Loi d’urgence agricole : un boulevard pour l’industrialisation de l’élevage et l’accaparement de l’eau

Agriculture, Eau, Élevage industriel

À l’issue du vote de la loi d’urgence agricole à l’Assemblée nationale, Greenpeace France dénonce un texte qui menace le partage de l’eau et fait sauter les derniers verrous qui limitaient les élevages industriels en France.

Troisième loi agricole en trois ans, ce texte, voté avec le soutien de l’extrême droite, s’inscrit dans la suite des politiques agricoles co-gérées depuis des décennies avec la FNSEA, souligne Julien Rivoire, chargé de campagne Agriculture à Greenpeace. Si la succession des crises agricoles signe l’échec de ces lois, la recette reste pourtant la même : miser sur les volumes, l’ouverture à l’exportation et attiser l’opposition entre agriculture et écologie. Ce texte assèche la démocratie de l’eau, acte l’accaparement de ce bien commun par les modèles agricoles les plus intensifs et risque d’aggraver les conflits d’usage. De plus, il accélère encore l’industrialisation de l’élevage, au détriment du climat, de la biodiversité, des paysan·nes et de l’intérêt général.

Derrière l’objectif affiché de répondre à “l’urgence agricole”, cette loi réduit les possibilités de débat démocratique autour du partage équitable et adapté de la ressource en eau dans les territoires. Bien que l’eau soit essentielle en agriculture, l’irrigation agricole, qui ne concerne que 6,8% de la surface agricole utile, représente près de la moitié de l’eau consommée en France. Pourtant, avec cette loi, le gouvernement choisit de faciliter des projets de retenues artificielles et d’irrigation, et encourage la poursuite d’un système dépendant de monocultures intensives. Par exemple, le maïs, principale culture irriguée, mobilise 38 % de ces surfaces irriguées, alors que 85 % de sa production est destinée à l’alimentation animale ou à l’exportation [1].

Le texte adopté déroule le tapis rouge à l’industrialisation de l’élevage en permettant au gouvernement de retirer, par ordonnance, les élevages du régime des ICPE [2]. Ainsi, les projets de construction ou d’agrandissement d’élevages industriels pourraient être totalement exemptés de procédures administratives obligatoires pour les projets industriels et dangereux. À rebours des impératifs climatiques et sanitaires, des enjeux de renouvellement des générations agricoles, ces dispositions favorisent le développement de fermes-usines, alors que ces installations sont responsables de pollutions de l’eau et de l’air et aggravent le dérèglement climatique.

Pour Greenpeace France, cette loi constitue un signal politique extrêmement préoccupant : au lieu d’engager une transformation du système agricole compatible avec les limites planétaires, protégeant la santé et la biodiversité, le gouvernement choisit de soutenir un modèle agro-industriel qui fragilise les écosystèmes, provoque la chute du nombre d’agriculteurs et d’agricultrices et compromet l’avenir de la ressource en eau.

Greenpeace appelle à défendre une véritable transition agroécologique, fondée sur le partage équitable de l’eau, la réduction des élevages industriels et l’accompagnement des paysan·nes vers des pratiques durables.

Notes aux rédactions :
[1] Sources : recensement agricole de 2020. Cité dans : Assemblée nationale, rapport n° 2069, déposé le mercredi 17 janvier 2024 et L’irrigation des surfaces agricoles, février 2024.
[2] Définition d’une ICPE : “Toute exploitation industrielle ou agricole susceptible de créer des risques pour les tiers – riverains et/ou de provoquer des pollutions ou nuisances vis-à-vis de l’environnement, est potentiellement une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE).” Source.