Interview d’E. Macron : (spoiler!) la taxation des majors pétrolières et la sortie des énergies fossiles ne seront pas au menu

Climat, Économie et social, Énergies, Pétrole, gaz et charbon, Transports, Transports routiers

Le président de la République française doit s’exprimer ce soir au 20h de TF1 et de France 2 sur la situation internationale et la crise des carburants. Alors que TotalEnergies a accumulé plus de 11 milliards de dollars de bénéfices au premier semestre 2026, Greenpeace France rappelle que c’est d’abord auprès des majors pétrolières que le gouvernement devrait aller chercher de nouvelles ressources financières. Greenpeace dénonce également l’inaction coupable d’Emmanuel Macron face à la dépendance du pays au pétrole et au gaz, qui laisse la population démunie face à la flambée des prix à la pompe.

Pendant que la population voit son pouvoir d’achat plonger, les multinationales pétro-gazières amassent des milliards de bénéfices. 

Le président Emmanuel Macron et le gouvernement n’ont de cesse de rappeler que les marges de manœuvre, notamment financières, sont contraintes face à la hausse des prix du carburant. Les aides au carburant annoncées mardi 22 septembre, dont le coût avoisine 450 millions d’euros, s’inscrivent ainsi dans le contexte d’un projet de loi de finances austéritaire, visant 54 milliards d’euros d’économies, dont les ménages les plus fragiles subiront les impacts (baisse envisagée des APL et des crédits des agences de l’État comme l’Ademe, etc.). Ces 450 millions d’euros d’aides aux conducteurs et conductrices seront donc, encore et toujours, payés par les contribuables français et reviendront in fine à l’industrie fossile.

En parallèle, les multinationales des énergies fossiles réalisent des milliards d’euros de profits supplémentaires en raison de la situation géopolitique et de la dépendance de nombreux pays aux énergies fossiles. Sur le premier semestre 2026, TotalEnergies a ainsi enregistré des profits en hausse de 70% par rapport au premier semestre 2025. De mars à juin 2026, le tant vanté plafonnement des prix dans les stations TotalEnergies représente un coût équivalent à 4% seulement des profits de la major pétro-gazière réalisés au second trimestre 2026 uniquement (1).

Pour une taxation juste des multinationales pétro-gazières 

“Le gouvernement refuse toujours de taxer les bénéfices de TotalEnergies et préfère voir se creuser les inégalités, avec des aides à la marge et un budget austéritaire. Aujourd’hui, nous avons besoin d’une taxation juste des bénéfices et des dividendes des multinationales qui tirent profit de la guerre, pour contribuer à financer, entre autres, des aides à l’acquisition de petits véhicules électriques et l’accès massif à des mobilités alternatives à la voiture, qui permettent de sortir d’une dépendance délétère aux énergies fossiles”, estime Lorelei Limousin, chargée de campagne Énergies fossiles à Greenpeace France.

Greenpeace préconise une plus forte taxation des profits des entreprises de l’industrie fossile en France dans le cadre du projet de loi de finances 2027, ainsi qu’un mécanisme de taxation au niveau européen dans le cadre du budget européen. Ces derniers jours, la ministre de l’Énergie Maud Bregeon s’est dite ouverte à une initiative européenne mais le gouvernement est surtout attaché à protéger TotalEnergies, comme en témoigne le ministre du commerce, Serge Papin, déclarant “je n’ai pas envie d’embêter Total”.

Dépendance aux énergies fossiles : la grande hypocrisie d’Emmanuel Macron

L’augmentation vertigineuse des prix des carburants et ses impacts sur la vie de millions de personnes en France révèlent la dépendance encore trop grande du pays aux énergies fossiles. En 2025, elles représentaient plus de 57% de la consommation d’énergie en France. Faute de moyens alloués, les dispositifs comme le leasing social de véhicules électriques ou les primes à la rénovation des logements qui auraient pu diminuer le besoin en pétrole et gaz sont restés à une échelle niche.

Alors que les tensions sur le plan géopolitique international sont à leur comble en raison des guerres lancées par Donald Trump et Vladimir Poutine, la France accroît même sa dépendance au gaz fossile américain et reste importatrice d’énergies fossiles russes. Ces dernières années, TotalEnergies a importé trois fois plus de gaz naturel liquéfié (GNL) en Europe que toute autre entreprise, et la majeure partie de ce GNL provient des États-Unis et de la Russie, selon Oil Change International.

Les énergies fossiles sont responsables de la crise climatique en cours, qui a causé plus de 8000 décès cet été en France et qui a, elle aussi, des conséquences de plus en plus dures sur le pouvoir d’achat des Françaises et des Français. Insensible à cette crise sanitaire et climatique, le président de la République laisse faire la préparation d’un budget pour 2027 qui ne nous prépare en rien à l’été prochain, ni ne permet de faire face à l’inflation des produits alimentaires.

À la fois nécessaire pour la sécurité internationale et la sécurité climatique de la population, la mise en œuvre concrète et équitable de la sortie des énergies fossiles devrait être au cœur des programmes des candidates et candidats à l’élection présidentielle de 2027.

Note aux rédactions

  1. Selon Patrick Pouyanné, auditionné à l’Assemblée nationale le 17 juin, le coût du plafonnement s’élevait à 200 millions d’euros, soit l’équivalent de 4% des profits faits par la multinationales au second trimestre 2026 ou de 2% des profits mondiaux de la multinationale sur le premier semestre 2026 (11,2 milliards de dollars).