Ces bombardements ont provoqué d’importants incendies.
Les fumées toxiques qui s’en sont suivies ont plongé la ville dans le noir et ont rendu l’air irrespirable. Une “pluie noire” extrêmement dangereuse est tombée sur les 10 millions de personnes qui habitent cette région, entraînant dommages aux poumons et brûlures de la peau. Si les conséquences pour les populations sont immédiates, elles pourraient aussi s’installer sur un très long terme.
Cette nouvelle guerre pourrait également provoquer un désastre environnemental majeur, notamment du fait des tensions autour du détroit d’Ormuz, l’une des voies maritimes les plus stratégiques pour le transport du pétrole. Près de 70 pétroliers chargés se retrouvent actuellement immobilisés dans le Golfe, transportant au total près de 14 millions de tonnes de brut (soit l’équivalent de la consommation annuelle de la Grèce).
Dans ce contexte, le risque d’accident ou de collision augmente fortement, d’autant que plusieurs navires ont déjà été attaqués depuis le début du conflit. Une marée noire dans cette zone aurait des conséquences catastrophiques pour les écosystèmes du Golfe qui abritent des récifs coralliens, des mangroves et des herbiers marins, habitats essentiels pour de nombreuses espèces.
Nouvelle guerre, mêmes profiteurs
Pendant que les populations paient le prix de ces conflits, par leur vie ou leur santé, les entreprises du pétrole et du gaz voient leurs profits exploser. Entre le 20 février et le 9 mars 2026, les cinq principales majors occidentales (ExxonMobil, Chevron, Shell, TotalEnergies et BP) ont généré près de 60 milliards de dollars de valeur boursière. Et si on ne regarde que la représentante française, sa valeur a progressé de 10 milliards d’euros depuis le début de la guerre en Iran.
L’évolution du prix de l’action de TotalEnergies à la Bourse de Paris entre le 15 septembre 2025 et le 13 mars 2026. Source : Google Finance
Ainsi, le prix du baril de pétrole a dépassé les 100 dollars le 9 mars, alors qu’il était à 60 dollars tout début janvier. Ce n’était pas arrivé depuis mars 2022, au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Les frappes aériennes iraniennes contre deux installations de GNL au Qatar illustrent une autre stratégie d’instrumentalisation des énergies fossiles dans les conflits, avec un impact direct et immédiat sur les marchés énergétiques, l’accès à l’énergie et la sécurité à l’échelle mondiale. Après ces attaques, les prix du gaz naturel ont bondi et la société publique QatarEnergy a annoncé qu’elle allait interrompre sa production de GNL.
Cette instabilité énergétique va permettre aux entreprises pétro-gazières d’engranger des profits exceptionnels. Selon une étude, les négociants et les exportateurs de GNL américain devraient engranger 870 millions de dollars de bénéfices supplémentaires par semaine, soit 20 milliards de dollars par mois si l’approvisionnement en GNL qatari n’est pas rétabli d’ici l’été.
Les bénéfices exceptionnels du GNL américain s’envolent en raison de la guerre au Moyen-Orient. Graphique des bénéfices nets par cargaison livrée en Europe et en Asie (prix de vente moins coûts de production et de livraison). Source : Energy Flux
Une dépendance aux énergies fossiles qui coûte (encore plus) cher aux populations
Lorsque les prix du pétrole et du gaz augmentent, ce sont les citoyens et citoyennes qui en subissent les conséquences, à travers la hausse des coûts du chauffage, de l’électricité, de l’essence et du fait de l’inflation.
En France, le prix du diesel et de l’essence s’est envolé dans de nombreuses stations-services, ce qui pénalise fortement les personnes dépendantes de leur voiture pour leurs déplacements et dont le pouvoir d’achat est déjà contraint. Transport & Environment a calculé que le surcoût des dépenses à la pompe pourrait s’élever à 220 euros en moyenne pour les automobilistes européen·nes cette année en raison des tensions géopolitiques.
Tant que notre dépendance aux énergies fossiles continuera, notre pouvoir d’achat sera exposé à la volatilité des marchés énergétiques mondiaux. Notre sécurité énergétique reste donc à la merci d’intérêts géopolitiques.
Cette nouvelle guerre, qui a provoqué « la plus grave perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché mondial du pétrole » selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en est le triste exemple.
Comme le souligne le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, « les troubles auxquels nous assistons aujourd’hui au Moyen-Orient montrent clairement que nous sommes confrontés à un système énergétique mondial largement tributaire des combustibles fossiles, où l’approvisionnement est concentré dans quelques régions et où chaque conflit risque de provoquer des répercussions sur l’économie mondiale ».
Les multinationales des énergies fossiles empochent des milliards de bénéfices alors que des civils sont menacés, tués. Pendant ce temps, les populations du monde entier voient leurs factures exploser, leur quotidien impacté, leur sécurité menacée. Ce sont à ces entreprises de payer les conséquences de cette dépendance énergétique toxique, et non aux citoyens et citoyennes. Il est temps de taxer leurs profits et les dividendes de leurs actionnaires.
De plus, il faut nécessairement préserver la population face à la hausse des prix de l’énergie, et notamment les ménages les plus vulnérables qui vont se retrouver encore plus précarisés, en mettant en place des mesures d’urgence pour les soutenir financièrement. Plus largement, il est indispensable d’investir dans notre résilience, en misant sur les alternatives à la voiture thermique et la rénovation des logements.
Sortie des énergies fossiles
La sortie progressive des énergies fossiles est essentielle pour garantir, à long terme, un accès à l’énergie, pour toutes et tous, à la fois abordable et stable. Contrairement au pétrole et au gaz, les énergies renouvelables ne sont pas soumises aux mêmes risques géopolitiques. Leur coût est ainsi bien moins dépendant des tensions internationales.
La transition vers les énergies renouvelables est souvent présentée comme un objectif climatique. Mais dans une région où la stabilité est fragile, tout comme dans les régions qui sont fortement importatrices d’énergies fossiles comme l’Europe, elle constitue aussi un impératif de sécurité.
Il n’y a pas de justice climatique sans paix, ni de paix durable sans respect des droits humains. Nous appelons à la paix, à la responsabilité et demandons aux dirigeants de mettre en marche une transition vers un monde juste où la sécurité de tous et toutes ne dépend pas des énergies fossiles.