Procès de l’avion repeint en vert : neuf activistes jugé·es à la Cour d’appel de Paris

Climat

Neuf activistes de Greenpeace France sont jugé·es aujourd’hui et demain après-midi devant la Cour d’appel de Paris. Le 5 mars 2021, ils et elles s’étaient introduit·es sur le tarmac de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle et avaient partiellement repeint un avion en vert. Leur objectif était de dénoncer le greenwashing et le manque d’ambition du gouvernement sur la régulation du secteur aérien pour répondre aux enjeux climatiques, ainsi que son obstination à ne miser que sur des solutions technologiques pourtant insuffisantes et au mieux hypothétiques, au détriment de la nécessaire réduction de trafic aérien. Cinq ans plus tard, les promesses du secteur aérien autour d’un avion propre n’ont fait que reculer et la croissance du trafic aérien contribue chaque jour un peu plus à l’aggravation de la crise climatique. 

En février 2024, à l’issue de leur procès en première instance au tribunal de Bobigny, les activistes avaient été condamné·es à des amendes de 700 euros pour les activistes n’ayant pas de casier judiciaire et entre 80 et 120 jours amendes à 10 euros pour celles et ceux ayant déjà été condamné·es pour des actions de désobéissance civile. Huit des neuf prévenu·es ont aussi été condamné·es à 100 euros d’amende pour avoir refusé de se soumettre aux prélèvements ADN lors de leur garde à vue. Les juges avaient non seulement suivi les réquisitions du Procureur de la République mais étaient allés au-delà puisqu’ils avaient prononcé également une peine d’interdiction de paraître aux aéroports de Roissy Charles de Gaulle et du Bourget pendant trois ans sous peine de six mois d’emprisonnement ferme. Face au rejet par les juges de la défense des militantes et des militants sur la liberté d’expression et l’état de nécessité, du fait que leur mobilisation servait l’intérêt général dans le contexte d’urgence climatique, et face à la peine d’interdiction de paraître dans ces aéroports sous peine d’emprisonnement ferme qui envoyait un très mauvais signal puisque privant des militantes et militants de leur liberté de circuler, les activistes avaient décidé de faire appel de cette décision.

« Alors que la crise climatique s’intensifie et que la France souffre d’un nouvel épisode de canicule battant tous les records, notre action à Roissy Charles de Gaulle il y a cinq ans était légitime et reste plus que jamais pertinente. Depuis la crise du Covid, la croissance du trafic aérien a repris à un rythme effréné, augmentant les émissions de gaz à effet de serre responsables de l’emballement climatique, alors que chaque secteur devrait au contraire réduire ses émissions au plus vite. Les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron ont toujours refusé de réguler le secteur aérien, prétextant de solutions technologiques hypothétiques, trop lointaines et qui ne suffiront jamais à remettre le secteur sur une trajectoire climatique acceptable. L’irresponsabilité est de leur côté », explique Sarah Fayolle, chargée de campagne Climat à Greenpeace France.

« Cinq ans après l’action pour laquelle les activistes sont poursuivis, nous assistons à une nouvelle mutation du discours techno-solutionniste permettant de justifier la croissance du trafic aérien : ce sont désormais les carburants d’aviation soi-disant “durables”, (CAD en français ou SAF en anglais) qui sont mis en avant. En France, une dizaine de projets de kérosène de synthèse ont été annoncés. Ces projets industriels avancent dans la plus grande opacité, et entendent bénéficier de subventions publiques massives alors même que leur potentiel de réduction d’émissions est très limité », ajoute Charlène Fleury, coordinatrice de Rester sur Terre.

Un rassemblement, suivi de prises de parole, aura lieu devant la Cour d’appel de Paris, ce 23 juin à partir de 12h30. Le procès démarrera à 13h30 et se poursuivra le lendemain, mercredi 24 juin, à 13h30 également. Une conférence de presse de Rester sur Terre, présentant leur travail sur les carburants soit-disant durables et le greenwashing du secteur aérien aura lieu le mercredi 24 juin à 9h15 au 13 rue d’Enghien, 75010 Paris.