Accords de libre-échange et Mercosur : l’hypocrisie du parti d’Emmanuel Macron en pleine crise agricole

Agriculture

En pleine crise agricole, en France comme dans d’autres pays européens, le Parlement européen vient aujourd’hui d’approuver l’adoption de deux accords de libre-échange avec le Chili et le Kenya. Alors que le Salon international de l’agriculture bat son plein et que de nombreuses personnalités politiques y défilent pour afficher leur soutien aux agriculteurs, Greenpeace France dénonce l’hypocrisie totale des eurodéputés Renaissance qui ont approuvé ces accords et appelle à mettre fin aux traités de libre-échange.

Ces deux accords placent encore un peu plus l’agriculture européenne face à une concurrence déloyale, explique Eric Moranval, chargé de campagne Forêts à Greenpeace. Ces traités vont tout simplement accentuer la dépendance des agriculteurs d’ici et d’ailleurs aux fluctuations des marchés internationaux et aux multinationales de l’agro-industrie, tout en aggravant leur paupérisation. Ils favorisent le commerce de marchandises sur plusieurs milliers de kilomètres, accentuant de fait les émissions de gaz à effet de serre et le changement climatique. Ces deux accords sont issus d’une même idéologie commerciale mortifère, qui a pour mantra concurrence, productivité et compétitivité.

  • La modernisation de l’accord d’association avec le Chili prévoit la suppression de 95% des droits de douane pour les exportations de produits agricoles chiliens vers l’Union européenne (UE), et facilite l’importation de dizaines de milliers de tonnes de viande, d’huile d’olive, d’ail ou encore de fruits sur le marché européen. Cet accord ne prévoit aucune contrainte pour imposer aux produits agricoles chiliens d’être alignés sur les normes qui encadrent la production européennes, créant de fait une distorsion de concurrence vis-a-vis de l’agriculture européenne.
  • L’accord de partenariat économique avec le Kenya prévoit une libéralisation totale de l’ensemble des exportations kenyanes vers l’UE. Aujourd’hui, le Kenya exporte principalement des fruits, des légumes et des fleurs vers l’UE. Il facilite d’autre part l’accès au marché kenyan pour le secteur laitier européen, dont le lait en poudre peu coûteux risque de saper la capacité du Kenya à garantir sa sécurité alimentaire.

Des accords majoritairement validés par Renaissance
En approuvant ces accords en pleine crise agricole, Renaissance persiste dans une approche idéologique qui nous conduit au bord du précipice climatique et mène le monde paysan européen dans une impasse, poursuit Eric Moranval. L’UE doit cesser sa folie ultra libérale de toute urgence : elle doit annuler ces accords et réexaminer l’ensemble de sa politique commerciale au profit de principes vertueux, faisant la part belle à la justice sociale et à la préservation de l’environnement [1].”

Il appartient désormais au Conseil de l’UE de valider définitivement l’adoption de ces accords, qui ne seront soumis à aucune ratification de la part des assemblées des États membres.
Greenpeace dénonce notamment la position des eurodéputé·es français·es Renaissance qui ont majoritairement approuvé l’adoption de ces accords. Le parti d’Emmanuel Macron, qui tente par tous les moyens de s’afficher aux côtés des agriculteurs et qui a promis la mise en place de prix planchers en France – mesure qui s’avère complètement incompatible avec une telle politique commerciale – étale ici toute son hypocrisie.

Jamais 2 sans 3 : le Parlement européen appelle aussi à un accord rapide avec les pays du Mercosur
En parallèle de ces deux votes cruciaux, le Parlement européen était appelé hier mercredi à se prononcer sur un rapport comprenant un paragraphe appelant à une conclusion rapide des négociations au sujet de l’accord commercial avec le Mercosur avant les élections législatives européennes de juin 2024 [2].

Ce paragraphe a été maintenu dans le texte adopté. Pour Greenpeace, le signal envoyé par le Parlement européen est extrêmement négatif et inquiétant : l’UE persiste dans sa politique commerciale ultra libérale en dépit de tout bon sens. Greenpeace rappelle que cet accord est climaticide, déloyal et mortifère tant pour des raisons environnementales que sociales et sanitaires.

Notes aux rédactions :
[1] Voir : https://www.greenpeace.fr/10-principes-commerce-plus/
[2] Voir : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2023-0389_FR.html